Portugal: dernier round!

Porto-Lisbonne Fin Août 2012

 

Vous aimez les sensations fortes?

Vous avez toujours voulu vivre un coup de vent de 40 noeuds en perdant une voile?

Ou savoir comment changer un génois déchiré dans 2 mètres de houle?

Messieurs-dames, ce site est fait pour vous. Et dans quelques temps, si la conjoncture évolue dans ce sens, nous vous proposerons des stages remise en forme et sensations extrêmes, à un prix défiant toute concurrence.

 


 

On vous écrit de Cascais, un mouillage aux prémices de la rivière de Lisbonne, où on se pose gratis avant d'entamer notre virée de 5 jours jusqu'à Madère. On y est depuis hier soir, après avoir passés 2 nuits au port à Lisbonne. On vous avait quittés à Porto il y a une semaine; depuis nous avions fait d'une traite Porto-mouillage de Cascais la bourgeoise, puis Lisbonne, puis re-Cascais, hier.

Une semaine! Ce sera, je crois, le nouveau rythme des billets du blog. On a tellement de choses à faire (la vie quotidienne, les bricoles!) et à vivre (les navs', les découvertes-vous allez voir qu'on a joué à fond le carte du touriste de base) que l'écriture s'en ressent un peu, mais bon, vous comprendrez!

 

Je vais essayer de vous la faire courte pour ce qui est des détails architecturaux et patati patata de Porto et Lisbonne. Porto, on a vraiment aimé, on vous conseille. Lisbonne, on a aimé, mais on a mieux profité de Porto. Voilà.

Non. Je vais faire un effort! Porto, on était hyper enthousiastes. C'était beau, on a fait la tournée des rades, et même pris le télésiège pour accéder aux hauteurs, Jacky en rêvait, allez!!! On a qu'une vie!

 

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Télépiège à touristes! On est sur la photo!

On s'est perdus dans les ruelles, et seulement effleuré les quartiers médiévaux du vieux Porto, un peu dommage. Mais c'était vraiment bien! On a adoré. Dav adorait le design des vielles baraques restaurées à la sauce contemporaine, un mariage des genres un peu douteux à mon goût, mais pas mal souvent, faut avouer!

 

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Cherchez le détail! C'est assez drôle, on voit souvent des images et statues pieuses dans les magasins, entre deux micro-ondes moulinex et un sèche-cheveux!

 

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Rive gauche Porto

 

On était amarrés au nouveau port de Porto, dans une bourgade oubliée, Gaia, très sympa, aux murs entièrement recouverts de carrelage (l'ensemble est hyper hétéroclite mais c'était beau!) et aux ruelles animées, de jeunes, de vieux sur leur chaises, des mamas et de leur barbeuc sorti sur le trottoir. (Amis marins, on vous conseille, plutôt que l'ancien port de Leixos, deux fois moins cher, mais sans attrait. Et ils vous offrent vos petits pains le matin, livrés dans le cokpit!)

On y a mangé les spécialités du coin - bah oui! Des brochettes de calamar et de poulpes, des sardines croûtes en sel, servies avec patates à l'eau et salade de poivrons marinés. Le régal! Et en dijo un alcool inconnu servi en mini-citerne réfrigérée. Et, allez!! Le patron nous remet ça, et on repart clopin-clopant de fort bonne humeur.

 

                           mama-barbeuc.jpg  sardines-gaia.jpg  brochette.jpg  dijo-gaia.jpg

 On est partis de Porto samedi 25 Août, pour deux jours non-stop jusqu'à Lisbonne.

Un joli 20 nœuds établis, au portant (vent-arrière), de la houle mais rien de méchant.

Rien à déclarer, si ce n'est notre génois déchiré sur toute la largeur pendant la nuit-je vous passe le folklore pour changer une voile, qu'on avait jamais testée, sous 2 mètres de houle, au petit jour, la gueule enfarinée pour ne pas avoir fermer l’œil de la nuit. On était vidés!

 

couture-genois.jpg

Dav répare le génois (au mouillage!) avec la vieille machine à coudre trouvée à la déchèt. Incroyable!!! Ca a marché!!!

 

Une chouette nav' tout de même; on commence à toucher les alizés, (vents réguliers nord-est) aux allures portantes et souffle quasi garantis!

