Guadeloupe. On prend racine!

Guadeloupe. On prend racine ! Dimanche 10 mars 2013.

Voilà presque une semaine que nous avons publié mon dernier pavé (mes respects à ceux qui ont tout lu d'une traite. Jérem a dû faire une pause café à sa lecture et Dav a mis 3 jours.). Qu'on se rassure, c'était bien la dernière fois que je relatais trois semaines en un post !

Nous sommes toujours à la marina de Pointe à Pitre, à Bas-du-Fort ; en Guadeloupe, évidemment !
Rien de nouveau sous le soleil, pour les gars. (héhé.) Ils bossent comme des timbrés et rentrent tous les soirs à des heures noires, gluants de sueur, éructant une haleine douteuse de salvatrice bière blanche pression, l’œil hagard et les guibolles flagellantes.

Et moi, j'ai presque sillonné toutes les possibilités de boulot sur la marina. Ménage, baby-sitting, hôtesse, resto, bar. (Le centre-ville de Pointe à Pitre étant éloigné et vide de vie nocturne, la quasi totalité des espoirs de taf en restauration sont au port). Toqué à la porte des boutiques que je boudais au début. Je me suis tout de même retenue d'aller proposer mes services au pathétique bateau-promène-couillons "Papyrus", que certains reconnaîtrons, et comprendrons.
J'ai fait un essai dans un resto de fruits de mer : un échec, je n'ai pas débouché la bouteille de rosé aux goûts de la patronne. Mais sur le coup (parce que le lendemain je me suis rendue compte que c'était un peu vexant, quand même) je m'en foutais complètement : j'avais appris à faire un origami en serviette en tissu et je me suis prise de sympathie pour le petit cuistot qui m'a appris plein de trucs (notamment la sauce chien et une marinade créole!)
Le lendemain, qu'à cela ne tienne : j'étais appelée pour un essai dans un autre resto, le week end. Et hop, c'était reparti ! Au pire, même si je renversais un plateau de fruits de mer sur la femme du maire, je gagnais 50 euros de ma soirée, repas et dessert inclus.

Mais, très honnêtement, l'idée de bosser dans cet univers me déprimait un peu. C'est prétentieux d'affirmer ça, mais c'est un fait ; je ne me sens pas du tout dans le trip de la majeure partie des serveurs du petit monde de cette marina, clinquant et superficiel. Je suis à l'ouest... j'en ai rencontré un ou deux que je trouve gentils; mais la majorité m'a semblée aigrie, méchante, médisante, hautaine... oh non... merde. Mc Do revival.... (il y a 3ans, j'avais bossé un mois à Do Mac -j'étais végétarienne- avant que Cécile ne me sauve de la déprime en m'embarquant dans l'aventure Ty Coz.). Bref, cette semaine, j'étais un peu morose. Bon, je me disais que ce sont des expériences ; que c'était toujours bon à prendre et à apprendre. Mais... pff... me faire remercier dans toutes les boîtes de loc et tous les restos me pesait sur le moral; et l'idée de me faire encore jaugée sur mon service en salle et mon manque d'expérience ne me mettait pas hyper en joie non plus... Ma géniale patronne et l'ambiance Ty Coz étaient bien loin.

Et puis...

Et puis !

Je n'ai finalement pas eu à casser des assiettes dans ce deuxième resto, car j'ai été embauché... en tant qu'hôtesse !!! Sur un bateau charter !!! Pendant 11 jours + 5 jours de convoyage. On m'a proposé ça de façon complètement improbable, en urgence, Vendredi ; je pars Lundi.

C'est Isa, ma voisine de ponton, qui a rencontré par hasard un ami skipper avant-hier. Il lui dit être en grosse galère d'hôtesse pour son charter débutant 3 jours après. Ni une ni deux, elle nous présente ; et alors que je suis encore un peu sonnée par la nouvelle, je me retrouve dans le bureau d'une boîte de charter où j'avais déposé mon CV deux jours avant (et où je m'étais faite remerciée par la fille.). François (c'est mon skipper!) me présente et en deux minutes je gagne des points auprès du patron. Il est soulagé aussi.

