"Bienvenus au Sénégal!"

"Bienvenus au Sénégal!" 29 octobre 2012

On vous écrit de Dakar, au mouillage dans l'anse de Hann. On y est arrivés mercredi 24 dans la nuit, sonnés par 8 jours de solitude et de fatigue, mais heureux!!

8 jours 8 nuits de traversée, un record pour des marins de notre acabit. Pas un record de vitesse cependant, on se sera fait dépasser par deux bateaux partis des Canaries des heures avant nous. Qu'importe, ce fut une nav' géniale, globalement, quelques petites frayeurs, pour l'animation, mais aucune casse notoire-aucune voile déchirée, je tiens fièrement à signaler!!

Des alizés réguliers, on caracolait parfois à 6-7 nœuds sous des vents de 25-30 avec de beaux monstres de vagues, parfois de la houle croisée, le bateau partait alors au surf et en fermant les yeux on s'imaginait tout à fait dans une machine à laver. Journées rock'n'roll entrecoupées de journées de pétole où nous pêchions et nous reposions!



8 jours, ça laisse le temps de perfectionner sa technique et ses manœuvres. Nous devenons de moins en moins branques, mais c'est pas tout le temps triste. Une simple manœuvre peut se transformer en véritable parcours sportif pour peu qu'on ait omis ceci ou cela; oh! cette petite chose insignifiante à laquelle tu n'accordais aucune considération, et bien! elle te fais payer cher ton mépris, et c'est parti pour une suée!!! Mais, allez! C'est salvateur de se bouger ainsi les fesses, sinon on serait ankylosés et amorphes toute la journée. Des manœuvres qui, il y a peu, me donnaient de l'urticaire rien qu'à la prononciation de leur nom; aujourd'hui, je les maîtrise déjà mieux et je ne suis plus systématiquement en train de penser que cette manœuvre verra ma dernière heure. Ca devient normal de se prendre des paquets de mer quand on se met bout au vent (face aux vagues) pour une manœuvre quelconque et plus aussi angoissant de voir ton bateau rouler dans les vagues à la cap (bateau arrêté sur l'eau, flottant comme un bouchon) "Non Marie, on ne peut pas chavirer au travers dans 2 mètres de vagues". Bon, si vous l'dites!



Ah si! On s'est fait une petite frayeur au moment de changer le génois (la voile de l'avant) pour une plus petite, le foc. Dav était à l'avant pour l'ôter et passait entièrement sous les vagues. Coucou. Coucou. Moi je zig-zagais avant-arrière pour manœuvrer, l'aider, amener le foc. A un moment j'entends Dav qui baragouine "uhzefnml,dgooarturtu frein de bôme jhrg,pqor,gml,s BBYFUJKK!!" "Quoi? Bon j'ai cru comprendre frein de bôme, ok, je galope, je le dessert, mais qu'est-ce-qu'il m'a dit après?" Je lève les yeux et voit alors Dav blanc comme un linge à l'avant qui me hurle horrifié "LA BOOOOOOME!!!!!" Réflexe inouï je me baisse un quart de seconde avant et VLLLAMMMMM  "Ah tiens, ça devait être ça?!" Un empannage, quand la bôme (la "poutre" qui tient horizontalement la grand-voile sur le mât) change de côté.  Alourdie par l'amplitude et la vitesse de l'empannage, la bôme acquiert une force de frappe phénoménale et à un poil de seconde près, frappée en pleine poire, pas attachée, j'étais dans le cosmos. Mais on a pas pris le temps de s'émouvoir, tout à nos manœuvres; je vous assure cependant que dorénavant je la tiens à l’œil, la leçon a bien était enregistrée.



