Les Saintes, la Dominique et du beurre (salé) dans les épinards

Les Saintes, la Dominique et du beurre (salé) dans les épinards. Lundi 5 février 2013

Dans l'attente d'un meilleur titre, nous garderons celui-là. Pas évident de trouver un bon titre, en fait. Jérem aurait préféré « Mieux que tout ce que vous pouvez imaginer » ; David, cramé de coups de soleil, aurait opté pour « Y'en a marre du soleil » ou « Le travail, c'est la santé ». Je préfère mon titre nul.


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Enfin des nouvelles !!

Il faut nous excuser, en vacances, c'est bien connu, on ne trouve jamais le temps pour rien faire, n'est-ce-pas.

Ajoutons-y les connexions internet inexistantes ou défaillantes (le site aurait pu être mis à jour bien plus tôt, mais plus d'une fois je me suis arrachée les cheveux sur la lenteur de la connexion pour y télécharger mes photos ; et, hier soir, alors que tout était fin prêt à être publier... J'ai perdu la moitié de mon texte et des photos. Vous me pardonnez?!)

Bref, on est encore là !! Après 3 semaines de silence radio !

Nous étions partis en vacances ! Oooh, le culot ! Pour des gamins pas encore à la retraite, qui se tapent une année sabbatique, parler de vacances... ! Flagellez-nous !! Bande de petits morveux que nous sommes !

Mais oui, pardi, c'était bien les vacances !

Nous sommes partis pendant 15 jours aux Saintes et en Dominique, des îles au sud de la Guadeloupe. Nous sommes rentrés il y a une semaine, au port de Pointe à Pitre. Deux heures à peine amarrés, les gars étaient déjà embauchés, direct, pendant que je courrais la marina avec un alternateur, un CV ou une cafetière à la main. Ça nous fait pas de mal !

« -Mais les vacances, alors?!! Raconte ! »

Ah, oui, les vacances ! Nous étions donc, depuis notre transat, à Pointe à Pitre depuis presque trois semaines, à bricoler et attendre une voile venant de métropole. Le temps passant, toujours pas de voile ; David et moi décidons donc de nous faire un petit trip dans les îles du sud pour nous dégourdir un peu. Nous n'avions pas navigué depuis la transat et le fait de rester ici nous rendait un peu chèvres à la fin !

On récupéra Jérem la veille de partir ; il était en Martinique avec nos copains du Naïa ; il nous a rejoint sur Jeudemer. Nous voilà donc partis, tous les trois, le lendemain pour les Saintes. Enfin, plutôt le surlendemain, en fait. Vous vous en doutez ! Et ce n'était pas la faute à Didier (du Kairos, avec qui on était en Casamance) qui venait juste d'arriver en Guadeloupe et qui nous invita le soir à manger. Mais la faute (ou plutôt grâce!) à cette grand-voile qui venait miraculeusement d'arriver !!!! Alors qu'on pensait qu'elle avait été détournée aux îles Vierges, tout là-haut là-haut, au nord de l'arc antillais !! Hourrah, que de joie ,que de joie.

Quelle histoire ! Elle venait de métropole, et le maître-voilier s'était démené pour pouvoir la faire parvenir sans trop de problème par bateau charter. En avion, impossible, à cause des lattes trop grandes, ou du prix exorbitant. On l'attendait depuis 2 semaines, pour apprendre par la suite que le bateau était finalement détourné au Nord des Antilles... Ce n'était pas un drame non plus, mais bon, plus c'est simple, mieux c'est !! Alors là, après une petite visite de courtoisie sur les pontons charters, par hasard, juste avant de partir.....O joie !!!! Mais, ce gros paquet, c'est notre voile !!! On était excités comme des puces. Boïng boïng. Nous voilà heureux comme des gosses, à déballer notre trésor.