-Bon, ok. Par contre j'aurai besoin de ton CV et ton numéro de sécu...
-En toute honnêteté, j'étais déjà venue vous voir, pour postuler en tant qu'hôtesse, et vous avais laissé mon Cv, et mon numéro de sécu. Mais j'ai été un peu déstabilisée par ta collègue, avec son discours très exigeant sur les compétences requises, et franchement, elle semblait mettre la barre si haut au niveau culinaire que cela m'avait mis du plomb dans l'aile. Mais je sais que j'en suis capable. (Lui était plus cool, et m'avait franchement mise à l'aise.)
-Ah ? On a ton Cv? (Il feuillette son classeur... Rien.) Peut être dans mon classeur « Ménages », si tu y avais postulée aussi...
-Par contre, si vous l'avez jeté, je risque de me vexer.
-Mais non, mais non ! »

Mais si mais si... Bon. Je suis bonne pour lui ramener dans l'aprèm. J'arrive juste après une hôtesse pro qui postule aussi pour le poste : je me rends compte qu'il y a écrit en gros et gras dehors :« cherche hôtesse urgent ! ». Non, désolé, le poste est déjà pourvu ! Ouf.
Tiens, sa collègue est là ! « Alors, tu as changé d'avis ? Tu te sens à la hauteur, finalement ? (Elle sourit.) Tu sais, on est obligés de mettre la barre haut, on s'est tellement fait avoir, qu'on se protège ! »
Bon, le feeling est hyper bon ; ils sont très sympas, et je crois qu'ils m'aiment bien. «-Mais ne stress pas, ça va le faire! - Ah non, non, je suis ravie ! Oui oui, vous pouvez compter sur moi, je ferai tout mon possible pour être à la hauteur ! »

J'étais trop contente ! Par contre, je vais trimer. 11 jours à faire hôtesse pour des clients russes + 5 jours de convoyage, c'est à dire sans clients, juste le skipper et moi: on convoie le bateau lundi jusqu'à St Martin, au Nord. On récupère les clients, on va aux îles Vierges avec eux, on fait des ronds dans l'eau, puis on les ramène je ne sais-où, puis on redescend tous les deux en Martinique; de là on prend l'avion pour renter en Guadeloupe; et fin. 

Mes clients: des russes! Oups. Tout le monde me prévient, à commencer par mon nouveau boss: ils ont une réputation de nouveaux riches irrespectueux et atroces (que j’espère fausse) ; et de lâcheurs de gros pourboires (que j'espère vraie!).
On convoie sur un Lagoon 500, un catamaran de 50 pieds.

J'ai jeté un œil sur internet, pour voir... J'ai ha-llu-ci-né! Une bannette (chambre) fait la taille de notre carré + cambuse + table à cartes (salon + cuisine + table à cartes); bref, tout l'espace collectif de notre bateau... Je vous fais partager; voilà la bestiole:


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Le cockpit


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Le carré, et ma cuisine américaine au bout!


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A l'avant...


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Sous voiles.

Je n'ai jamais navigué en dehors de Jeudemer, alors un multicoque... si grand... si équipé, si luxueux... c'est un autre monde ! Commandes automatiques... chose qui ne me fait pas rêver, mais pour remonter l'ancre, oui! Ça file deux fois plus vite que notre bateau (Nota bene: oublier le brushing et mettre un masque.) J'ai hâte, c'est une belle expérience de voile! (Jérem est jaloux). Avec François comme skipper, en plus. Les quelques personnes qui le connaissent m'ont déclaré tout de go que je n'aurai pas pu mieux tomber. C'est vrai que j'ai eu un bon feeling avec lui. C'est un ami d'Isa et Gwen, nos voisins de ponton, avec qui on a beaucoup sympathisé... Bonne référence !

Sinon, niveau cuisine, je vous sens tous inquiets, avouez. Et vous avez un peu raison, mais ça va le faire. Je réussis quelques trucs, quand même. Et depuis 2 semaines, je m'entraîne grave. Et j'ai établi des menus. Je ne suis pas kamikaze non plus !
Colombo de porc, ok.
Flan coco, pas mauvais, mais caillé. A revoir.
Rochers coco, ok. Attention à la cuisson cependant : ne pas hésiter à cuire plus.
Gâteau antillais à l'ananas, ok. Ne pas hésiter à cuire à feu plus doux.
Accras de morue, ok. Un peu fastidieux pour 10 personnes. Mais peut se faire en avance. Avertissement : colle aux dents.