AHHH la communication dans les couples... Un sujet qui fait couler beaucoup d'encre (d'ancre? héhé) mais nous, notre principal problème sur ce bateau, ce n'est pas la promiscuité, la fatigue, les idées divergentes, les disputes de tours de vaisselle, le fait de voir toujours la même tronche mal rasée au réveil, non, pas du tout, c'est... l'articulation de David et mon ouïe défaillante. Je lisais dans un magazine de voiles que certains couples sur leur bateau arborent des T-shirts avec inscrit pour la femme "Ne crie pas, je fais de mon mieux" et pour le mec "JE NE CRIE PAS." Nous pourrions faire les mêmes, avec "Lave toi les oreilles, hé, bousarde" porté par Dav, et "Quoi? Hein? Comment? AR-TI-CU-LE nom de Dieu" pour Marie. C'est pas triste, c'est pas triste... On a fini par instaurer un langage de signes dans certaines situations. C'est pas triste, ah c'est pas triste...



Mais venons en à ce qui nous intéresse tous!! Notre pêche miraculeuse!! Vous avez tous vos décamètres sous les yeux? Bien. Alors voici notre premier thon (qui s'avère être du thon rouge, pardon les écolos, mais c'est comme ça!). Dav était heureux, mais heureux!!Vous imaginez-vous? Nous, pêcheurs maudits!  De vrais bleus! On ne savait même pas comment le remonter, et moins encore  comment le tuer. "-Euhh... Attends, on nous avait parlé de rhum dans les ouïes! Dav: -On a pas de rhum, que du whisky! (Ca m'a fait bien rire!) -Encore mieux patate, on va pouvoir utiliser ce sky dégueulasse à bon escient!" Et hop, une goulée dans la gueule-j'ai pas osé mettre ma main dans les branchies! Raide mort. Voici donc notre premier thon de 70 cm, absolument délicieux, qui a fini en carpaccio, en filets séchés et congelé pour le reste.

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YYYYEAHHHH!!



Puis, alors que nous n'avions même pas fini de dépecer notre thon, une dorade coriphène toque à la porte! Notre première, évidemment. Un joli petit 50 cm. Qui fini en filets. Hum!

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Dorade coriphène au sortir de l'eau, avant de perdre ses couleurs


Puis on trouve un poisson volant mort sur le pont, qui fini en appât pour une dorade, qu'on ne verra jamais. On a eu beaucoup de touches, des leurres striés de leurs dents! Et un leurre complètement croqué, qu'on a rafistolé avec du scotch, lui rajoutant des ailes pour simuler le poisson volant (les dorades coriphènes adorent!).

Et c'est avec ce leurre improbable que nous avons pêché nos plus belles pièces. On a fait pâlir tout le monde en montrant la photo de l'engin. A homologuer.


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Nous pêchons le lendemain une coriphène de 1m03 (soit 2,4 kg de filets!) que nous congelons et séchons.
Puis une petite bonite!
Le soir même une dorade de 1m, et le lendemain après-midi notre record de 1m17. On a alors ramassé les lignes, stop, on en laisse aux autres! Un thon rouge, une petite bonite, quatre dorades coriphènes dont trois de plus de 1 mètre, ça nous suffit pour un bout de temps.


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1m03 de beaux filets, oui madame!


Et nous voilà avec de quoi manger un mois. On est heureux d'avoir un petit congélo! J'ai fait séché des filets, "à la mode Didier", et ma foi, je suis assez fière!

On n'y croyait plus, enfin, plus beaucoup, même si ça taraude Dav jour et nuit! Nous n'avons même mis les lignes à traîner que le 5ème jour de traversée!! D'habitude Dav l'envoie dès les voiles hissées; mais là, j'ignore pourquoi on a attendu si longtemps... mais on a été vernis! Dav était comme un gosse, heureux, toujours à l'affût d'une petite innovation ou d'une nouvelle technique.


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Notre record, 1m17! Par un combat pas aussi terrible que le laisse penser la photo! Mais quand même!


Ce que j'omets de vous dire, c'est qu'avant de pêcher tout ça, nous avons pêché.... deux fous de bassan!! Des juvéniles, pas bien futés. On a réussi à leur ôter l'hameçon, mais nous n'étions pas fiers!