On passa l'après-midi à la monter ; elle fit sensation sur le ponton. Elle est magnifique. Voilerie Tarot, Sables d'Olonne. Travail haut de gamme, pointu, très pro, innovant ; le patron est génial ; on recommande vivement la boutique ! Cette fois, messieurs-dames, ne vous fatiguez plus, le Tourduf 2014, c'est nous qui le gagnerons (à moins qu'on embarque la tireuse pression à bord et à condition que notre joyeuse bande de drilles -en sureffectif- n'oublie pas de lire les instructions de courses avant la 3ème étape.)

Partis le (sur)lendemain pour les Saintes, on fusa. Même beaucoup trop, pour être honnête... Avec une paire de voiles neuves, de haute qualité hauturière, nous voilà prêts à traverser le mur du son avec 2 ris dans la GV et un génois enroulé (c'est-à-dire avec peu de voile déployée). Puis, 7 nœuds, au près, avec un génois seul . J'étais limite blême. «Euh, les gars, on va y aller mollo pour notre première nav' non ? »

Enfin, les Saintes ! Après juste quelques heures de navigation ! Arrivée dans un spot de rêve, qu'on nous avait conseillé : l'îlet à Cabrit.


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Mouillage à l'îlet à Cabrit, aux Saintes


Les Saintes, pour situer, c'est un petit archipel au sud de la Guadeloupe, réputé pour ses spots de kite, de voile légère et de plongée, et ses plages de rêves. Son fort Napoléon pour les fans d'Histoire.

Il faut mouiller sur bouées. Le mouillage à l'ancre est toléré en cas d'influence, mais l'idée des bouées est de préserver et reconstituer les fonds marins; ce qui se justifie pleinement ici.


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Plage de lîlet à Cabrit


Jérem a beau dire que ses plus belles plongées sont bretonnes, avec ces champs de laminaires, ces langues de sable et ces cailloux, il admet quand même, ce chauvin, qu'ici c'est un spot de fou, et on se régale.


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Jérem avec la Gopro vissée sur la tête, pour filmer sous l'eau!


On plongeait quand ça nous chantait, au lever, au café, avant d'éplucher les carottes, après les bricoles, quand on avait chaud, quand on avait froid, au goûter, à l'apéro.

C'était un festival de couleurs, de formes et de texture. David et moi n'avions jamais fait d'aussi belles plongées.

Le poisson-pyjama, placide, rayé de noir et blanc ; le poisson trompette, filiforme et au « nez » caractéristique ; la demoiselle queue jaune, aux étoiles turquoise pétillant sur une robe bleu outre-mer ; le poisson coffre, noir tacheté de blanc, en forme de pyramide (!) ; la baliste royale, élégante, violette, jaune, turquoise ; le poisson perroquet, multicolore et qui semble se marrer tout le temps ; l’impressionnant et dangereux poisson-lion ; la girelle tête bleue ; le cardinal, très drôle avec sa bouche boudeuse et son regard noir furax ; le barracuda ; les chirurgiens de toutes les couleurs ; le sergent-major ; les carangues, et tant d'autres poissons inconnus et splendides... Tout cela observé sans peine, à chaque plongée !! Le rêve !! La majorité des poissons était étonnamment peu farouche. Les coraux aussi étaient magnifiques ; comme la gorgone éventail, somptueuse, langoureuse, ondulant dans la houle ; les anémones chatoyantes ; les coraux tubulaires, ces étranges orgues des profondeurs ; le cerveau de Neptune, une labyrinthique boule de corail. Et les oursins blancs ou noirs (énormes!!!), et les langoustes !

David et Jérem ont même pu entendre le chants de baleines, au fond (elles sont de passage aux Antilles, avant de remonter au Canada) ! J'ai eu beau essayé, il faut croire que mon ouïe est désespérément défaillante. J'étais dépitée. Selon Jérem, cela ressemble à un beuglement de vache, plus plaintif. Si ça peut nous consoler... Jérem a pu aussi nager avec une petite tortue, on est un peu jaloux, mais on sait que notre tour viendra !

