Nouvelles du front (russe)

Nouvelles du front (russe). Fin Mars 2013

« Chers téléspectateurs, bonsoir.
A la une ce soir : une bande de jet-setters russes sanguinaires égorgent une jeune fille prude et fragile qui était, selon nos sources, hôtesse à leurs humbles services sur un catamaran de 5O pieds. Selon nos correspondants hollandais basés à St Martin, aux Antilles, la-dite jeune femme (prénommée Marie Caillaud, 27 ans, pas toutes ses dents) aurait omis une épluchure de pomme de terre dans la traditionnelle soupe russe
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La célèbre réputation du caractère mafieux moscovite aurait alors pris toute sa définition lors du début du repas. La malheureuse aurait été vivement vilipendée, avant d'être tondue avec un mixer à soupe et égorgée à l'aide d'un stylo bic. »

Bon. Non. Ce n'est pas tout à fait ce qui c'est passé. En fait, ça n'a pas été aussi grave. Mon intégrité physique n'a jamais été mise en danger et mes clients russes n'avaient pas le profil de serial killers au moulinex.
J'aurai tout de même préféré vous parler kite-surf, tortues et sable blanc, comme c'était prévu. Mais comme je n'aime pas faire comme tout le monde, vous le savez bien, j'ai décidé de vivre une histoire plus palpitante, riche en rebondissements et en adrénaline.

Dans le feuilleton précédent, je vous racontais que je partais pour un charter avec des clients de nationalité russe (ça me fait tiquer de préciser qu'ils furent russes, mais je crois que cela illustre tout de même la situation), en tant qu'hôtesse (ou Conchita, selon le point de vue) pendant 10 jours + 6 jours de convoyage.
Je me suis donc éclatée à faire la cuisine pendant 3 jours, pardon, 2 jours et demi. J'étais à fond, et je crois que j'ai vraiment assuré. Sans rire, messieurs-dames : un sans faute. Du matin au soir à la cuisine, à la vaisselle, à la balayette. Pas très stimulant avec une balayette, ok. Mais niveau cuisine, je me suis vraiment marrée. Et assuré pour neuf personnes : un challenge, relevé sans trop de problème (pas trop dur en 2 jours et demi, d'accord.). J'ai adoré faire ça. Évidemment, j'ai fait mes classiques, sans me lancer dans de la cuisine moléculaire, mais ça faisait son effet.

Je n'ai malheureusement pas eu le temps de tester mes klougs roulés sous les aisselles (c'est russe, ça, non?).

J'ai débarqué au bout du 3ème jour pour une abracadabrantesque affaire de drogues, que je n'ai ni le goût ni l'indécence de relater ici. Cela fut délicat à gérer sur le coup, mais les choses se sont décantées depuis et aujourd'hui, j'en ris pas mal (un peu jaune quand même, car j'étais un peu écœurée!).
Ne vous inquiétez pas, j'ai la tête dure ! Et tout semble s'arranger... enfin... disons que maintenant ce n'est plus mon problème. Bullshit !

Alala... Moi qui aime l'aventure, me voilà encore servie. Et encore grandie.

Sinon, dans cette histoire, à St Martin, j'ai rencontré un autre bateau, avec une équipe vraiment formidable, géniale !
Vincent et Marie, deux québécois respectivement skipper et hôtesse, qui m'ont fait pleurer de rire en me racontant des histoires de ratons laveurs-voleurs, et Wilfrid, cuistot enjoué qui, entre autres compétences, cumule les titres de «  Grand Maître Mondial du Foie Gras » et d'animateur cuistot dans des émissions tv (aucune idée desquelles) et qui m'a fait rêver et rire avec son parcours rocambolesque. Vous vous rendez compte, comment j'étais fière quand je lui ai cuisiné une salade de pâtes un midi !
J'étais un peu triste de les quitter à la fin. Eux, peut être un peu moins, car j'ai quand même réussi à casser un verre à pied et un pot de concombres farcis en 10 minutes, alors que je squattais leur cuisine pour leur cuire mes pâtes cuisson trois minutes (il paraît que c'était très bon !! Ils sont sympas!). M'enfin, Wilfrid a repris deux fois de mon gâteau aux pommes, ce qui vaut tous les compliments du monde, même s'il n'est pas « Grand Maître Mondial Fondant aux Pommes ». Normal, c'est moi. Pas encore homologuée.

Ils avaient un catamaran de 70 pieds, soit 20 mètres de confort et de design. Le grand luxe.
Notre catamaran de 50 pieds, sur lequel je bossais, pouvait aller se rhabiller à côté, c'est dire ! Et quand nous étions au port sur l'île de St Martin, à Simpson Bay, le premier jour, nous étions, sur le ponton, le plus petit bateau parmi les mégayatchs... Et j'étais la seule à ne pas être en uniforme parmi tous ces gens bossant sur ces usines rutilantes! C'était dingue ! J'hallucinais, je n'avais jamais côtoyé un tel monde. C'était un étalage de luxe, de fric et de gâchis, pour beaucoup. Comme ce yatch avec hélico sur le pont, jets ski, jacuzzi ; un mec affilié exclusivement au lavage de la coque, quotidiennement... Pour quoi faire ? Juste pour un millionnaire qui y signe ses contrats ou passe 2 semaines par an dessus , avec une équipe de 15 personnes embauchées annuellement... Dire que je me sentais mal à l'aise sur mon cata de 50 pieds à deux étages et ma cuisine américaine, pensant être au paroxysme de l'ostentation...

