Bribes de Ziguinchor

Bribes de Ziguinchor

Notre escale à Zig touche à sa fin, un peu prolongée pour diverses raisons; nous redescendons le fleuve Casamance ce matin, pendant 3 jours à travers les villages.
Puis route vers le Cap Vert, à Mindelo, où nous retrouve la famille de Dav. Nous y serons vers le 20-22 novembre si tout va bien.

Ziguinchor...On aura bien aimé cette ville.

Ses rencontres et ses images, ses anecdotes, tellement que j'aurai pu noircir un carnet de notes. Ses rues. Quelques routes goudronnées, la majorité en terre rouge complètement défoncées de trous de gruyère. Avec ses échoppes composées de matériaux hétéroclites en ce demandant par quelle science incroyable le tout tient encore debout. Ses boui boui poussiéreux où une godasse déglinguée côtoie un citron jaune qui côtoie une cuvette de chiottes.



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Grand féticheur


Ses taxis jaunes et noirs cabossés aux amortisseurs souffrants (mais beaucoup moins destroys qu'à Dakar où 99% des tacos ont un pare-brise fêlé rafistolé de scotch et aux vitres bloquées quand il y en a). Bien s'accrocher si pris la nuit; on manqua d'écraser deux fauteuils roulants, une dizaine de chèvres et de gamins en moins de trois minutes. Ses camions où sur le pare brise se content fleurette une image d'imam et celle de la petite sirène. Son office de tourisme où l'employé remplaçant à la ramasse prenait note des bons plans de Maïenn "ah il y un bus qui dessert ici? Tu as les horaires attend je note". Son marché aux légumes avec ses mamas mauvaises comme des pestes. Ses plats du jour consistants de 500 à 1000F CFA-entre 1et 2 euros. (Ou au "Tamarinier", on vous conseille: 3000F CFA la brochette de lotte, hier soir aux chandelles car coupure d'électricité générale. Le régal absolu). Son lavage automatique: 4 gars recouverts de mousse qui nettoient frénétiquement les voitures à l'éponge.


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En attendant l'adorable petite sœur qui se fait raser la tête! Une des rares photos prises dans la rue.




Sa police des douanes et son employé en djellaba , mou mais mou!, qui après 20 minutes passées à sortir d'un sac plastique et essayer un à un ses 10 tampons officiels, me tamponne sur mon passeport un joli "arrivée le 10 octobre 2012" alors que nous sommes en novembre et que je veux un tampon "départ ".

Ses poubelles. Nous, nos 2 poubelles de 2 semaines sur les bras: "Où sont les poubelles publiques je vous prie mon cher monsieur? -Là, derrière le premier vautour. Ah? Euh.. la décharge à ciel ouvert, là?" Je vous avais dit que ce n'était pas très pollué? Mea culpa. Sur la plage des détritus partout, nettoyés et brûlés régulièrement par les habitants. No comment.



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Vers le marché aux poissons



Ses oiseaux. Des centaines de cigognes nichant sur le moindre arbre disponible. Des merles métalliques, des hérons tout ça...


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Et ne me dites pas comme ce mec à qui je demande si c'est des hérons blancs "mais non ça c'est des pigeons."



Son marché animé-un vaste quartier d'échoppes et de marchands ambulants-où on ne se faisait pas alpaguer pour notre fric mais pour notre chien. On aurait pu la vendre 40 fois, véridique. Au début ça surprend, puis tu rentres à fond dans le jeu: ok je te l'échange contre ton mouton (un mastodonte de 80kilos). Ah oui ah oui. Ou celui-là qui voulait Tos pour son village, afin de faire fuir les chacals qui bouffent les poules: "Tu ferais une sale affaire, elle boufferait plus de poules que de chacals" Ah non ah non.
On s'est marrés sur toute la route, entre celui là: "Oh le chien! Il est beau! C'est quelle marque?" ou cinq minutes après: "C'est un mouton?" ou encore "Milou! Milou!" ou un fier "Ah! Un berger allemand!" ou celui-ci: "Oh, ce chien! Il a de jolies plumes!" J'en ris encore. (Pour leur défense, ce sont quand même des polyglottes, parlant au moins 3 à 4 langues, le wolof étant l'officielle; et s'il ne maîtrisent pas toutes les subtilités du français, ils le parlent très bien!)
Comme dit Philippe, on a tellement l'habitude d'être une attraction avec Tos que ça va nous faire tout drôle en rentrant à Morlaix. Tous ces gens qui nous demandent son nom et la trouvent belle, malgré ses 10 ans bien sonnés. C'est drôle. Mais pas beaucoup de téméraires pour la toucher, surtout que maintenant quand on nous demande si elle mord on répond "ça dépend" pour pouvoir se débarrasser des éventuels emmerdeurs.  Grr!

