Horta. En pénurie de titre accrocheur.

Horta. En pénurie de titre accrocheur. 14 juin 2013

C'est toujours en direct de Horta, île de Faial, archipel des Açores, que la dream team de Jeudemer - ou plutôt sa secrétaire - vous écrit.

Nous partons dans quelques heures - non pas pour la Bretagne, mais pour Terceira, autre île de l'archipel des Açores.

Les grosses dépressions s'enchaînent, balayant notre route de retour. Aux Açores, tous les bateaux en partance pour la France rongent leur frein. C'est dép sur dép, et non des moindres.
Pas la peine de s'exciter, si proches du but... Nous avons réussi à éviter du gros sale temps jusque là... On patiente donc, mais c'est parfois dur d'accepter d'attendre.
Attendre... Ce n'est pas non plus pour nous déplaire. On aime beaucoup ici.


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Régate au port d'Horta!


Mais nous sommes désormais, depuis quatre jours, tournés vers le retour : on check constamment la météo, on prépare le boat, on fait les réserves.
Notre esprit se prépare à cette longue nav, qui est loin d'être facile. Le prolongement de la transat retour. Encore 1200 milles non-stop nous séparent de Brest...

La météo est vraiment dégueulasse en ce moment ; à tel point que nos copains du Cupidon (un bateau rencontré au large des Açores par VHF, avec deux copains à bord, très chouettes, et qui partagèrent avec nous la découverte de Florès), partis il y a 3 jours, ont été déroutés illico par Fab, afin de se mettre à l'abri à Terceira.
Fab, d'ailleurs, qui nous avait quitté à Horta, pour aller à Terceira afin de partir deux jours après, y est toujours bloqué. Nos voisins, la famille du bateau Tobago, reportent jour après jour leur départ. D'autres bateaux ont carrément fait demi-tour... Comme le dit l'adage: un bon marin sait rester au port...

Mais la météo semble enfin nous donner une fenêtre, dimanche ou lundi. A confirmer. Tout change presque d'heure en heure. Le QG météo se tient quotidiennement au bar.
Du coup, nous avons décidé de partir ce soir pour Terceira, une île plus au nord-est, pour y attendre la bonne fenêtre ; et y rejoindre Farol, pour une dernière soirée galette.
Il y a un lac souterrain, creusé dans les roches volcaniques, et la ville d'Angra do heroismo à l'air intéressante. On gagnerait aussi quelques milles, rognés sur les 1200 milles. Ce serait toujours ça de pris !

Nous avons bien profité d'Horta, et Faial, en tout cas ! On adore !


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Le volcan de Faial, vu d'un trèfle ou d'un plantain.


Et hier, il faisait beau ! Ouf. Car pendant deux jours, c'était crachin breton bien d'chez nous. Pendant deux jours une épaisse purée de poix recouvrait complètement le magnifique et mystérieux mont Pico (2351m d'altitude), qui domine l'île voisine.

Notre trip rando warrior en était d'ailleurs tombé à l'eau, à cause de ce temps pourri (pardon : breton) .



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Mont Pico au crépuscule, par beau temps!


J'ai failli étrangler Dav, quand je l'ai vu soupirer en marmonnant « Pff merde, temps de merde ». QUOI ?? Répète un peu pour voir, si t'es un homme, répète un peu !! Toi, qui soupirais avec Jérem sous la chaleur antillaise; qui louais le vivifiant crachin breton, la bienfaisance de la pluie sur le moral, les voluptueux nuages gris ; qui implorais dieux grecs et marabouts pour avoir un peu d'averse fine ; oh !, de vous deux, qui ne rêviez que de bruine, de vert, de veste de quart, de pulls, je ne veux pas entendre une traître plainte !! Bande de chauvins mal embouchés !

Bref ! C'était Welcome en Bretagne !! Il y a du beurre salé fermier à se taper le cul par terre, il pleut, il bruine, et la mer est froide. Mais l'ambiance est super ; on adore ! Et c'est beau !

Hier, tout étant prêt sur le bateau, nous sommes allés nous balader en voiture autour de l'île, avec Luc et son père (Luc est arrivé il y a 4 jours de Martinique!).
Nous avons admiré le cratère du volcan de Faial (magnifique ; avec, à l'intérieur, un autre mini dôme et son cratère, comme une poupée russe !) et ses landes pimpantes.