Dans l'histoire, donc, je ne fûs hôtesse que trois jours, mais j'appris beaucoup ! Notamment que connaître ses droits fondamentaux et avoir un(e) pote avocat peuvent être utiles ; que tous les russes n'aiment pas forcément la vodka (les miens buvaient du vin italien et de la bière au petit déj), et que j'aime mon bateau par dessus tout.
Quand je suis rentrée avant-hier soir, j'ai ri de voir tant de bordel accumulé dans les moindres interstices ! Notre bateau, c'est une vraie brocante, à côté de mon catamaran si spacieux, épuré et flambant neuf ! Notre gros pépère de 10m80, 27 ans d'âge : dedans, dehors, que des trucs récupérés dans les poubelles, les décharges, que de la bricole - bien faite, attention ! J'ai eu un élan d'amour pour ce bateau chaleureux, en vrai bois, joyeusement bordélique, si personnel, et si vivant !

Mais j'ai tout de même apprécié naviguer sur un catamaran de cette envergure. Cela ne m'était jamais arrivé... jamais navigué ailleurs que sur Jeudemer... On a eu pas mal de mer en allant et revenant à St Martin (au nord des Antilles, où nous avons récupéré les russes), mais c'était so easy de snober les vagues de 2 mètres, du haut d'un poste de pilotage de 4 mètres ! Par contre, qu'est-ce-que ça tape ! Un monocoque file et fend plus facilement les vagues de face qu'un catamaran qui, lui, ne parvient pas à les fendre et rebondit dessus dans un bruit terrifiant. Ces paquets de mer qu'on s'est pris... (on était au près -vent de face- , dans 25 nœuds établis.. ouh ouh!).
J'ai aussi appris une nouvelle façon de lover les drisses (traduction : ranger les cordages qui élèvent les voiles!) et mon skipper me faisait manœuvrer systématiquement, c'était cool !!! Sur un catamaran, il y a deux moteurs ; il faut donc jongler avec les deux simultanément. J'étais fière de faire ma manœuvre pour rentrer au port devant les gars, du haut que ma grosse caravane. Marche arrière, demi-tour, avant-toute, pouet pouet!

Mais j'aime quand même mille fois plus notre bateau, qui me fait tellement peur parfois, qui vibre, qui vit, sur lequel on en chie, où rien n'est automatique, où tout est si près de l'eau, où tout se mérite, se calcule et se jouit. Le cata, c'est (juste) bien pour l'apéro! Spacieux et stable.  Et les trampolines avant, bien confort ! (mais je me suis faite engueulée quand j'ai testé voir si ça rebondissait aussi bien qu'un vrai trampoline : « Aaah Marie, on ne saute pas dessus, c'est pas un trampoline ! -Bah c'est complètement débile, pourquoi ça s'appelle comme ça alors ? » Non mais !)
Bon. Sinon j'ai loupé l'occase de prendre une leçon de kite-surf avec un guiness record, mais pour me consoler, au retour du charter, j'ai croisé une baleine à 10 mètres du bateau, des dauphins, et une énoooorme tortue. Ah, en visionnant la vidéo de mon skipper, les copains me disent que ce n'est pas une baleine mais un cachalot. Ben dis donc, la naturaliste du dimanche... Bon, c'est vrai qu'elle était un peu bizarre, cette baleine. Un peu ravalée de la façade, quand même !

Voilà, et depuis deux jours j'ai retrouvé mes deux chouettes gaillards, qui ont passé la semaine à faire de la couture chez « Céline création couture », une copine hyper douée, ancienne chapelière et couturière, qui fait de la sellerie pour les bateaux (coussins cuir, tauds, biminis... pour ceux qui ne connaissent pas, ce sont des pare-soleil et des toits en tissus, contre les intempéries, dans le cockpit des bateaux). Les gars sont stagiaires en quelque sorte, et ils nous pondent des coussins design haute couture pour le cockpit et le carré (coussins qui font office de repose-fesses dehors et cale-dos dedans!) Magnifiques ! Et ils ont l'air d'avoir appris plein de choses, car leur prof leur sert la vis !
Et ils nous ont rajouté deux étais à l'avant du bateau, pour mettre à poste une trinquette et un tourmentin (c'est à dire deux voiles à l'avant, respectivement pour le gros temps et la tempête). C'est à dire qu'on aura plus besoin de changer les voiles et de les déplacer. Elles seront déjà en place ! Ils n'ont pas chômé !

Ce soir, je rentre d'une journée de ménage, et les gars de leur « stage ». Et David qui me ramène tout content un sac de lessive propre : « Surprise! Ma chérie, j'ai fait ta lessive chez Céline ! -Oh, c'est trop gentil ! Mais c'était mon tas de lessive propre ! » Pouin pouin!

Bon, je vous laisse, c'est barbeuc tonight. Et je vais rejoindre les gars qui font une énième partie de palets bretons : tous les jours, ils trouvent un truc intéressant dans la poubelle (des outils, comme un Dremel, ou des castagnettes, un chariot de grand-mère pour les courses ...) qu'ils jouent au palet avec nos voisins, Gwen et Isa. Quelle bande de joyeux concombres !

On vous embrasse !

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PS: Nous larguerons les amarres de la Guadeloupe dans 10 jours. Pour remonter tranquillement vers notre Bretagne... en passant par Antigua, Barbuda la sauvage, St Martin pour les approvisionnements transat... et un grand détour aux îles Vierges est espéré !!!! La transat retour est prévue vers mi-mai. Encore de beaux jours caribéens devant nous d'ici là!

On the sea again!! Hou hou!



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