L'îlot est désert, seulement peuplé des chèvres et de poules sauvages, gardés par un fort Joséphine en ruine et des mancenilliers toxiques. Les mecs étaient fous de voir toute cette barbac batifoler gaiement sur la plage, gratuitement (le poulet, et la viande en général, est un luxe ici!) ils voulaient monter un commando pour faire un poulet rôti le soir même « Mais de façon noble, hein, au lance-pierre, le bestiau aurait toute sa chance ». Remarque, ils ratent une cible à 30 cm, personne n'aurait été blessé, ils auraient pu y aller.

Ici, on est si près de la plage, qu'on y va en nageant, Tos aux trousses. Elle fait régulièrement ces petits allers-retours bateau-plage toute seule, revient quand ça lui chante, même si parfois la vieille fille se plante de bateau ! C'est assez comique.


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Tos dans sa niche, aux Saintes


Après trois jours sur l'îlet à Cabrit, on part mouiller à Terre-de-haut, l'île principale de l'archipel des Saintes, devant le bourg. La meilleure bouée du mouillage nous attend ! Peu rouleur et tout près du bord ! Tos peut même rejoindre la terre en nageant. On s'attend à une île hyper touristique, ce qui est certes le cas ; car elle est vouée au tourisme ; mais il n'y a ce jour là pas grand monde. On est agréablement surpris, après notre retraite paisible à l'îlet à Cabrit. C'est calme, coquet. On s'y sent bien. Mais tout est très cher, et l'accueil parfois blasé. Deux jours nous suffiront !


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Mouillage au bourg, sur Terre-de-Haut


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Mouillage du bourg, avec vue sur l'îlet à Cabrit


Mais Terre-du-Haut, c'est, aussi, au bourg, des maisons toutes plus pimpantes les unes que les autres. Des maisons de pêcheurs les pieds dans l'eau, les canots de pêche amarrés ou sommeillant sur la plage. Des plages de cocotiers : la plage de la Plombière, où l'eau est presque trop chaude (!) ; la plage du Pain de sucre... Tos s'éclate et nous aussi.


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Plage de la Plombière


C'est aussi les iguanes, qui se la coulent douce partout dans l'île, copinant avec les poules, les poussins et les vaches. Des chèvres par dizaines ; en théorie parquées dans leurs prés secs, mais qui surgissent de partout, gloussant et cabriolant à la vue de Tos : rencontre du troisième type.


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Iguane


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Alain le pélican. Tos a voulu l'attraper à la nage; il s'est enfuit et s'est vengé en lui chiant dessus au vol!


On restera finalement une nuit supplémentaire, votée à l'unanimité. Parce qu'on est bien, et qu'il faut aussi monter au mât, réparer l'anémomètre (l'instrument qui mesure la vitesse du vent) et les spots...

Monter au mât... une quasi-routine. c'est Dav qui s'y colle, on le hisse tout en haut, et je l'assiste au pied de mât. Alors, vous voyez le tableau, dans le vent, à 15 mètres de haut, un mec qui n'aime pas crier, ni articuler, ni vraiment expliquer (« Observe, réfléchis et essaye» : telle est sa devise), qui confond dans ses ordres clairsemés « fil électrique noir à démonter » et « collier inox du gros tuyau noir à démonter»; et en bas, le tournevis à la main, un Tryphon Tournesol, qui évidemment démonte le fil électrique noir et non le collier inox du gros tuyau noir et qui n'arrête pas de le faire répéter, et qui bout intérieurement, « Je vais le planter là-haut, le faire sécher en filets, si ça continue ».

Allez, j'exagère, c'est quand même moi qui insiste pour l'assister, parce qu'avec maintenant 2 mecs à bord, ma hantise est de tomber dans le cliché serpillière, rangement et intendance, et je lutte farouchement pour ne pas tomber dans le panneau, au grand dam de David parfois « Rhaaa mais quelle féministe celle-là, arrête un peu, t'es fatigante ! » C'est surtout que, j'admets, je mets quand même un tout petit peu plus de temps à le hisser au mât, mais bon, oh !, hein !, si peu.