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Cratère de Faial, avec le mini-dôme à l'intérieur!


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Les pentes herbeuses du volcan



Nous avons grimpé jusqu'au sommet, pour y être salués de rafales et de brume. Et de bouses de vaches, très étudiées avec les enfants du bateau Tobago, admiratifs de la précision du ruminant pour nous faire deviner soit une tarte aux pommes, soit une mappemonde.


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Le chemin des crêtes. Jérem et Dav, avec les enfants de Tobago. On s'envolait!


Puis nous avons visité la côte sud, et sommes tombés sur un spot rocheux, où des toboggans invitaient à se jeter dans la mer. Les vagues étaient cependant assez violentes, et il ne nous est pas vraiment venu à l'esprit de faire trempette !


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Tobaggan de la côte sud


Nous avons vu des plages de sable noir au pied de falaises abruptes, contrastant avec l'intensité du bleu de la mer.


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-Bah? Pourquoi tu prends un tracteur en photo? -Bah, c'est joli, le contraste des couleurs, la géométrie, l'incongru, non? Bon. 


Et nous avons fait du cross sur une piste de terre volcanique rouge, parmi les cèdres et les multitudes d'hortensias sauvages.
Nous avons enfin crapahuté à la pointe de Capelinhos. Il y a un phare désuet, victime de violents et longs tremblements de terre survenus en 1957-58 : un volcan y est né en quelques mois ; poussant devant le phare. Le volcan a rendu le phare en ruine presque invisible du large, ce dernier est donc devenu inutile. C'est magnifique.


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Phare de Capelinhos, restauré.


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Le phare et le volcan récent, à gauche; qui rend ce-dernier inutile.


Ce désert noir et désolé semble peu à peu colonisé par quelques plantes.


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Volcan de Capelinhos


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Roches volcaniques de Capelinhos


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Paris 2723 km


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La végétation prend peu à peu du terrain sur les cendres et la poussière


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Jérem, David, Luc. Commentaires de  Luc sur l'histoire de la construction des phares. Je crois.


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Le phare


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La pointe de Capelinhos, vue du ciel (et d'un dépliant!)


Un peu plus loin, des échelles invitent à se plonger dans des piscines naturelles, un peu protégées par des barrières de roches volcaniques. Jérem s'y est baigné. Il allait faire un second plongeon, et moi mon premier, quant tout d'un coup un mec m'arrête et me montre toutes les petites méduses qui pullulent tout autour. Elles sont si dangereuses qu'on s'est rhabillés aussi sec.


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Jérem: Ira? Ira pas? Ira!

C'était une excellente journée. L'île est belle ; beaucoup moins sauvage que Florès, mais on a aimé les mosaïques de prairies, les vaches, les moulins destroys ou flamboyants, les pins, les hortensias le long les routes. Mais on a loupé la forêt primaire !

Pendant ce temps-là, les Kiklack et les trois mousquetaires du Just sail it sont partis à l'ascension du mont Pico, le volcan de l'île d'en face. Grandiose, apparemment !


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Mont Pico!


Je devais le faire avec eux, il y a trois jours. J'étais ravie. La montagne, c'est mon kiff ! Au petit jour, armée jusqu'aux dents, agrippée à mon sac de rando bourré à craquer par le sac de couchage de compèt, le réchaud, la tente ultra light, hop hop hip, go go go les gogos. Dans mon excitation, je m'étais moquée du brouillard imposant et des averses... On s'était tous dégonflés au final, à l'idée de randonner dans le brouillard et de dormir sous les trombes de flotte. On a bien fait quand même... traverser l'Atlantique aller et retour, et finir carbonisés dans une fumerolle, comme de vulgaires cochons grillés, à cause du brouillard, ça aurait fait désordre.
J'étais alors partie me promener un peu dans une réserve sur la côte pour me consoler, et c'était pas mal non plus. Le volcan de l'enfer, un volcan conquis par la mer ! Je ne vous montre pas de photos, c'était un temps à ne pas sortir son appareil photo, même water proof.


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Le port d'Horta et la ville, vus un beau jour! La réserve du volacn de l'enfer, à gauche, qui s'ouvre sur le mer ( de l'autre côté ) .


