Alê-m li dretu!

Alê-m li dretu! (Leçon 45: salutations en kriol: "ça va, merci!")


Mardi 4 décembre 2012. 16h45 heure locale. Chut. Je prolonge le goûter en douce en tête à tête avec mon ordi; au menu: biscottes au Nutella, ramené par Franck et Amé, je vous dis pas le tableau, des miettes et du gras plein le clavier et des moustaches de nutella jusqu'aux oreilles. Le bonheur absolu. Après tout, j'ai faim: le fromage de chèvre local dégusté ce midi n'a pas supporté le choc gastrique de mon estomac, résultat je m'en allais du haut et je m'en allais du bas, pour emprunter encore une poétique expression d'un certain Philippe (du Kairos, vous l'aurez compris!).

David bricole, beau-papa pêche, belle-maman et Julie (du Marguil, qui est arrivé il y a 2 jours) forment le groupe couture à la machine à coudre. Tos surveille la pêche de beau-papa. Un jour paisible à Mindelo. Franck et Amé (beau-frère/frangin et belle-soeur, pour ceux qui loupent des épisodes) sont déjà repartis pour leur Bretagne armés de doudounes et bonnets.


Aujourd'hui, un manque certain d'inspiration pour l'écriture, je laisse donc parler les images!


De notre road trip à Sao Vicente (l'île où nous sommes): nous avons loué une voiture pour faire le tour du reste oublié de cette île, et qui est étonnamment magnifique! Mais pourquoi personne n'en parle? Tout le monde ici ne jure que par Santo Antao, mais c'est génial ici!
La majeure partie de la population est concentrée à Mindelo, et le centre de l'île est relativement sauvage. Quelques villages- que dis-je! des hameaux!- pas une voiture. Les gens empruntent l'aluguer pour se déplacer.
Des baraques souvent pas finies, le premier étage et la peinture de la facade toujours remis aux lendemains qui chantent.
Un paysage volcanique, aride, et des cratères ocres et noirs. Une vallée improbable, verdoyante, parsemée de moulins à vents.
D'immenses plages rincées par d'énormes rouleaux de vagues, tellement violents que la baignade y est impensable.

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Praia do Norte




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Spot de kite à Salamansa




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Salamansa beach!


Un terrain de foot aux buts habillés de vieux filets de pêche rafistolés, de grosses pierres faisant office de sièges tout du long.

img-2786.jpgPlage de Calhau, l'île de Santa Luzia au fond


Des vues splendides, notamment du monte Verde, d'où on devine l'île déserte de Santa Luzia.
La plage de Baia das gatas, où a lieu tous les ans un immense festival gratuit sur la plage, transformée pour l'occase en village de tentes; une orgie de musique et de danse apparemment!


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Baia das gatas


Baia das gatas donc, une plage avec une piscine naturelle, où les courants sont plus propices à la baignade!


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Baia das gatas


On y a mangé, dans un bistrot perdu  étonné de voir débouler des touristes, où, pour attendre le plat qui mit 2h à arriver, on joua au babyfoot avec les gars du quartier, avec Dav, moi et beau-papa; mon équipe a gagné trois fois durant car j'avais la veine du débutant. Ils nous ont aussi initié à l'awalé, le jeu national, ils y jouent partout. Mais on était loin des règles de l'awalé du nokia 3310 de nos 20ans, alors j'ai rien compris. Ils jouent comme des acharnés, ça rigole pas!


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L'awalé! Dommage qu'on ne voit pas sur la photo le patron avec son t-shirt Kiabi de démonstration "XXL essayez-moi"



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Route pavée de Sao Vicente



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Paysage lunaire de Sao Vicente, côte nord




De notre virée à Santo Antao en aluguer (genre de taxi collectif), pick-up rouge flamboyant customisé de tags "100% joli" et de flammes en cuir collées sur le capot, avec ce kéké sympa de Carlos au volant, moumoute coccinelle sur le tableau de bord, attention, musique à fond, à fond les ballons vrouuuuuuu dans les virages d'altitude Hi Ha!!!

L'île de Santo Antao, c'est l'île en face de Sao Vicente, vue de Mindelo. On y va en ferry. Départ du port. La ville, moche. La route pavée, tout du long. On grimpe, paysage aride. Puis un peu de vert, et des plumeaux de graminées explosent partout, du rose, du jaune, des ocres. Et soudain, l'hallu totale, passé le premier col: on est dans les Alpes! Les vaches sont là aussi! Peuchère!


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Les Alpes?


Et nous voilà repartis virevoltant dans les virages, cahotant sur la route pavée, hop, Carlos nous arrête aux panoramas, pour la photo, mais pas moyen de le faire ralentir autrement, ho Carlos calmos ho! Hop, un cratère cultivé, pause photo imposée, tableau charmant avec ses petits champs et ses bicoques clairsemées.