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Mes accras de morue, ce midi! 100 % maison!  N'est-ce-pas Ronan? Héhé.


Bon, et puis, ce sont des russes. Alors, avec un petit magret de canard bien de chez nous, ou un bon pain maison (je m'entraîne une ultime fois tout à l'heure), j'occulterai peut être le fait de ne pas maîtriser tous les classiques créoles.
A la boîte de bateaux de loc, où je fais des ménages, ils m'ont dit que les russes boivent plus qu'ils ne mangent, donc je révise mes cocktails aussi ! Héhé.
Bon, je vais trimer, peu dormir, passer ma journée à faire la cuisine (du petit déj aux collations du soir) pour 10 personnes-skipper et moi inclus. On a peu d’éléments pour l’instant, mais on va voir. Je vais peut être revenir complètement dégoûtée, sûrement lessivée, mais c'est une super expérience, et je vais être à la hauteur ! Mais oui !!!

Je suis bavarde, mais c'est excitant. C'est un peu l'inconnu total!

Bon, sinon les gars continuent à la voilerie. Comme dirait Jérem, j'inverse le cliché du marin qui laisse sa poulette au port: là c'est Dav qui va larguer mes amarres! Ça va aussi leur faire des vacances pendant 16 jours : plus personne pour couiner sur la répartition des tâches ! Hihi.
Ici, ils ont du boulot, toujours. Leur patron a l'air content et les clients aussi, donc c'est cool. Ils bossent dur et bien !


Et puis ils se marrent à rêver des projets et des innovations qui feront d'eux des millionnaires dans moins de 2 ans. Jérem :« Et après, je vous laisse, je pars en Polynésie avec mon cata.». Gwen, notre copain de ponton, est designer infographiste ; c'est un type complètement passionné. Dès qu'il est là, avec ou sans Isa, ça n'arrête pas de cogiter et de s'enflammer; c'est génial ! On se marre ! Mais ça cogite sérieux aussi. Y a vraiment de l'idée... Mais chut!

Tos va bien, mais elle est un peu shootée aujourd'hui, car on l'a faite avorter hier. C'est une piqûre qui doit se faire en deux fois, après les chaleurs, à 24h d'intervalle, très précisément. Le véto nous a dit qu'on avait pris une sage décision, car si elle avait eu des petits à son âge, elle aurait décliné à vitesse grand V, voire pire. La vieille mamie a plus de 10 ans, et commence à peiner parfois pour monter les escaliers bien raides... Aujourd'hui elle est stone avec sa piqouze, mais ça ira mieux demain. Car sinon, elle a la forme ! Elle réussit quand même à choper de rats dès qu'on a le dos tourné-on préfèrerait du poulet !

Sinon, les cafards vont bien. La famille prospère et est bien nourrie. On a pourtant établi un concours avec les gars pour motiver l’extermination au spray. Je balance des boulettes d'acide borique/lait concentré partout. On a investi dans des pièges à cafards. Mais ils semblent toujours plus insolents, toujours plus gras. On les déteste. Hier, on en a tué un (collectivement) grand comme un doigt. Brrrr.

Sinon, vendredi soir on s'est fait une soirée galettes bretonnes sur le ponton. Avec l'énorme galetière à gaz (bilig), la farine bio de Franck (de Mobilig! Sur le marché de Morlaix ! Oui ! Il nous reste 5 kilos sur les 10 ! Va falloir en faire plus souvent ! Les connaisseurs ont, soit-dit en passant, eu des compliments incroyables sur ta farine, Franck !) Tout le monde avait ramené sa garniture (même de l'andouille ! Le luxe ici!), son petit litron (on s'est enivrés de cidre!) et ses gamins. C'était très très sympa. On n'a pas vu la soirée passer. ( A part peut être Jérem qui se remettait de la cuite de la veille et Dav qui était master galette!) Trop bien.

Voilà ! On va bien, et dans un mois, si tout va toujours bien, on se taille vers les îles du Nord. On ne va pas passer nos Antilles à bosser, quand même ! Juste ce qu'il faut !

On vous embrasse !! Kenavo !

Ps : au fait, le secret du caramel, je l'ai compris ! Il ne faut pas touiller, ou très lentement ! Hourra !


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Cliché pris à l'instant: Jérem, David, Gwen. Trois cerveaux en ébullition. On n'est pas couchés!

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