Difficile de ne pas tomber dans le cliché répartition des compétences, cependant. Le voyage en bateau, a, dans notre cas, exacerbé un peu nos « différences ». Dav passe son temps à réparer, améliorer, vérifier le bateau. Je l'aide tant que je peux, car j'aime ça, apprendre et partager avec lui, mais parfois, il n'y a pas de nécessité d'être deux, je ne sers qu'à observer et courir chercher la clé à pipe n°14. Et quand on est dans le speed (oui, c'est fou!), je me tourne vers des activités nécessaires mais ingrates : intendance, courses, vaisselle, lessive, secrétariat, sortir le chien... et j'avoue que c'est frustrant, même si Dav m'aide... On est quand même loin de l'idéal de répartition des tâches !! David n'est pas responsable, mais il faut reconnaître que malgré toute notre -enfin, surtout la mienne !- bonne volonté, on tombe un peu dans le cliché. Une sempiternelle question qui alimente quelques débats... parfois passionnés. Comment font les autres couples sur un bateau? Enfin, moi, au prochain tour, j'aurai fait un stage de mécanique... !

Jérem étant à bord, ça fait deux mecs maintenant ! J'avais un peu la trouille de me faire reléguer insidieusement aux tâches ingrates, mais, en fait, non. Il adore cuisiner et me soutient pour rétablir la justice des tours de vaisselle, haha ! J'exagère, je ne suis pas une Cosette, car ils sont top, ces gars-là. La vie à trois s'organise bien, sur notre petit bateau ; bien mieux que je ne pensais ! Ce n'est pas du tout le bronx, car l'adage « chaque chose à sa place et chaque place à sa chose » fonctionne bien !

Bon, les conversations se recentrent souvent sur la voile, pêche ou mécanique, faut avouer, mais je suis bien contente que Jérem soit là pour changer de sujet en me parlant carbone 14 et isotopes.

Faut nous voir, le dimanche soir, à la soirée lecture hebdomadaire : séance officieuse de mise à niveau culturel. Chacun avec son petit bouquin, on est mignons : Dav avec son magazine d'accastillage, un numéro de "Voiles et voiliers" datant de juillet 2008, ou une notice en anglais de son "battery monitor" (un instrument de mesure de charge des batteries); Jérem jonglant entre: son pavé de la « Grande aventure des océans », un numéro "Voiles et voiliers: spécial beauté", un « Petit traité d'autodéfense intellectuelle », un Rimbaud et une dizaine d'autres bouquins, le tout lu tout à la fois ; et moi, révisant mes rois de France (« Rhoo c'est quand Napoléon déjà? ») et mes rares cours de fac embarqués par bonne conscience : « Histoire politique et institutionnelle de l'occident médiéval », mais si, les missi dominici, c'est passionnant. 2 minutes après, j'ai tout oublié. Bref, on est une bonne équipe.

Faut bien entretenir nos méninges et notre culture, un peu, on est déjà assez déconnectés comme ça. Niveau actualité, on est un peu à la ramasse, faut avouer... Comme sur bien d'autres réalités, d'ailleurs... On évolue un peu dans un microcosme, un monde de voileux, de voyageurs conscients de leur chance, mais un peu en décalage sur beaucoup de questions. Heureusement, certaines rencontres et lectures nous redonnent du souffle, nous réveillent sur des sujets qui nous semblent parfois loin. Enfin, c'est mon ressenti, je ne connais pas celui des gars... Et comme je pourrais en parler longtemps, j'arrête donc mon monologue, on en reparlera !

Bref ! Les Saintes !