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Le cratère de Santo Antao sous la brume!



Parfaitement rond, grandiose. Mais la brume s'installe. On devine en descendant des cultures en terrasse de maïs; des manguiers, papayers, bananiers, cannes à sucre.

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Culture en terrasse (photo prise à 50km/h!)



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Goyave du village (on ne peut plus bio!)


Puis ce petit malin de Carlos nous arrête chez sa mama, qui tient l'épicerie d'un hammeau, pour le café.


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L'épicerie de la maman de Carlos


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Et la terrasse!


La brume se lève, on profite alors des vallées grandioses qu'on surplombe des deux côtés de notre route aérienne. Magnifique.


On se pose dans un petit resto face à la mer (un ami de Carlos, vous vous en doutez), dans un village de pêcheurs , une vraie régalade, notamment une glace à la farine de maïs pour le dessert! Miam!

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Ponta do Sol


Des pêcheurs qui jouent ici au Kus, jeu de cartes national encore, mais là encore je n'ai rien compris, armée d'un pauvre vocabulaire espagnolo-portugais alors qu'ils parlent surtout kriol...



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Joueurs de Kus


Et c'est reparti, direction Paul, autre village typique paraîtrait-il, et au rhumeries renommées, mais que nous avons dû oublier pour prendre le ferry à temps. Et hop, tout le monde en voiture, c'est parti,


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Côte est de Santo Antao


...appuie sur le champignon, on traverse maintenant l'Arizona, génial, et vlam en 30 minutes on est au ferry et largement en avance!

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Une journée fantastique, c'était vraiment grandiose. Le paradis de la randonnée! Et nous n'en avons vu qu'une maigre part, le côté touristique. On y retourne dans moins de 10 jours, pour un festival organisé par ma pote Marta et son taf, en hommage à Cesaria Evora. Ismael Lo, Bernard lavilliers et Lura, et quelques têtes d'affiches capverdiennes et africaines, oula! Ca va être du lourd!! Et on se concocte une petite rando au poil pour évacuer les toxines des lendemains-ou des surlendemains! Santo Antao, 20/20. Mérite au moins une semaine de crapahute pour apprécier reliefs et habitants des hameaux!

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Nous voilà de nouveau au port, sur notre petit rafiot qui bouge, et toute la famille semble complètement bourrée dès qu'elle pose un pied sur le ponton. Faut dire, ça secoue un peu ces temps-ci. Pas mal de vents, plus que d'ordinaire; les bateaux partis pour les Antilles il y a quelques jours dégustent en mer du 30/40 noeuds apparemment, et plus personne ne sort. Il y a 3 jours au petit matin un Jeannot de 15m à vue de nez, est arrivé à côté de nous, en manoeuvre un peu catastrophe..."Jeu de mer!!! Sur le pont!" Et moi, éberluée, endormie avec les yeux qui collent: "quel étrange rafiot, où ils mettent le mât?" Sur le pont pour éviter l'abordage, je scotche alors sur les filières explosées: ils ont démâté. Plus de mât! Les pauvres, les voilà qui deviennent l'attraction du port. Sincèrement ça fait un choc de voir ça! 400 milles (près de 800km) au moteur pour arriver ici. L'aventure finie pour tout l'équipage, ils gardent cependant le sourire (plus ou moins jaune pour certains) mais quand même! Ils refilent tous leurs produits frais, et nous voilà à bouffer 15 concombres en 3 jours. Si quelqu'un a de suggestions de recettes... autres que la peu ragoûtante daube de concombre à la martiniquaise, merci.

Marguil est arrivé il y a 3 jours à Mindelo, suivis de Naïa, on était heureux de les voir! Ils ont eu des émotions pour traverser depuis Canaries, mais ils ont la forme! Ils ont visité Sal, san Nicolau et Santa Luzia. Ils ont distribué dans les écoles des paquets de fringues récoltés à Morlaix. Et notamment donné à des gosses qui jouaient tous les jours sur la plage de sao Nicolau les maillots de foot de l'équipe de Plourin lès Morlaix!! (Pas Plourin "Avenir de Plourin" pardon!!) que les parents de Dav avaient donné à Marguil.  Il paraît qu'ils étaient dingues de joie!

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Maillots de Plourin au Cap Vert! (Julie à la photo!)



Nous avons fait une sortie en bateau un après-midi, pour essayer notre nouveau génois et pêcher le requin ou la crevette, mais trop d'air et trop de houle, pas vraiment une promenade de santé. Et on s'est fait croquer notre leurre, sans voir la couleur d'un poisson! Beau-papa se console en pêchant dans le port, Tos collée aux baskets, à l'inspection des rendements. On a aussi essayé notre épervier (le filet à main acheté au Sénégal) mais des heures de techniques sont encore nécessaires-on a quand même eu un petit poisson sur 15 lancers!
Et le soir, c'est apéro plus ou moins sage, et notamment une soirée Cranium; où ça valait franchement le coup de voir beau-papa mimer l'agent secret, Monique nous faire deviner "Vahina" de Dave en fredonnant, Franck mimer Thierry Lhermitte dans "les bronzés font du ski" et Amé un oeuf de Pâques.