On a vu pléthore de dauphins aussi, dont certains la nuit, notamment une fois pétardant dans des sillages de plancton. C'était magique, absolument hypnotisant. Tu ne les vois pas dans la nuit opaque, tu les devines en hallucinant sur des traînées éphémères d'étoiles bleu turquoise pétillant dans l'eau bleu profond. Tsssiou... Ca fuse! De véritables sillons de lumières. C'était magnifique. On a pu voir ça qu'une fois, car ce n'est pas systématique d’observer si bien le plancton phosphorescent la nuit. Il y a des nuits où la lune éclaire si bien les eaux que tu ne l’aperçois presque pas.. Ca dépend peut être des eaux elles-mêmes, je ne sais pas. La couleur de l'eau changeait. Nous sommes passés du grand bleu profond canard WC à une eau verte, et même à un instant, elle fut rose-rouge!! Le flip! Le temps d'une minute, à peine! Moi: "Mince, j'espère que c'est pas un banc de sable (on était au large de la Mauritanie, célèbre pour ces avancées de sable sous-marines, où, à 30 milles des côtes, tu t'échoues sur un banc, au milieu de nulle part, chppouk.) -Marie, on est à 40 milles de la côte, t'inquiète! Je dirais que c'est un banc de plancton! Tiens, regarde, une tortue!!" Mais moi j'étais à la table à carte, vérifiant vite fait notre position, et j'ai loupé la tortue énorme. Ca m'apprendra !



Tos a été intronisée "chien le plus génial de l'histoire de la navigation", à l'unanimité du jury, pour sa patience, son courage et sa franche camaraderie. Absolument épatante. Quand on se faisait remuer dans la grosse houle, elle restait dans le cokpit, à terre sur son tapis, sans broncher. On avait alors du remord à l'avoir embarquée là-dedans. On vérifiait à l'aide d'une biscotte sa promptitude à la bouffe, toujours ok, ce qui est excellent signe. On l'arrosait d'eau de mer régulièrement. Mais dès que cela se calmait un peu, on l'envoyait taquiner des dauphins imaginaires en faisant mine de les avoir vus, on était alors tranquilles pendant 4 heures, elle faisait son exercice. Mais elle devenait franchement chiante quand il y en avait réellement, complètement dingue, essoufflée, l’œil fou, sautant par dessus tout, on devait souvent l'attacher. Voilà, que les sympathisants SPA se rassurent. Elle n'a même pas de problème de vessie, car elle pisse allègrement sur les passavents. Voilà, vous savez tout.



Cette belle nav' (belle après coup quand même, parce qu'on s'est quand même fait un peu remuer!) s'est terminée mercredi soir. On était crevés... Quelle joie d’apercevoir notre premier bout de terre africaine, peu avant le crépuscule!! Puis le bruit, suivis des odeurs...



Mais ce ne fut pas notre tout premier contact africain. Il avait eu lieu quelques heures auparavant, au large de la frontière sénégalaise et mauritanienne.  En plein aprèm. On est à 40-50 milles des côtes. On est peinards, Dav somnole, je couds. Soudain: "Ma chérie, t'entends pas un moteur, là? -Oui...Qu'est-c....Là, des pirogues!" On devine une embarcation qui arrive droit sur nous. Dav file enfiler un short. On attend. Ni lui ni moi n'osons l'avouer, mais l'idée des pirates nous trotte dans la tête. On est pas loin de la Mauritanie, on sait que ça craint un peu, mais bon, dans un sens, on n'avait pas entendu de faits de piraterie dans ces coins-là... On attend, pas vraiment inquiets, mais sur nos gardes. Un mec déboule, seul, sur sa pirogue  longue de 6 mètres, chatoyante, délabrée mais peinte avec goût. Ca me rassure un peu, c'est idiot. A hauteur de notre bateau, on l'accueille d'un sourire et d'un signe de la main, qu'il nous rend en souriant. Je lance un grand "Bonjour!" quand il se présente devant moi; il s'arrête alors, et, aussi sec, sans ambages, me fixe soudain d'un regard vague et hagard, et nous lance un vif et tonitruant "J'AI FAIM." Bam. On est restés sonnés une demi-seconde. Notre premier contact avec l'Afrique. Euh. "Bah oui mec on a du poisson séché si tu veux. On a pas grand chose d'autre." Il comprend qu'on lui demande du poisson. Il nous montre ces deux prises, ce que je qualifierai de sardines séchées de soleil, mais Dav n'ai pas d'accord, ce sont des je-ne-sais-quoi, mais vraiment pas gros. Bref. On lui file de l'eau. Et là, en guise de merci: "Du Pain?"  Non, mais tiens, des biscuits. J'en profite pour jeter un œil dans sa barque: de l'eau croupie, les deux-dits petits poissons, un bidon, quelques filets, point. Je ne sais pas s'il nous a remercié. Il se barre, rejoint par une autre pirogue. On a plutôt halluciné. On était bien à plus de 40 milles des côtes (soit un peu moins de 80 km)... Sur leur pirogue à moteur... Mais au delà de ça, on s'est aussi dit que ça commençait bien, déjà à nous quémander à 80 milles de l'arrivée...!