On était suivis par deux fois par un trio de dauphins pendant quelque temps, j'ai pris le temps de prendre une photo! Tos était complétement dingue, évidemment, et aux aguets 2 heures encore après. On a vu un poisson-lune aussi; c'est un poisson plat un peu étrange, dont on devine la nageoire dorsale hors de l'eau qui frétille; quand on s'approche, il se remet à la verticale et plonge dans les profondeurs. Pas mal d'oiseaux aussi. J'ai pas encore vraiment pris la peine de les déterminer. Puffins (cendrés, fuligineux?...), océanites...goélands par milliers. J'ai fait des progrès, mais je demeure une piètre ornitho!

 

dauphins-porto-lisboa.jpg

 

 

On prend de plus en plus conscience de notre bonheur d'être en mer. Malgré l'usure, le stress. Les moments durs s'estompent vite. C'est tellement bon... ce sentiment d'intense liberté, de peur; ces trips d'adrénaline, cette plénitude, cette contemplation favorisant l'introspection... cette sensation nouvelle de vivre, de vraiment se sentir vivre, de se mettre en danger, ressentir les éléments à fleur de peau... le quotidien minimaliste et de plus en rythmé par l'environnement... On évolue peu à peu chaque jour.

Bien sûr on a aussi nos coups durs, nos engueulades (faut composer à 4! Concilier les nécessités et désirs de chacun!) et nos remises en question. On est humains, quoi! Et ça repart.

 

Et le Portugal laisse dernière nous l'Espagne et ses coups durs, ses longues escales subies qui nous portaient au moral à la fin. Même si c'est un voyage, où il faut prendre le temps de vivre, de profiter ... Ca nous fait du bien de reprendre la route, bouffer des milles, être sur la route du Cap Vert, "pour de vrai", comme dit Jacky.

 

Et nous voilà donc à Lisbonne, car je suis là pour vous en toucher deux mots; quand même. Alors, à Lisbonne, je vous préviens, on a fait les vrais touristes, comme jamais!!

On a pris le vieux tram brinquebalant pétardant des éclairs inquiétants pour se perdre dans les quartiers populaires des hauteurs.

 

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On a fait de cet engin bizarre dont j'ai oublié le nom, une sorte de grosse trottinette électrique sur laquelle tu tiens debout, sur tes deux pieds, et tu traces jusqu'à 12 km/h. On s'est fait une petite balade d'1/2 h pour aller jusqu'à la tour de Bélèm. J'étais sceptique au début: "Gnagnagna c'est cher pour ce que c'est et puis franchement ça me dit rien." Et Dav: "Marie! Faut essayer! On a qu'une vie! Tu le dis souvent! On fera plus jamais ça!" Ok bon on y va. Bigre. Qu'est-ce qu'on s'est marrés!!!! Comme des gosses!!! On était vraiment des gamins. Ca fonce, quand même. Vrrroummmmm poussez vous! Même les gens se marraient de nous voir si excités. "Hé les gars, la descente là, ça passe! Suivez-m...." CHBIIIIIING. J'ai failli me retrouver les quatres fers en l'air! Jérem aussi! Visez un peu le look qu'on avait!

 

                                       velocity.jpg      velocity-4.jpg       velocity-2.jpg


(cliquez sur les photos)

 

Un taxi trop sympa qui se marrait tout le temps (je croyais au début qu'il était sérieusement dérangé) nous a amenés manger de la morue grillée et de l'espadon -délicieux!!!- et boire de l'alcool de cerise typique dont j'ai oublié le nom. Ginjinhao ou quelque chose du genre. Bref. Aucune importance, on a fait les touristes.

On est allés à l'Océanario le lendemain, un immense aquarium. Génial. On a repéré ce qu'on pêcherait dans quelques temps: carangues, bonites, poissons-lune... Et la taille nous a un peu refroidis. Ca va pas être triste, ça non plus!

Le soir, on est partis en riboule avec des bretons et leurs potes rencontrés sur le ponton, qui vont jusqu'aux Antilles sur leur  petit canot de 9 mètres - pas mal, hein! Du coup on s'est fait le quartier fêtard qu'on avait loupé la veille, et couchés aux aurores.

Lendemain ou plutôt quelques heures après, tout le monde sur le pont, à préparer le bateau pour la petite nav' qui nous sépare de Cascais, où on compte mouiller 2 nuits afin d'avoir le temps de faire les pleins de bouffe et préparer les bateaux pour la traversée. C'est quoi la météo Jérém? Ils prévoient 25 noeuds, pas trop de houle. Cool. Bon. On y va.