Ses fous en liberté. Pas d'hôpital psy ici (enfin, je ne crois pas!)! Et celui-là, le cousin de Jacques Chirac, qui ne nous lâcha pas les baskets: "-Bon ok je te file 100F si tu me trouves le président de la république française. -Ah oui ah oui euh Lionel Jospin!"

Son marché aux poissons où la sole est à 200F CFA, puis augmente soudain à 1000 quand la mama lève la tête pour se rendre compte qu'elle s'adresse à un toubab. On a fini par opter -ailleurs- pour un barracuda! Hum!!! Le délice!

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Préparant la pêche de demain. Parfois des jours à dormir sur leur pirogue loin de chez eux, et se déplaçant pratiquement toujours à la rame.




Son marchandage. Évidemment aucun prix affiché. Donc tu discutes. Ne pas faire comme nous une fois, qui demandons le prix d'un capitaine (poisson africain) à une mama à la criée du matin: 8500F CFA. Et Dav pas intéressé: "Oh non, merci, c'est trop cher!" et il se barre tout simplement. Le jeune mec avec qui on discutait juste avant nous rattrape: "Hé mec mais c'est pas comme ça que ça se passe ici! Faut pas partir comme ça, c'est pas bien! C'est un manque de respect de ne pas discuter tu vois. C'est comme ça! Tu lui as même pas dis ton prix! Faut discuter, c'est une entrée en matière, une politesse!!" Et oui!

Son port aux pirogues multicolores. Et ses pêcheurs, avec qui nous restons longuement à discuter, abordant des sujets drôles ou sensibles tel que la politique.

Nous avons beaucoup ressenti, durant notre court voyage en basse Casamance, de l'amertume envers le pouvoir centralisé de Dakar. Le souhait d'indépendance, ses chimères et ses fantômes de guerre; la rivalité avec le nord, le sentiment des casamançais d'être véritablement oubliés, voire écrasés par les bureaucrates et puissants de Dakar. Des discours de lassitude, de colère, plus ou moins engagés, mais d'une douleur palpable.