Voilà. Mindelo on kiffe pas des masses, on se demande où sont les gens "tellement vrais, tellement sympas" qu'on nous raconte, on a pas de bol, on ne tombe que sur des gens blasés mais blasés! La faute à la ville?! Mais quelques rencontres cool parfois. Ouf. Bref, on y fout pas trop les pieds, on passe notre temps à bricoler, enfin surtout Dav et son père, vous l'aurez compris. Ces deux-là ensemble... ça n'arrête pas.
Moi j'ai le rôle de l'intendante, secrétaire et assistante hors paire, mais comme Yvon et Monique sont dans la place, je délègue. Et j'aime m'échapper pour me balader sur la plage pour baigner Tos, je ramasse des cailloux pour une mosaïque, et je chope une tendinite à faire des ricochets. Il y a souvent un ou trois gosses à la sortie de l'école qui jouent avec nous, c'est drôle cette amitié qui s'instaure sans paroles. Ils m'offrent des cailloux, ou me font pâlir de rage aux ricochets en se permettant même de me choisir gentiment des cailloux plats pour que je m'améliore. Mouais!

Il y a le marché aussi, assez sympa, mais tout y est cher, autant aller dans la rue où les vendeurs et les couleurs ne manquent pas. Quasi rien ne pousse sur cette île aride, tout est importé, et mon copain Harabo me raconte que la crise en Europe a une terible incidence ici: beaucoup de capverdiens vivent d'apports envoyés par les migrants en Europe qui, à cause de la crise, envoient beaucoup moins d'argent.

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Le bazar du coin: une bouée de bateau qui côtoie un roller qui côtoie un ventilo qui côtoie une lance d'incendie...



Au petit supermarché (presque plus fréquenté par les marins pour faire le plein pour la traversée que par les gens du coin) c'est très souvent panne d'électricté, et une coupure générale peut durer plusieurs jours (et la queue devant les banques qui fonctionnent!). On y trouve alors des yaourts longue conservation que je n'ai jamais essayé et des fromages du genre "vache qui rit", peu de produits frais. On est très loin de l'opulence de nos Leclerc du coin. Mais les gens s'adaptent et s'en foutent, ils n'ont pas les mêmes habitudes indécrottables que nous; mais nous, notre vrai drame, c'est le beurre, il ne nous en reste plus qu'une plaquette et demi, pour tenir un mois et demi jusqu'au Antilles, soit 4g par personne et par jour (oui, j'ai fait le calcul!). Et encore, je crois qu'ils n'ont là-bas que du beurre en boîte de conserve. Pas salé. Enfer et damnation.
On croit se consoler en buvant de leur délicieux rhum produit à Santo Antao, jusqu'à ce qu'on tombe sur un apéro "couenne de porc frit dans sa propre graisse" qui aurait plus sa place dans le rayon biscuits pour chiens. Pouah! Ressers-moi donc un bol!


Oui, car nous allons donc aux Antilles, le chemin le plus facile pour rentrer en France! Nous pensions aller au Brésil d'abord, puis remonter en Guyane, aller aux Grenadines et tout le tralala mais financièremernt ce n'est plus possible. Nous traversons après Noël, période la plus favorable. Nous allons donc directement en Martinique, ou en Guadeloupe, pour trouver du taf, et on verra. Soit nous rentrons l'été prochain, à la bonne période, soit nous restons là-bas encore un an (on ne peut traverser en hiver) mais nous ne nous faisons pas trop d'illusions quand même! On espère que Dav trouvera en tant que voilier (il est déjà sollicité ici, mais payé en bouteilles de vin ou de rhum arrangé, ce qui fait nos soirées mais pas encore notre fortune!) ou en entretien de boats; comme c'est un vrai couteau-suisse ce mec, on a un peu d'espoir. Moi je vais déjà loucher sur les annonces en environnement, je ne rêve pas trop mais je suis quand même positive!, et puis je suis opé pour bosser dans n'importe quoi. En restauration why not, ayant été à bonne école au Ty Coz, le meilleur bar de Morlaix et donc du monde, si personne ne me balance comme barmaid la plus maladroite de l'histoire hôtelière. Mais là encore, il y a du chômage, et nous voilà dans la peau des mecs qui piquent les " petits pains au chocolat" des petits martiniquais... pas simple quoi!

Voilà, sur ce, c'est déjà l'heure de l'apéro, et j'ai été plus bavarde que prévue! Oui, les anciens vont bien, pas de panique, on vous les rendra en entier, mais déconnectés quand même!
 
Ti lógu!


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