Madère, Acte 1. Ou en attendant Nadine

Madère! 'ttention on débarque!

Samedi dernier, (15 septembre) après quelques soirées prolongées à Porto Santo (il y avait un petit festival médiéval, autour de Christophe Colomb-il paraît que le guss a vécu quelques temps sur l'île) on décide de tous lever l'ancre pour Madère. Flotille de 4 bateaux enthousiastes.

La météo prévoit 3 nœuds de vent! Pffou.. Ca va être long. 30 milles (1mille=1,8km) à 3 nœuds, au près en plus.. On est pas couchés! Dav sort le spi, on se prépare à une looooongue navigation de farniente.

Mais, surprise! Le vent se lève, 15 noeuds, parfait!!! Pas besoin de spi. Oui, bon, 15 c'est bien, 20 ça va, maintenant stop! Ah non, ça continue. 25, 30. Et la houle qui va avec. 2 bons mètres. Au portant, ça le fait, mais au près (vent dans le nez, "leçon 37") c'est franchement désagréable, et le bateau souffre. Tape contre chaque vague. Et stoppe le boat et toute la vitesse qu'on gagnait entre chaque.

On prend notre mal en patience, parce que c'est clairement ça, on subit, on scrute le ciel, les risées. On ronge notre frein.

Mais! Attendez! Comme ça faisait longtemps, et comme on tient à tenir notre cher public en haleine avec nos déboires, sinon nous n'aurions plus d'audience, donc, voilà, il nous est quand même arrivé une c******! Hahaaaa! Devinez quoi? On offre le logis et le couvert pendant une semaine au premier qui trouve.

CHCRRRRRAAAAAC!!!

Merde!!!! Cétait quoi???!!!

La grand-voile!!! Déchirée!

Et notre grand maître Jedi de zen attitude, j'ai nommé David Le Guen, vacille. "Putain!!! Mais merde!!! Ras l'bol!!! Mais ça n'arrive qu'à nous!!! Ras le cul de ce rafiot!!! J'arrête le bateau! J'en ai marre!"

Et moi, j'ai cru une fraction de seconde qu'on avait démâté. Démâter, perdre son mât, c'est la pire chose qui puisse nous arriver, à part couler. Ton mât et tes voiles dans l'eau, tu dois tout couper à la grosse pince: tes haubans, ton étai, ton pataras... Bref, tout ce qui fait de ton bateau un voilier. Tu perds tout. Tu rentres au moteur si tu peux. Et c'est la chose qu'on redoute le plus, même si on évite d'y penser (parce que notre moteur est moins puissant que celui de votre tondeuse à gazon et parce que de toute manière il y a d'autres dangers: la bouteille de gaz qui fuit, les containers qui se baladent, les arrivées d'eau... Allez, j'exagère! Il y aurait de quoi angoisser, alors on a arrêté depuis longtemps de se faire trop de bile!! Tu fais le tour des risques, tu les acceptes, et tu croises les doigts pour que ça ne tombe pas sur toi! Et tu n'y penses même plus!)

Donc, tout ça pour dire que, à côté d'un démâtage, une voile déchirée, ça va!!! Démâter, ce serait pour nous la catastrophe, la fin de voyage. A moins de cirer des tongues de touristes pendant 20 ans, on aurait pas les moyens financiers de réparer! "Mais si, allez, Dav, ça arrive à tout le monde, mais après coup personne n'en parle, car les souvenirs géniaux balayent tout le reste!" C'est du domaine du "tellement banal" que de déchirer une voile... Pour nous, surtout! Hein!

Enfin, les "radios pontons", comme on dit, sont vivaces, et à les écouter parfois, on penserait que la mer et le monde sont parsemés de dangers effroyables. Ce sont des histoires qui nous font frémir d'horreur, des récits de pirates vénézuéliens violeurs et sanguinaires, d'atroces récits de naufrages, de tempêtes tropicales et de containers échappés qui te coulent ton canot en 5h. Que des trucs comme ça, et sur moi, qui suis bon public, et même sur les gars, ça faisait son effet. Mais franchement, ce sont surtout des histoires de pseudo-loups de mer d'eau douce jubilant de l'emprise et de l'effroi qu'ils opèrent sur les gens avec leur récits. Des marins à la gonflette à l'esprit compassé et vantards qui ne jurent que par leur caravane flottante suréquipée et qui ne sortent jamais des sentiers balisés. Te jurent qu'il ne faut pas que tu ailles en Afrique, où tu finiras égorgé ou au moins on mangera ton chien. Ils en savent quelque chose, ils ont vécus, hein, ils ont vus, et surtout entendus dire. Je plaisante à peine, mais vous comprendrez qu'on les aime pas trop, ces oiseaux de mauvaise augure! Mais ils sont heureusement rares, et les conseils entre voileux sont tout de même bienvenus et généralement bons!! On se refile surtout plein de bons plans!!!