Le vent de face, on avance au près.

(Leçon n°37: les allures du bateau: en gros:

le vent vient en face: on fait du "près", le bateau gîte = penche sur un côté; on a souvent la houle de face et les paquets de vagues avec!

le vent vient de côté: c'est le "travers"

le vent vient de derrière: c'est le "portant". C'est le top pour ma part. On ressent moins la vitesse et l'allure est plus agréable, en général)

On sort de Lisbonne sous 20 noeuds, au près.

(Leçon n°38: la vitesse du vent: je vous fais un récapitulatif, comme ça je révise!

Beaufort

Description Vent

Noeuds

Km/h

Mer

0

calme

0-1

0-1

d'huile

1 à 2

très légère à légère brise

1-6

1-15

ridée à vaguelettes

3

petite brise

7-10

16-19

moutons

4

jolie brise

11-16

20-28

vagues et embruns

5

bonne brise

17-21

29-38

lames, crêtes d'écume

6

vent frais

22-27

39-49

lames déferlantes

7

grand frais

28-33

50-61

tourbillons d'écume

8

coup de vent

34-40

62-74

vagues déferlantes, difficulté à marcher

9

fort coup de vent

41-47

75-88

grosses lames, vision réduite

10

tempête

48-55

89-102

c'est le début de la survie

11

violente tempête

56-63

103-117

Tos s'envole

12

ouragan

64 et +

108 et +

...

voilà, on est au point.)

Donc on se fait une petite nav' à 20-25 noeuds, montant peu à peu sur les 30.

On descend la rivière de Lisbonne à Cascais, tranquillement. On avait fait l'aller deux jours avant sous la brume, on voyait que dalle, à part un sous-marin déboulant au dernier moment sous notre nez! Et au moteur, tellement le vent était faible. (On s'est fait une bataille de légumes pourris pour passer le temps: Jeu de mer 2, Marguil 0. )

Là, on est sous foc, une petite voile. On est sous petite gueule de bois aussi. Pas tout à fait au top des capacités physiques et mentales. Sans rien dans le bide, à part la bile, peut être. Mais on a été soignés radicalement, vous allez voir. Et le vent monte, monte. A la fin, passées 2 heures de nav', ça devient un peu sport, avec des rafales à 43 nœuds. "Hé Dav, pourquoi on vire pas maintenant? Plus on va au large, plus ça cogne, non? Enfin, j'dis ça, j'dis rien. - Si on vire là, ça nous fait virer deux fois au lieu d'une. Mais, oui, t'as raison, on va virer dès la prochaine accalmie" (c'est à dire qu'on espère au moins 30 secondes de 30 nœuds.).

Et là, on vire.

Et là, catastrophe.

J'ai largué l'écoute trop vite, et avec la force du vent, sous le choc, l'écoute a largué (la manille du bout -l'écoute- qui maintient la voile, s'est détachée) et notre foc claquait dans le vent. Incontrôlable.

Avec toutes les difficultés, on parvient à l'affaler (le ranger en l'enroulant).

On se retrouve sans voile, dans 40 nœuds de vent en moyenne, une houle de 1 mètre, et en fond de décor des cargos à l'ancre, roulant sous les vagues, qu'il vaut mieux ne pas se taper.

On met le moteur, mais on avance à 0 en surface et 0,1 sur le fond. Dans les lames déferlantes, le bateau roule. On lutte à barrer le bateau. De toute manière on avance pas. Il faut à tout prix remettre le foc. Je m'attache, je file à l'avant, et dans une prouesse acrobatique, debout, à cheval dans le vide, arrosée par les vagues, je réussis à réenclencher la manille. D'une main, s'il vous plaît. L'autre me servant à m'accrocher pour ne pas valser dans le décor. Imaginez le tableau. Même pas peur, tant j'étais concentrée sur la réussite. Il FAUT que j'y arrive. Et j'ai réussi. Mais malheureusement, au moment de hisser de nouveau le foc, on réalise qu'il y a eu des nœuds, impossibles à défaire dans ces conditions, et il faut donc oublier cette solution.

C'est la merde, mais il y a toujours un plan B! Et là, on remercie Jacky. Il nous avait filé un jour une toute petite voile, la trinquette, pas plus grande qu'un string, comme on dit! Dav réussit à la mettre en place. