Bretagne, Juin 2012

Départ des écluses de Morlaix Dimanche 17 juin 16h, après deux semaines d'attente et de décalage dus au sale temps. Il est temps de mettre les voiles!

1ère étape: Morlaix-Roscoff (J'en vois un qui rigole!)

Dimanche 17 Juin, départ du port sur les chapeaux de roues, comme d'habitude. On en oublie même notre clébard sur le quai...

 

Dans les starting-blocks des écluses, Jacky sabre sa bouteille de champ' pendant qu'on cumule dernières good wibes et cadeaux - notamment persil et coriandre anti-scorbut; gâteau chocolat réconfortant. On réalise enfin. C'est parti.

 

Après une remontée de la rivière avec quelques bateaux copains jusqu'au château du Taureau, on vire de bord jusqu'à Roscoff, sous la flotte; afin de déposer nos passagers VIP (la famille de David embarquée pour un dernier tour) et pour se refaire une santé pendant 2 jours au nouveau port. 2h30 de moteur, ça crève.

 

 

Roscoff Lundi- Mardi 18-19 juin

La météo a prévu 2 jours de pétole (pétole, dans le jargon = pas de vent). Du coup, on reste dans le port en chantier gratis, pour peaufiner nos derniers réglages et bricoles. On lève le pied surtout: Dav se remet de sa crève, moi de mes courbatures de capoeira et de mon coquard-souvenir.

Pendant 2 jours, c'est pêche, plongée, bricolage. On se fait une cure protéinée (maquereaux, homard, bar, étrilles; et si ça ne suffit pas il y encore les conserves de langues de bœuf maison de belle-maman, ça fera du leste, allez!)

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                                            Roscoff. Dur!                                                                                                                 Roscoff. Pêche

 

Roscoff-Aber Wrac'h. Mercredi 20 juin.

La météo nous avait mijoté un joli 25 noeuds pour mercredi, suivi d'un avis de grand frais jeudi. On décide donc se barrer mercredi jusqu'à l'Aber Wrac'h. Déception: finalement les 2 jours restés à Roscoff auront brassé plus de vent que notre journée de navigation.

Pétole...et journée haute en couleurs.

Acte 1: A peine sortis du port de Roscoff.
Moi: "Salut les copains, merci de l'accueil, ouais, à dans un an!!!" Et puis: "Bon, Dav, on se met en conditions de grosse navigation, faut s'habituer, okay? Sécurité maximale. On met nos gilets de sauvetage, on oublie la ligne de vie mais on aura déjà l'air so british. Okaaay?" 2 minutes après: BBROOOoom POF POF POF. Merde! Le moteur. Stoppé net.

Le décor: On se trouve EXACTEMENT là où ON NE DOIT ABSOLUMENT PAS traîner, c'est à dire juste au début du chenal de l'Ile de Batz, plein de rochers, extrêmement dangereux. On ne connaît pas le coin, on se fie au bateau de Jacky devant nous et à notre GPS.

Tout se passe en 10 secondes: David essaye de redémarrer le moteur, mais décrète immédiatement que l'arrivée d'essence a été coupée et qu'il faut réamorcer. Réamorquoi? Ah, oui. Réamorcer la pompe d'arrivée d'essence, pour que le moteur soit alimenté. Sur le coup je ne trouve pas comment faire, le moteur est dans la descente mais où est la pompe? (descente: escalier qui relie le pont extérieur à l'intérieur du bateau, appelé l'habitacle). Pendant ce court temps-là, Dav barre comme il peut avec juste un génois déployé (génois: la voile avant) pour éviter de s'écraser sur les rochers: inutile d'en rajouter, mais il ne peut pas descendre m'aider. Et impossible pour moi d'amorcer cette foutue pompe. Du coup, on tente de choper une bouée qui traîne pas loin, mais on la rate de peu: je n'ai pas le temps de choper un bout (corde) pour nous y amarrer. C'était notre seule chance. CATASTROPHE. On fonce sur les rochers. Les manœuvres sont déjà, en temps ordinaire, extrêmement limitées avec notre tirant d'eau impressionnant (2m20 de quille) dans un coin plein de récifs et de courant; imaginez donc à la voile, sans moteur et sans vent : c'est carrément du sport.

Par dessus tout, la VHF ne fonctionne pas et on n'arrive pas à joindre le Marguil qui pourrait venir à notre secours. Heureusement que Jérem et Jacky nous observent à ce moment là aux jumelles, inquiets de nous voir traîner: "Mais qu'est-ce... mais ils ont bu? Ils foncent sur les rochers ces malades!" demi-tour, ils déboulent en furie, plein gaz. On parvient à se mettre à couple (bateaux côte à côte) rapidement à l'aide de bouts. Ils nous remorquent alors pour nous sortir de ce coin maudit, le temps que Dav réamorce la pompe.

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                                                                                                                                                       Marguil SNSM

Bilan: une énorme frayeur et 20 litres de gasoil en moins pour Tonton.

L'ironie de l'histoire, c'est que la vanne d'arrivée gasoil se trouve...dans le placard des gilets de sauvetage. Je l'ai faite sauter en les prenant.

On se passera d'autres commentaires.

J’espère juste qu'un certain François Guichou ne lira pas ces lignes, lui qui ne me voyait même pas passer l'île de Batz.

Acte 2:

Notre bien aimé R2 D2, pilote automatique*, nous lâche après des années de bons et loyaux services. Un grand verre de jus d'orange était passé par là il y a peu (une longue histoire à laquelle je ne suis pas étrangère) mais tout semblait avoir été réglé, Dav Gyver avait, semble t-il, réussi l'impossible en le réparant. Et non. Le voilà qui nous claque entre les doigts le jour du grand départ. Un bijou d'électronique old school mais ô combien pratique... et très cher. Journée de merde....

*c'est lui qui barre seul le bateau quand les conditions ne sont pas trop violentes. Il faut toujours rester présent et aux aguets mais ça laisse les mains libres

 

Acte 3: Après 2h de grand voile+spi (spi: grande voile légère hissée par faible vent), plus un pet de vent. Rien. Scotchés. Puis la pluie et le brouillard. On remet le moteur, c'est parti.

Qui a dit que la plaisance, c'est l'pied?

 

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                                        So what?                                                                        L'aber Wrac'h sous la brume.                                                                        

 

 Arrivée à l'Aber Wrac'h: quel bonheur de brancher le déshumidificateur pour sécher nos vestes dégoulinantes! Puis ma batterie d'ordinateur rend l'âme : Acte 4. 

Bon, après tout, on est arrivés, le bateau est sauf, Dav répare R2D2 et je bidouille mon ordi, on prend une douche chaude, on est presque secs, on se balade et on se goinfre de far breton. Elle est pas belle la vie?

 

 

Aber Wrac'h-Aber Benoît Jeudi 21 juin.

Aujourd'hui, la météo annonce un avis de grand frais (des rafales allant jusqu'à 30-40 nœuds) sur le coup de midi; tous les bateaux restent à l'abri au port. Sauf nous, évidemment. Qui décidons d'aller mouiller à l'Aber Benoît, pas très loin; mais oui, c'est gratuit!

On part donc le matin, le vent est déjà bien levé. Arrivés au mouillage "protégé" de l'Aber, le vent monte carrément d'un coup. Au moment même où on essaye de s'amarrer à un coffre*, on se tape des rafales de 45 nœuds. Je n'avais jamais vu ça. On a heureusement eu le temps d'enfiler un bout** sur le coffre pour nous maintenir à peu près, mais pour le doubler (mettre un 2ème bout pour sécuriser) on a bien mis 1/2h, sous la tempête et l'écume qui te lessive les fosses nasales. Les autres bateaux volaient littéralement autour de nous. Après coup, mieux vaut goûter un coup de vent passablement à l'abri que dans le golfe de Gascogne. Ça ne fait que commencer, mais autant y aller mollo ou je finirai par me découvrir cardiaque.

*coffre: bouée où on amarre le bateau. Ca évite de sortir l'ancre, opération plus fastidieuse. Quoique!

**un bout: une corde sur un bateau, prononcez [bouteuh]!

 

On attend samedi pour décoller et filer à Brest ou à Camaret. Le vent se calme apparemment et passer le redoutable Chenal du Four demande les meilleures conditions: courant descendant et vent propice. On héritera de pas mal de houle restante des deux derniers jours ventés, mais on y va, on ne va pas rester croupir ici... Ras le bol du froid, vivement le sud! 

 

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                                                                                       Corvée crotte sous la pluie

 

Lendemain plus heureux passé à bricoler et se balader sur la plage, au soleil, quel bonheur. On reprend vie!

Mes premiers essais à l'annexe motorisée: je me suis tapée la seule bouée existante sur le plan d'eau, et à fond les manettes. AAAAAaaaaah mais comment on freine? CHBOOOOONG.

Au fait, l'Aber Benoît, pour votre gouverne, c'est payant depuis cette année, et pas à prix d'ami. Sans aucune commodité pour justifier. Autant rester à l'ancre de l'Aber Wrac'h, conseil de fauché!

 

Aber Benoît-Roscanvel Samedi 23 Juin.

Voilà pourquoi, malgré tout, on oublie vite la négativité des navs précédentes!

C'était une journée excellente avec des conditions rêvées pour passer ce satané Four. Marré descendante, 20 nœuds de vent, parfait! Grand soleil, une houle ridicule, je n'ai pas même pas percuté que nous étions en plein dans le fameux chenal. De minuscules petits bouillons deci-delà. Rien à voir avec le portrait mortifère dépeint par les vieux loups de mer. Ou était-ce moi qui m'en faisais une montagne?!