Le lendemain matin, au réveil, les yeux collés de sommeil, on aperçoit deux dauphins qui jouent dans la baie avec trois nageurs et les vagues des grosses navettes venant de Martinique (pourtant si bruyantes!). Désolés Sophie, mais on n'a pas tergiversé deux minutes. En 2 secondes on a chaussé nos masques et nos tubas et je crois que j'ai pulvérisé mon propre score au 100 mètres nage libre. Je n'ai vu que le petit sous l'eau, mais Jérem a un peu nagé près d'eux (il a même pu filmer, avec la GoPro, le bébé qui vient coller son nez sur la caméra) ; Dav en revanche était déçu. Tos a par contre enfin réalisé son rêve (de loin, car elle n'a jamais réussi à les rattraper) car quand elle les a vu, elle a sauté à l'eau comme une furie pour les choper. J'ai dû lui nager après pour la rattraper, l'engueulant et riant quand même; elle fonçait droit vers les navettes. Quand ils ont eu assez, les deux dauphins se sont barrés, comme ils sont venus (au bout d'une demi-heure). Bref, un beau réveil !

Le lendemain, on est partis pour la Dominique : une île plus au sud, anglo-saxone, à l'ambiance qu'on devine radicalement différente.

Cependant, on s'est fait surprendre par une houle un peu méchante, au près, juste à la sortie du Pain de Sucre, aux Saintes, alors que nous passions entre deux îles. Un gros grain nous fonçait dessus et on était en peine à passer le cap sous des claques à 35 nœuds, en dérivant. On a fait demi-tour pour la 2ème fois de notre périple atlantique, sans s'énerver ; ça ne sert à rien de se faire du mal ! Et on a mouillé au Pain de sucre : mouillage sans bouée, gratuit, mais les fonds marins sont défoncés par les ancres... Pas mal tout de même, comme spot. Il faut 20 minutes à pied pour aller au bourg.

Arrivée en Dominique, le lendemain. Cette fois-ci, c'est la bonne ! Une nav' un peu sportive, il y a avait de l'air !


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Welcome! Sous le ciel poisseux!


Dès la pointe passée, on sent le dépaysement. Beaucoup de relief ; c'est vert, très forestier. On arrive au mouillage à Portsmouth, une ville au nord-ouest. C'est une ville qui serpente le long la plage ; une ville toute en longueur, colorée, aux maisons qui semblent plus ou moins rafistolées, faites de tôles et de briques.


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Sur la plage


Premier contact avec la population : des mecs en barques motorisées nous accostent pour nous proposer leurs services. Avec plus ou moins de sympathie... Tout de suite, Dakar nous reprend à la gorge. Merde, ça va être la même ?! Porte-feuilles sur pattes, arnaques et compagnie ? Je reste zen quand Macaroni, alias Antonio Banderas, insiste pour me vendre ses fruits (on vient à peine de jeter l'ancre). Mais, deux secondes après, un cinquième mec débarque pour nous vendre un drapeau de la Dominique. Je lui réponds que je suis en train de m'en occuper, je le fabrique, il est presque prêt ; ce qui n'est pas vrai, je viens à peine de sortir les tissus. « Ah non non non, tu n'as pas le droit de le fabriquer, oh! Tu es folle, oh ! Moi je ne vais pas en Guadeloupe avec un drapeau français rafistolé, oh ! Tu veux aller en prison ?!! Oh ! » J'ai les naseaux qui fument, je deviens rouge, je vais charger. Jérem et Dav prennent aussitôt le relais, très zens: « Ok, c'est combien ? »  8euros ! Allez, on joue le jeu. Mais on lui file 5 (très excessif, pour un tissu de merde, qui ne vaut pas 30 cts, mais allez, bon). 5 euros, on est d'accord ? « Bon ok, oui, parce que tu es jolie, olala, t'es mignonne toi, mais faut pas manger plus, hein, oh ! » Ouh, le cochon; je l'ai largué direct, moitié riant, moitié furax.

A ce premier contact , pénétré d'animosité, Dav et moi avons eu un peu les boules de revivre ce rapport complexe vécu dans d'autres pays, comme au Sénégal ou au Cap Vert. Et puis, au final, cette impression s'est avérée être seulement ressentie à notre arrivée. Les jours suivants, nous n'avons plus du tout vécu cette « agression » insistante. Nous sommes restés des touristes blancs, à enfariner un peu, mais c'était plus beaucoup soft, comme un jeu, si j'ose dire. On a aimé notre court séjour, et les gens.