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Ses rencontres, lassantes comme celle de Mouss ou Zal qui veulent te vendre de l'herbe ou leurs masques africains fabriqués en Chine; ou Eva qui me fait en cadeau des bracelets "non merci!" et qui me rattrape dans la rue pour me les reprendre puisque je ne lui ai rien acheté; sympas comme celle de Matar le taxi ou passionnantes comme celle de Damas le serveur, qui valent tous les bouquins du monde! Belle comme celle de Ziza le pêcheur, qui passe dans un mois un recrutement de foot en Norvège, déjà recalé en Espagne et pour qui on croise les doigts... 
Dav veut que je raconte l'histoire du lumineux Hamdine Watt rencontré à un concert, qui nous relate avec sourire et modestie son parcours de gamin de rue.  Confié à 4ans par son père à l'école coranique de Dakar, obligé de mendier pour ramener du fric au marabout (maître musulman) pour avoir le droit de manger. Et étudier, la nuit, à la lueur du feu. Constamment battu, humilié, écrasé, affamé, bref on imagine le tableau. Il lutte, et apprend tout sur le tas, le français comme la survie. Il réussit à s'échapper à 11 ans pour rentrer dans son village. Colère des parents, honte de la famille. Il finit par convaincre son père de rester bosser avec lui. Et il trime. Puis, plus grand, il se dirige vers la musique. Or, l'Afrique des castes interdit cette orientation: ici, les familles sont traditionnellement divisées en caste de forgerons, griots, esclaves... Hamdine fait partie de la caste des rois (nobles), qui ne peuvent chanter, car ce n'est pas une occupation allouée à leur rang: on chante pour eux, pas le contraire. Il s'est donc battu pour vivre de ce métier, contre les traditions (c'est la honte!) et pour financer son disque. Maintenant, il continue toujours de cumuler répèts et boulot de pêcheur éreintant, il ne sort quasi jamais et dort peu, mais il réussit; et ce sont les gens qui le calomniaient autrefois qui remplissent aujourd'hui ses salles de concerts. Il nous raconte que les gamins des rues qu'on voit traîner ici dans les rues à mendier, qui ne parlent pas un mot de français car venant des villages, c'est le même combat. "-Mais pourquoi? Ton père était riche, pouvait te nourrir, pourquoi avoir infligé ça à tous ses garçons (sauf les derniers qui vont à l'école non-coranique, maintenant)? -Pour nous apprendre le cœur." Ah. On avoue ne pas tout comprendre. "-C'est une école, tu apprends à lire et prier. Une sorte de catéchèse. -Et donc, ses gamins, là, ils mendient pour un marabout? -Oui. C'est courant encore aujourd'hui." Lui ne veut pas reproduire la tradition, et ne veut qu'une seule épouse. "Je suis musulman, mais je ne reproduirai pas mon histoire à ma propre famille. Et pour le mariage, ce sera une seule. Trop de gamins souffrent des altercations entre co-épouses, et il faut pouvoir offrir un avenir correct à sa famille. Moi je n'aurais que 2-3 enfants, pas plus! Vous savez ici, l'homme se lève souvent sans savoir ce qu'il donnera à manger à ses enfants le soir. C'est la survie au jour le jour..." Bref, c'était l'histoire de Hamdine. A travers laquelle on comprend un peu mieux la culture casamançaise et plus largement la culture africaine. Toutes ces histoires forment un puzzle immense dont nous n'entendons pas toujours grand-chose. Mais passionnant. Bref.

Hamdine rencontré à un concert de Danakil d'ailleurs, samedi à Ziguinchor, la place à même pas 1,50euros. Trois pelés et un tondu dans la salle (oh j'exagère, mais il n'y avait pas foule!) et il y avait de la place pour se trémousser! On connaissait de nom, et sans adorer non plus c'était un bon moment. C'est la voix de Natty Jean (un sénégalais au coffre incroyable qui tournait avec eux) qui nous a retourné, mazette! Quel groove ouh! Là c'était trop bon !!

Quelle fatigue aujourd'hui... on est de vraies larves. Et Dav nous couve une petite tourista, le choupinet! On a pourtant survécu, comme dit Philippe, à l'ail pillé dans le seau de la serpillère à Karabane. Et la chaleur n'arrange rien, c'est vraiment accablant. 35° degrés à l'ombre, on lève le bras on perd 3 litres et on découvre que c'est possible de transpirer de la moustache. Pour coller les timbres, pas de problème: tu l'appliques au front, sous l'aisselle ou sur la bave de Tos: efficace et hygiénique. Pffou! Dav rêve d'un pull et d'un feu de cheminée, moi d'une soirée irlandaise un cidre à la main. On n'est jamais contents!

On part tout à l'heure. Approvisionnement ok. Gasoil ok. Eau ok. Moteur ok (on a une très grosse suée hier, avec l'étouffoir du moteur. On ne pouvait ni arrêter ni redémarrer le moteur...pfiou!) et réa de grand voile réparé.  On est parés!

Pour finir, photos de l'atelier leurre de Dav: parce qu'il n'y a pas que le bricolage du bateau dans la vie!



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Plomb fondu

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Les coriphènes n'ont qu'à bien se tenir!

Dav vient de s'offrir un épervier, un filet à poisson plombé qu'on lance à la main. Et un stock d'hameçons gros calibre. Attention.


Bon, c'est parti... en route! A bientôt au Cap Vert!

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