Arrivée dans le goulet de Brest! Superbe côte aux falaises entrecoupées de criques et de forts imposants. Ah!!! la pointe des espagnols! Le fort des Capucins!
Amarrage sur un coffre à Roscanvel, sur la presqu'île de Crozon. Accueil chaleureux par Claude, du club nautique. Ça se finit au vieux rhum et une bouteille de cidre de 6 ans d'âge pour ma part, dégotée de derrière les fagots par Claude. On va rester là un peu, tiens!
 

Avis de grand frais ( grand frais: vent très fort) pour dimanche. On attend donc lundi ici. On doit aller à Brest, lundi, chercher deux trois pièces mécaniques, se connecter à internet; faire le plein d'eau.

On passe le dimanche à faire nos lessives, réparer R2 et Raymond (notre régulateur d'allure); que des choses palpitantes.

Le vent est tombé dans l'après-midi mais le vent reste sud-ouest pendant encore une semaine, ce qui signifie passer un Golfe de Gascogne au près. (Le "près", pour vous amis des montagnes, c'est une allure où le bateau remonte au vent et "on tire des bords", c'est à dire qu'on fait des zig zag pour le remonter.) C'est une allure éprouvante s'il y a de la houle; le bateau tape constamment sur les vagues, on est trempés et secoués; le bateau gîte (penche!) beaucoup.

Dans le Golfe, il faut passer la marche du plateau continental et on passe abruptement de 300 à 4000 mètres de fond. La houle s'y casse et peut être énorme, et même si la période estivale s'y prête mieux pour la traverser, ça reste sport. Et au "près", pendant 4 jours non-stop, merci!

On attend donc des vents plus cléments pour éviter à Tos de trop souffrir, et même pour nous. Nous préférons attendre, longer plus la côte finistérienne sud et se lancer dès qu'une opportunité se présente. C'est dur de patienter sous ce temps nul-il a plu presque toute la journée. On se console de la pêche (de St Jacques et d'huîtres de Jérem, de dormeurs et d'étrilles offerts par Claude) et d'enrichissantes lectures ("Naufragé volontaire" d'Alain Bombard! Pas de panique, si on coule, je sais comment survivre dans un canot gonflable pendant 2 mois avec un collant, un torchon, un bout de ficelle. A tout intéressé, je conseille également l'excellent "Survivre: comment vaincre en milieu hostile" du colonel macho Xavier Maninguet. Et là, on est au top! Je regrette seulement que Christophe n'ait pas eu le temps de me faire mon bracelet survivor. Ne riez pas. En cas de catastrophe, vous vous féliciterez de m'avoir comme amie.)

 

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               Jacky la gazette, exténué par sa brasse de 20 mètres                                       Jerem et Jacky                                                                              La buanderie

 

Camaret. Jeudi 28 Juin

Nous sommes restés quelques jours à Roscanvel, après une sortie citadine, Brest, qui fit honneur à sa réputation de cité la plus humide de Bretagne, et donc du monde.

On s'occupa de pêche, lecture et sempiternel bricolage. Sous la pluie ou presque. Nos fringues ne sèchent pas, pas plus que nos corps qui commencent à se décomposer. Et Papy Cool, (un morlaisien parti en solo sur son bateau un peu avant nous) nous attend patiemment dans un mouillage de rêve en Corogne,  et est déjà en short. Il n'y a pas meilleure motivation. Vivement que le vent se lève, et de l'Est! 

On est arrivés à Camaret hier au soir, on y reste jusqu'à vendredi ou samedi, pour recevoir une pièce de moteur et attendre le vent, et on en profite pour accéder enfin à internet (en Espagne, on se paiera une clé 3G, pour y avoir accès partout. Ici nous sommes soit à l'ancre soit sur coffre, pour ne pas ou peu payer, et l'accès internet est impossible).

Actuellement nous sommes à l'ancre, ce qui nous permet de faire des économies de ports (dans l'idéal, nous aimerions ne jamais y aller, mais c'est parfois impossible). Cependant, ailleurs, nous avons pour l'instant la chance de ne payer que très peu, voir pas du tout; on se démerde!

Hier les douanes nous ont tourné autour 3 fois, jusqu'à venir relever nos identités, savoir notre périple, s'inquiéter de savoir si on était équipé. Très cool du reste, mais ça reste stressant.

Voilà les nouvelles du front. On va tous bien, le Marguil aussi. Une opportunité se dessine samedi avec enfin un vent d'Est (le Sud-Ouest qui dure depuis deux semaines nous scotche en Bretagne!). La tendance se confirme; on se lancera donc sûrement de Camaret pour le Golfe. Arrivée escomptée mercredi soir ou jeudi en Corogne. 

Dav écrira lui aussi, mais là, voyez, il pêche (du maquereau pour l'instant).

On vous embrasse, Kenavo!  

 

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