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Mouillage à Portsmouth


Nous ne sommes pas restés longtemps en Dominique. Nous voulions rentrer assez vite en Guadeloupe pour gagner un peu de sous, renflouer notre caisse de bord qui fait la gueule ! Du coup, nous sommes restés 4 jours à Portsmouth, sans aller plus bas (il paraît que c'est plus chouette plus loin!). Ce fut un peu court, mais on était quand même contents ! On pense par contre y retourner plus tard !


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Rue principale


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La végétation abonde, jusqu'au coeur de la ville


Le lendemain, on projetait d'aller dans les terres pour crapahuter un peu dans la forêt, mais un fort coup de vent nous a bloqué 2 jours sur le bateau. On ne voulait pas le laisser sans surveillance, de peur de le voir déraper. C'est d'ailleurs arrivé à un catamaran qui a bien failli faire un joli carton ! Voilà, ce sont les aléas du bateau ! On s'occupa alors en faisant des beignets de bananes (je m'entraîne pour mon boulot d'hôtesse!) une voile à notre annexe (ça a occupé les gars tout l'aprèm ! Ils étaient heureux comme des gosses!) ou des virées en ville pendant que l'un de nous gardait le bateau.


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L'annexe, avec la gaffe en guise de mât


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L'annexe sous voile!


On a bien aimé cette ville. De maisons pastels ou flashy, un peu déglinguées en général. Beaucoup de verdure. Une ville tournée vers la baie, avec plein de cabanes de pêcheurs sur pilotis. Des poules qui picorent partout. Des gens sympas ; en général, on fut bien accueillis !!


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Rue principale, Portsmouth


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Maison sur pilotis.



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Ecoliers


Et la boutique de « Rosie, fruits and vegetables ». : Ah, tiens, on va jeter un œil? On descend les escaliers, on tombe sur un petit portail. Sur son fauteuil roulant, une énorme dame sans jambes dort, les mains jointes . Je n'ose la déranger. Elle prie ? Euh... Je toque. Toc toc ? Elle ouvre un unique œil globuleux, j'ai presque peur, elle me regarde méchamment. Euh.. « -Hello ! I would like some fruits ! -Hguyfthbf...Mpff. -Euh.. What ? -Come, Come, open the door ! -Ah ok, faut pas m'en vouloir, je suis assez nulle en anglais, en plus j'ai tendance à être sourde, ce qui n'arrange rein, n'est-ce-pas ! » Et elle part dans un grand rire, de toute sa bouche édentée, en fait elle est adorable !! Combien pour 2 noix de coco et ces bananes ? 70 cts, la belle affaire ! Merci, on reviendra !


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Vers le coeur de ville, le long la plage


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Maison sur pilotis, sur la plage.  Mais comment tiennent-elles?!


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Rue principale


On s'est fait une orgie de fruits ! On s'est offert 40 gros pamplemousses roses pour 7euros et 20 délicieuses mangues pour le même prix. Par contre, on s'est bien fait arnaquer pour les ananas ! C'était pas la saison ! « Mais, c'est un bébé ! Fallait le laisser pousser » rigole Christelle, du bar Irie lagoon café, sur la plage. Un petit bar-resto tenu par trois amies françaises ; un coin très chaleureux. Super cuisine, punch rhum fait maison, jus de fruits maison, légumes bio du jardin ( de son Zion, comme dit Bamboo !). Enfin, ce sont un peu des warriors ces nanas... ! Faut voir !!

On passa toute une soirée chez elles (un soir où le vent se calma enfin!), pour finir, après, à une soirée rasta à deux pas, dans le bar d'à côté. J'ai dansé jusqu'à ce que mes yeux se ferment non plus à cause des vibrations rasta mais de sommeil. Les gens étaient hyper cool ! Ce fut une super soirée !