Pendant les trois premiers jours, à Horta, ce fut très intense. De fêtes. Joyeuses.

Le premier soir, ce fut la découverte du Peter's bar, le fameux bar des marins du monde entier.

Le lendemain, ce fût...au Peter's bar, car JP, du Just sail it, joua du carrom avec une chanteuse de Lisbonne, c'était trop bien. On dansa du rock, du twist ; on dansa ce qu'on pu, et se fut très réussi. Le dance floor était en feu ! C'était aussi l'anniversaire de Victor (du Cupidon) qui reçu trois tournées de gâteaux d'anniversaire, et un slam magnifique par une petite foule en délire. C'était très drôle.


Le lendemain, David nous remis son idée de galette party en pratique, et hop, avec contre-soirée de palets bretons : c'était super chouette. Les Just sail it sortirent eux aussi enfin leur propre bilig (galettière) et prouvèrent ainsi que ce n'était pas un mythe.
On était une trentaine à festoyer gaiement sur la quai, pour fêter Luc et son équipier Germain (tout fraîchement arrivés de la transat) et le départ de Fab, avec Flo et Hélène, sur le Black Beatle. Fab partait pour Terceira, en attendant une fenêtre météo pour rentrer à la Rochelle.
A minuit, il nous quitta avec émotion. Et c'est armés d'harmonicas et de guitares désaccordées qu'on lui largua les amarres, hurlant des de hip hip hourrah plein de joie ! Un départ magnifique, je crois. C'était un peu notre tonton ; toujours la banane et beaucoup d'humour. C'est un peu lui qui nous a tous réunis : les Kiklack, les Just sail it et lui. Notre frenchy caravane ! Avec Farol. C'était de si bons moments... les Bermudes, Florès, Horta... Sa bonne humeur et son énergie nous manque !


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Fab. Cliché pris à Florès


On fila ensuite, dans la foulée, au... Peter's bar, pour le second et dernier concert de … (je ne sais plus comment elle s'appelle!), qu'on entendait jusqu'au quai. Il était temps, c'était la dernière chanson, et personne ne dansait. Hop, en deux minutes chrono, on réussit à motiver les vieux, les jeunes ; et la chanteuse et les zicos ravis donnèrent du feu de dieu «Oh c'est génial, vous êtes venus, on vous attendait! »); ça swingait, ça swingait ! Et on finit en moins de deux à vingt personnes sur le dance floor rikiki, avec cinq chansons en rab. La chanteuse, hilare : « The last one ! -Allez, encore une ! -Bon, ok!! » C'était génial !

Après ces trois jours hauts en couleurs, on trouva nécessaire d'y aller mollo sur la fête, et on fit plus soft. Soirée pyjama, ou barbeuc tranquillou. Mais c'est bien normal d'en profiter, ce sont bien nos derniers instants de vacances... Après , au boulot !!

Voilà, les dernières nouvelles. On est sur le départ. Nous aimerions (et devrions!) être à Morlaix pour début juillet. On fait notre possible, on est prêts, mais la météo ne s'invente pas !

On vous embrasse fort.

Ps : on aime bien de vos nouvelles aussi !

Ps 2 : les recherches pour retrouver les naufragés de Grain de Soleil ne fléchissent pas. Merci de continuer à faire passer l'info à tous ceux qui traversent. Vous pouvez contacter l'équipe de recherches, en leur envoyant des numéros de téléphones satellitaires de personnes traversant en ce moment. Ils pourront ainsi les joindre et les tenir au courant des dernières estimes de zones de dérive. Et les enjoindre à communiquer leur positions régulièrement. Et pour ceux qui n'ont pas d'iridium, vous pouvez vous tenir informés de la zone de détresse, sur la page facebook de Grain de Soleil, avant de partir. Vous pouvez aussi les soutenir, financièrement ou non, sur leur page Facebook (pas besoin d'être inscrit sur Facebook). Beaucoup d'éléments portent à croire qu'ils sont encore en vie. Merci pour eux. Et pour nous. Le monde des marins est d'une extraordinaire solidarité. Et quand un bateau, même inconnu, souffre, on en souffre tous.

Kenavo !



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Let's go?


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