Et les histoires atroces, on finit par s'en moquer, se gonflant le moral en pensant à Alain Bombard qui a traversé l'Atlantique sur son petit canot pneumatique, sans eau ni nourriture embarquées, pour prouver aux théoriciens empâtés qu'on pouvait survivre, d'eau de poisson et de moral d'acier. A cette gamine de 16 ans qui a fait le tour du monde par les 3 caps en solitaire-on dira ce qu'on voudra, il faut un sacré cran. Et à ce breton, piraté dans l'Amazone, qui n'avait absolument rien à céder, tellement il était démuni, et à qui les pirates en pitié ont offert un matelas, des vivres et du tabac. Voilà, ça nous suffit pour envoyer balader toutes ces terribles légendes. Le positif! En espérant quand même qu'on ait pas à vous raconter notre propre histoire!!

Pour en revenir à notre grand-voile, on a fini par réussir à l'affaler (enfin, ce qu'il en reste!) en coupant le nerf. La misérable têtière (tête de voile) flotte maintenant fièrement dans le vent-ça nous fait un nouveau pavillon! Du coup on avançait péniblement sous trinquette et génois (en priant pour que les dernières réparations du génois tiennent!)

On a fini par arriver dans une marina, à Quinta do Lorde, à 2 milles de la baie paradisiaque dans laquelle on avait projetté de mouiller et où tous les 4 rafiots s'étaient donnés rendez-vous. (Une réserve ornitho, superbe). Mais Marguil et Fletcher (pas de news des nantais) étaient allés se mettre à l'abri dans un mouillage au nord, pendant que nous avions continué au sud, pensant les retrouver là-bas, car le temps d'une accalmie, on pensa que le coup de vent était derrière nous. On passa de 30 noeuds à 3 en 10 minutes, incroyable, et on a pu cuisiner tranquille. Une heure après, c'était reparti! On a fini par aller au port, dégoutés, le mouillage de la réserve étant intenable. Bon. Et en entrant au port, évidemment, notre inverseur nous lâche! La galère pour ne pas s'emplafonner un bateau!!

Le port: une marina flambant neuve, de luxe, en carton pâte! Un complexe immobilier flamboyant vraiment étonnant, aux bâtiments chatoyants mais inhabités; une ville morte, pas encore "livrée". Des petits ponts charmants, des carrelages joliment disposés. Pas un pet de travers. Les piscines sont même remplies, pour la bonne figure (un peu vertes quand même, gnagnagna!) A 5000euros le m², pas une brindille par terre, pas un brin d'herbe qui pousse de travers! Une vraie ville Playmobil. Avec des carrés de fausses pelouses. Une ville Barbie. Grillagée et gardiennée. Il faut montrer patte blanche pour rentrer. Oups! Mais Tos est là pour rétablir un peu de chaos naturel dans cette ville aseptisée, et hop, un petit caramel dans le parterre de fleurs!

Le lendemain de notre arrivée, on a fait la chouille à Caniçal, à 2 milles, c'était hyper chouette!!On ne regrettait plus d'avoir atterri là! Ca nous a un peu consolés d'être bloqués là alors que Marguil et Fletcher se la coulaient douce au nord, à l'abri, dans un mouillage de rêve!

C'était la fête religieuse des pêcheurs. Qui la veille avaient "kidnappé" la vierge de la chapelle de la colline, et aujourd'hui, la ramenaient à sa divine place. Une dizaine de gros bateaux de pêche, pleins à craquer de badauds, faisaient le cirque dans la baie entre Quinta do Lorde et Caniçal. Et une dizaine voire quinzaine de petits bateaux, plus quelques jets-ski, les accompagnaient. Les moteurs ronflant de bonheur, les gens de tout âge, hurlant et heureux, distribuant la bière à tout le monde, même les inconnus. Nous, en voyant ça, de notre ponton au port, on demande à une nana si elle pense que c'est possible de monter sur le gros bateau où il y avait la vierge, là, pour aller à Caniçal y faire la bringue (c'est mieux que de prendre le bus, non). "Oh oui, peut être qu'il y a de la place, mais venez donc avec nous, on a un petit bateau, allez!" 2 minutes après, Tos en tête, on est dans le rafiot et on se prend des embardées pas croyable dans les vagues (il y avait une sacrée mer!) On a fini trempés!!!! Mais c'était génial! La musique à fond, la bière qui circule, les gens qui se marrent. Fallait voir ça! Nous, on était 10 sur notre rafiot, qui volait dans les vagues, mais tu en avais c'était pire, tu te demandais comment ils tenaient! Surtout lui, sur son jet-ski, qui conduisait d'une main à cause de la bière qu'on lui avait filé!

 

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Un des bateaux (là, les gens sont sages, mais c'était la folie en mer!) ... et son capitaine, fier comme un pape!

 

Là-bas, au port de Caniçal, c'était grosse teuf, et on a rencontré Chantal et Christophe avec qui ont fait toute la soirée, à déguster du bon vinho tinto et des brochettes de bœuf gargantuesques. On te coupe la viande devant toi, on te l'enfile sur des branches-oui, des branches-, et tu vas te les faire griller sur les gros barbeucs disposés sur la plage, avec tout le monde. Sympa!