Dakar

Nous arrivons donc à Dakar, le soir. Nous sommes avant tout marqués par le bruit, sourd, qui nous fait atterrir après 8 jours de sonorités marines. Et l'odeur, qui te prend littéralement à la gorge. Mais...mais.. c'est l'odeur du métro parisien!! avec, attends...oui! du chou cuit, de l'encens et des pneus cramés... Beuh...
On avance doucement, à la voile puis au moteur, évitant les pirogues non éclairés et scrutant les épaves. "Evitez d'arriver de nuit, on voit moins les mâts qui émergent." Ah. Tant pis, on ne va quand même pas rester au large! On file doucement vers la baie de Hann, scrutant les rivages pour y déceler le CVD (Centre de Voile de Dakar) qui constitue un mouillage de voiliers. On ne le trouve évidemment pas, et choisissons de mouiller là, pas loin de cette plage de pêcheurs. On se couche aussi sec.
Le lendemain nous trouve au milieu de la baie de Hann, réveillés par l'appel du muezzin à la prière du haut du minaret. On aperçoit des voiliers, on part jeter l'ancre auprès d'eux.



C'est le matin, une chaloupe vient nous chercher pour nous amener au CVD. C'est un club privé (le mot effraie) qui accueille les navigateurs. Il n'y a pas de port ou de marinas pour voiliers ici. Tu as donc le choix de mouiller dans la baie de Hann, au milieu de nulle part (ce que personne ne fait, à part nous le premier soir!) ou de mouiller devant la plage du CVD, monnayant quelques billets.
Nos premiers pas en terre africaine, on était un peu émus, bah oui. Surtout, on avait bien mis nos chaussures: "Gare à la larva migrans qui s'infiltre dans tes pieds, ponds ses œufs et pullule dans ton corps. C'est du sérieux, on rigole pas là". Ok, on n'oubliera jamais nos tongues et tout ira bien. Sur la plage, des pirogues similaires à celle rencontrée au large. Des pêcheurs, qui se dérident à nos bonjours, et qui vivent là, dans leur taudis de bric et de broc. Passée la porte tressée, on rentre soudain dans un petit coin de paradis. Des arbres partout, un terrain de pétanque, un sol dallé, des petites bicoques (un gîte, un bar, un coin sanitaires, cuisine, bureau, laverie, même un petit ship où trouver de l'accastillage de récup', et ô joie pour David, une voilerie!! La voilerie de Dakar, dont on avait dit à David "tu verras mon pote, la voilerie là-bas... fantastique. Tu vas t'y plaire". Une pièce modeste de 40 m², une grande table, 3 machines à coudre, des tas de voiles, un mec souriant. A l'entrée, un mec nous accueille : "Ah? Tu es voilier? Entre, tu es un ami ici!" Dav lie avec lui, pendant que je me promène un peu. Il y a Mama légumes, qui  vend ses fruits et légumes, Mama Safi qui vend des bijoux et du tissu, Mama nougats qui vend ses nougats à prix d'or, et qui sera la première à nous accueillir d'un "Bienvenus au Sénégal!". Je lui en ai acheté, c'est super bon. On remarque ainsi une dizaine de personnes qui gravitent autour du CVD, mécanos, journaliers... Ils sont hyper sympas, avenants, affables et désireux de parler avec toi. Mais c'est tout de même un microcosme ici. On aime bien, c'est cool, mais pas trop longtemps. Quelques jours suffiront.