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Spaghetti (je vous jure, il s'appelle comme ça) avec un un t-shirt "En Bretagne, il ne pleut que sur les cons". On ne se moque pas de la coiffure de Dav.


Le 3ème jour, on a pris un taxi pour aller faire une balade dans une forêt, vers une cascade. Une journée cool ; on ne savait pas vraiment où on allait, équipés comme des touristes à Disneyland. Malheureusement, on ne put se baigner dans la cascade, condamnée en théorie, bien qu'en pratique on puisse ; mais ça ne nous donnait pas envie ! On a flâné dans la forêt primaire, entre les arbres mastodontes, les fougères arborescentes et les bambous. Puis les plantations de café, de papayes, de pamplemousses et de bananes. On est redescendus en bus et en stop, à l'arrière d'un pick-up, entre des paniers d’œufs et des bananes.

Le soir, Dav a pêché un poisson énorme : une carangue à gros yeux !! Le lendemain, on s'est fait engueuler par les pêcheurs!! Dav avait levé les filets du poisson, et laissé la carcasse en appât dans l'eau (car on avait vu des requins tourner autour du bateau la veille et on voulait voir.). « La prochaine fois, tu me le donnes ! Faut pas faire comme ça ! Faut tout manger, les yeux, la tête, tout ! C'est du fucking gâchis ! »


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Carangue à gros yeux


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Bouh!


On est repartis le 4ème jour, car on avait une fenêtre météo. Il y avait plus d'air prévu le lendemain, et on ne voulait pas tenter le diable, vu les deux bateaux arrivés l'avant-veille avec des voiles déchirées !

On allume donc le moteur, on largue, puis, soudain, au moment de manœuvrer pour éviter le bateau à bâbord.... Plus de moteur ! « MARIE , JETTE L'ANCRE, VIIIITE !!!!! Hein ??! Ok ok ok. Mais bon dieu, qui a fait un nœud de sécurité pareil ??! (C'est jamais de ma faute, évidemment). Grrr !!! Ouf ! On réussit à larguer l'ancre, on est donc stoppé. Bon. Et maintenant ? Bah... Séance mécanique ! C'est le boîtier de commande de l'inverseur qui nous a définitivement lâché. Aaah cet inverseur... ça faisait longtemps, tiens ! Dav finit par réussir à nous tirer de là, mais avec labeur, car le boîtier est indémontable et les manœuvres sont épiques.

On réussit à partir tout de même, et une super nav' nous attend ! 15 nœuds de vent, (au près encore, ça nous poursuit!), génial. On arrive donc à Pointe à Pitre, au port, car on a besoin de l’électricité du ponton afin de recharger nos batteries sur secteur : notre alternateur étant en panne depuis 3 jours, on est en rade de batteries, et on n'a pas vraiment été économes ! On arrive donc vers le ponton 8, aidé d'un marinero sympa, Hé, bonjour, comment ça va ? Allez, petite manœuvre marche-arrière. Avec un inverseur défaillant, c'est sport... et....Bam !

Au lieu de faire marche-avant pour l'ultime manœuvre, l'inverseur déconne et Dav fait marche-arrière à vitesse redoublée ! NOOOOOON! ON FONCE A TOUTE ALLURE SUR LE PONTON ! Boum !!!!! La 1ère fois, Jérem amortit le choc, j'ai cru qu'il allait se péter les bras ; mais au 2ème choc, on tape. Heureusement qu'il y avait un pneu pour atténuer la douloureuse !

Alors que je suis en train d'amarrer l'arrière, un peu en stress, un mec derrière moi se permet de me lancer : « Eh bien, quelle arrivée tonitruante ! »  Non, mais, de quoi j'me mêle ? « -Ça arrive à tout le monde, monsieur, des caprices d'inverseur ! » Et puis j'entends mon prénom, je me retourne pour toiser l'effronté... Mais... C'est Didier !!! Et Isa ! Qu'on avait rencontré aux Canaries, avec le patron de la voilerie Tarot, à qui on a commandé nos voiles !! C'est pas vrai ! On était contents ! On s'était loupés aux Saintes ! Et voilà, ça s'est fini en apéro, évidemment !