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Une brochette pour 2 ça a suffit! (Tos et moi on est vraiment pas photogéniques sur ce coup-là!)

Voilà, et la mer s'est apaisée 2 jours après, et le vent à tourné. On a donc fuit ce port déprimant. On s'est tous retrouvés à Machico où Naya s'était réfugié depuis 3 jours (le bateau des 2 nantais qu'on avait perdus, pour ceux qui ne suivent pas!). Machico, un petit port de pêche et mouillage au poil. Gratis. On a fait la fête évidemment pour nos retrouvailles et rencontré des baroudeurs des mers qui ont recueilli un canard à bord!

Et hier, on était à Funchal by bus pour trouver des batteries pour le Marguil, visiter la ville (bof) et le jardin botanique. Et moi, mon guide de fleurs sauvages sous le bras: "Mais...mais... l'arnaque?!! Où sont les fleurs? Quoi, on est déjà en automne?! Mais ils ont même pas écrit les noms dessus! Comment on va faire la différence entre un sapin et une gousse d'ail? Remboursez!" Du coup, avec mon groupe composé de David, Jacky et moi, on a fini par goûter la moitié du jardin agricole: menthes, poivron, mangue, pomme d'eau, avocats, citron vert, et ah merde ça c'était du piment!! peuh peuh!!

Et depuis quelques jours on guette quotidiennement la tempête tropicale, qui répond au doux nom de Nadine (à chaque fois j'y colle la vision de cette furie de Nadine Morano) menaçant de nous arriver droit dessus. On pensait y échapper, mais hier finalement non, puis aujourd'hui oui, demain on verra, ça changera encore. Il y a 2 jours la météo annonçait pour dimanche 8,5m de houle, et du 60 nœuds de moyenne, vent sud-et 80 nœuds plus tard sur l'Espagne. Allez vérifier votre "leçon 38", vous verrez que c'est pas rien! Mais sur un autre site, 6 nœuds, vent est. Et ça change d'heure en heure. Tout le monde, même les pêchous, sont énervés!

Marguil, Fletcher et Naïa étaient depuis 3 jours au petit port de pêcheurs plein à craquer de Machico, amarrés à des gros bateaux de pêche coincés là indéfiniment. Nous, nous étions seuls au mouillage. Hier, le Fletcher est parti chercher un abri au Nord. Nous, on a fini par prendre leur place dans le port, accostés au bateau du couple baroudeur et leur canard Gédéon. Car ça a commencé à cogner, la houle surtout. J'étais pas très fière à lever l'ancre, au guindeau, à la main, dans 1,5 mètres de vagues, même si c'est pas non plus terrible.

On est donc" bloqués" ici quelques temps, mais on est en vacances et on paye pas un kopeck. On bricole, on se fait des barbeucs en jouant au kubb et au molkky sur le port! Il faut aussi grimper au mât pour récupérer notre bout de voile lamentable, et la réparer avec notre petite machine au 12v. Réparer le moteur de l'annexe que des gamins nous ont flingué à Porto Santo. Et des bricoles. Dans quelques jours, on sortira notre Jeu de mer, le mettre à sec pour refaire l'antifooling-c'est la cata. On a des berniks qui pullulent et des bonzaïs qui poussent sous la coque! Et changer l'hélice, peut être, car on avance pas du tout au moteur, dans une mer à peine forte. Alors un caillou à éviter, une galère, c'est foutu. Trop dangereux. Et c'est Dav qui le dit! Même sans un pet de vent ou de houle, d'ailleurs. Mais comme on peut pas changer le moteur 30 ans d'âge, on essaye une nouvelle hélice! Enfin, si on trouve une occase...!!

Voilà les nouvelles du jour, on va tous bien! Il pleut parfois! Et on crève de chaud! On aurait voulu vous raconter nos virées dans les terres, montagnes verdoyantes, forêts, levadas (balades le long de canaux d'irrigation), plages de sable noir et spots de surf. Tout ce qui justifie les dizaines d'avions qui décollent et débarquent chaque jour de Madère, important un flot incroyable de touristes... Mais là, on a d'autres chats à fouetter. Mais demain, on se fait une balade, si la tempête n'arrive pas-ce qui semble le plus probable maintenant. Et les gars veulent se tailler aux Canaries après la tempête -si elle arrive! Entre les Canaries et Madère, il y a des îles désertes, les Iles Selvagens, une réserve ornitho, où il est possible de mouiller. On se fera peut être ça, en consolation, si les vents sont porteurs!

Até já!

(On se met aussi au portugais! J'ai mis des post-it partout dans le bateau :A cozinha: la cuisine, Tenho fome: j'ai faim. As caças: le caleçon. Hier, alors que je me battais avec les mots et l'accent pour demander une simple sangria, le serveur a fini par dire "Euh? Parler Français? Plus facile comprendre pour moi." J'étais atterrée. )

A bientôt!

 

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Jeu de mer-presque-sous les tropiques! Mouillage à Machico. Jo à la photo!

 

 

 

 

 

 

 

 

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