On file dans Dakar pour faire les formalités d'entrée. On prend un taxi, il faut établir le prix direct: "C'est combien pour faire ce trajet complet? -10 000 CFA. -Non, 7000 (on nous avait prévenu, pas plus.) -8000, parce que tu as un chien, c'est pas tout le monde qui a un chien comme toi. -Ok." (la prochaine fois, on dit 6000!). Pendant une demi-heure, on en prend plein les yeux. Déjà hors du CVD, tu es dépaysé. Le CVD c'est vraiment une zone-tampon, un garde fou un peu, pour préserver les blancs; la transition s'opère plus doucement. Je ressens un truc bizarre dans ce taxi, un peu coupable (cette satané culpabilité! quand va-t-elle nous lâcher?!!) dans mon taxi, ça fait un peu safari. Mais c'est ça en fait. On hallucine. Des ordures partout, des tas de terre en guise de bas-côtés, des étals de tout et n'importe quoi, sous des tonnelles de tissus bigarrés, des tôles, des mecs fuyant le soleil sous les échoppes, des costards-cravates-baskets, des embouteillages, les voitures pataugeant dans la gadoue des canalisations pétées, un mec qui répare tranquillement son moteur au milieu de la route, un vague sens de circulation (on double à droite, à gauche, on passe où on peut), un mec qui me regardait hilare et qui m'a fait rire avec son camion avec écrit en gros sur l'avant "merci maman", le marchand de photocopie vantant les vertus du Dji-Gian contre les troubles de la prostate et les problèmes de virilité, les flics débonnaires, des dizaines de mobylettes ou de caisses garées au milieu de la route, en panne, et je sais plus, il y en a tellement... des pubs Maggi immenses, édulcorées, décalées au dessus de ces ruelles poussiéreuses "empruntez maintenant, payer l'année prochaine"... le douanier et son bureau bordelique, avec sur la porte punaisé l'inventaire des (cinq) meubles du bureau, et des paperasses partout se disputant la place aux cotons tiges et au frigo et à l'écran grésillant le pèlerinage de la Mecque. Je dresse un portait qui semble méprisant, non, je retranscris le sentiment de festival de couleurs, d'odeurs, de fouillis, de décalage comme nous l'avons vécu. On est loin de notre société aseptisée et bureaucrate, pour sûr! Dav en a ressenti un peu de tristesse, moi je ne sais pas trop quoi penser. Et on est pas obligé d'en penser quelque chose. On est quand même par dessus tout contents d'être en Afrique.



Le lendemain toute la ville était en fête, dans les villages, pour la Tabaski (L'Aïd El Kebir, qui fête la fin du pélerinage à la Mecque).  Nous avions tous mangé au bar pour l'occase, sous les tonnelles, le mouton égorgé le matin même. La plage, ce matin, était un spectacle de moutons tués pour l'occasion et rincés dans l'eau de mer. Là, on a un peu tiqué quand même, quand on sait ce qui grouille dans cette eau. Ici, cela pourrait être une des plus belles plages du monde; ce n'est qu'un cloaque. Tous les égouts s'y déversent. Tu y trouves des métaux lourds, des saloperies innommables. Le lendemain de la Tabaski, des pieds de moutons, des trippes, des panses qui flottent. Hum! Et quand le vent tombe, toute la puanteur te prend à la gorge. Bref, c'est Dakar, paraît-il... mégalopole africaine... mouais..!