Le lendemain, les gars étaient déjà à l’œuvre à 8 heures pétantes pour aider à la voilerie du coin. A 20 secondes à cloche pied du bateau... A suer comme des diables sous 33°, à la machine, à réparer des voiles ou faire des bandes anti-UV... Ils rentrent complètement morts. Le patron est sympa, et très fort. Les gars bossent vraiment dur, mais ils sont contents.

Pendant ce temps, je quadrille le quartier du port et le chantier pour trouver un boîtier de commande pas cher, Téléflex, encastrable, latéral, disponible, et « vous l'avez en rose à petits pois ? » et je fais des allers retours, crânant sur le vélo flambant neuf de Didier pour trouver un alternateur (le nôtre nous a lâché, on ne peut plus recharger nos batteries au moteur, quand le soleil est insuffisant). On a trouvé une adresse unique, géniale : ça s'appelle "le Ship-o-case", tenue par une allemande (qui se nomme Anke) et cela se trouve dans le quartier de Carénage, pas très loin du port. C'est une caserne d'Ali baba des pièces d'occase, un vrai bonheur. Pas cher ; et la femme est géniale, à l'écoute, d'une grande gentillesse et, surtout, hyper calée. Elle est très connue, et mérite de l'être encore plus :

Ship-o-case, marina flee market, 96 rue Raspail 97110 Pointe à Pitre, (quartier Carénage) ; on peut y aller à pied depuis la marina. son site: Ship-o-case.com.

Mais j'ai fait aussi, pendant 2 jours, quelques virées dans les terres avec Didier et Isa, qui m'adoptèrent pour la journée, abandonnant les gars à leur sort ! On s'est fait une balade le long la plage St Félix et les mangroves, avec baignade dans une eau à 27°, s'il-vous-plaît, turquoise à souhait ! On a même pu observer un colibri (4g de plumes!) mais vous n'aurez pas le bonheur de voir la photo, car j'ai immortalisé le gros bourdon à côté, en me rendant compte de la méprise trop tard. Et on dégusta une glace coco fait maison, vendue sur la plage !


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Glace coco artisanale



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La fine équipe!!


C'est un tonneau en bois remplis de glace, dans lequel est disposé une turbine, que l'on actionne à la main. Dans la turbine, on remplit de lait de coco, de lait concentré, d'écorces de citrons verts et d'eau. On tourne régulièrement pendant 15 minutes ; et voilà le travail !! Humm !!

Le lendemain, Isa et Didier m'ont de nouveau emmenée avec eux pour faire une balade vers les chutes du Carbet, à travers la forêt luxuriante. Super chouette ! Notre spot préféré : une baignade dans la fraîcheur d'une cuvette naturelle, sous une cascade, au « Paradise » je crois, un peu après la 2ème chute ! Génial. Puis retour à la plage d'hier, pour les 27° délicieux !!


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Le régal!!!


J'ai aussi fait une belle rando avec des anciens de Suscinio (un lycée agricole à Morlaix), expatriés en Guadeloupe, rencontrés par hasard à Géant Casino (par deux fois, la honte, on va croire que j'y passe mes aprèms). On s'est fait les chutes de Moreau, magnifiques. On évoluait dans une forêt tropicale, entre des fougères énormes, des bouquets de philodendrons aux feuilles aussi grandes que nous, des arbres grandioses, enlacés de lianes et d’épiphytes (plantes qui vivent fixés sur les arbres ; j'ai pu réviser mes termes botaniques)... et avec les pieds pataugeant dans la boue, parfois jusqu'à mi-mollet ! Après 3h30 de marche, on arriva devant une cascade en escalier magnifique, et on se baigna au pied ! Aahh... se baigner dans l'eau douce... incroyable !



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Chutes du Moreau


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Chutes du Moreau


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Fougères


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Arbre, sp!


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La gadoue!




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