Nous ne sortons pas beaucoup. La plupart du temps on se cloisonne dans l'épaisse moiteur du bateau à...bricoler et réparer, vous vous en serez doutés. Dav répare notamment l'annexe qu'on a acheté d'occase aux Canaries (on avait perdu la nôtre là-bas) qu'on a essayé, qui n'était pas chère du tout, trop peu chère en fait... on a constaté, dégoutés, qu'elle avait un gros trou à l'avant... Décollée, rien  de très grave, mais on en a ras le bol de se faire plumer. Des heures que Dav est dessus à la recoller, ça ne fonctionne pas, il en a marre. "Je passe mon temps à réparer, ça me fatigue. Et à me faire plumer, ras le bol." Moi aussi je me suis fait plumer par Mama légumes, tiens, qui m'a refilée une papaye faisandée beaucoup trop chère et des corrossols pourris et des avocats secs à moitié moisis que j'ai dû balancer. Bon, je suis aller la voir, et elle m'a proposer d'autres fruits pour compenser. Pas dramatique. On est restées conviviales. Mais ça me laisse un goût un peu amer. Merde, je pensais qu'on n'était pas des bleus quand même... mais si, complètement! C'est dur de marchander, on se demande si on est légitime en tant que nantis de vouloir payer moins. Mais eux ne se posent pas autant de questions, c'est leur bizbiz, et faut qu'on entre dans le jeu. Voilà, le voyage, c'est ça aussi! On fait nos armes!


Mais franchement, après cinq jours passés ici, on commence à être dégoutés de la ville et des gens. On arrête pas d'avoir le sentiment de se faire entuber. Malgré la tchatche, malgré la fermeté. On devient presque cons et méprisants. Certaines personnes ne semblent voir en toi que des toubabs, des pompes à fric, basta. Continuellement dans la demande, sans gêne. Ca devient usant. Tu ne sais plus si c'est un rapport sincèrement amical qui s'instaure ou de l'intérêt. Voilà, on ne les voit pas tous comme ça évidemment, faut-il le préciser!, mais pour l'instant on garde surtout cette image d'ici. Certains sont évidemment adorables, et sans arrière-pensées!
Finalement, c'est un jeu, mais dont on maîtrise pas les règles. Bien sûr, on s'y préparait et on comprend, mais voilà, ça nous blase un peu de la capitale. C'est une jungle pour nous, et ça nous intéresse plus. Dakar pour nous, c'est terminé. On se casse dès que la bateau est prêt. Ou on finira par devenir complètement cons. Je ne sais pas s'il est nécessaire de rappeler que c'est notre ressenti personnel, et que nous n'en faisons pas une généralité. On ne veut pas dégouter les copains de venir ici. Certains s'y trouvent très bien. Nous non. C'est tout. 



Nous avons retrouvés ici le bateau rencontré à Tenerife, le Kairos, qui va en Casamance en même temps que nous. Trois hommes (des retraités, oh ils n'aiment ça! haha!) et une fille de 30 piges, super sympas. On file ensemble dans 2 jours, le temps de rayer notre liste de bricoles et faire des courses.


Enfin, eux, ils ne passent pas leur journée à bricoler!! Pourquoi? Pourquoi on est toujours les seuls avec notre clé à molette dans les mains et la tronche pleine de cambouis, hein? Pendant que les copains font du tourisme, hein? "Parce que beaucoup de bateaux sont des bateaux neufs, qu'il y a moins à réparer; parce que beaucoup font faire leurs réparations par des professionnels, et qu'ils ne cherchent pas à améliorer leur rafiot; nous, c'est notre maison..." Mouais... c'est surtout qu'on a la poisse aussi. Je vous raconte pas, dès qu'on commence à bricoler un truc, c'est la pièce voisine qui lâche, et c'est parti.... Je vous fais pas la liste, mais là, on sature un peu, on rêve de farniente et de plage et de "faire du rien". Bref, le gri gri offert par mama Safi ne nous a pas aidé ici. J'ai même fini par penser qu'on avait attiré un mauvais génie!! Enfin, ne vous faites pas trop de bile, on est amers, mais on va plutôt bien, malgré tout.!

On espère que la Casamance sera foncièrement différente. Ce que tous nous disent... J'espère, c'est quand même le but de notre venue ici...!

Kenavo!!


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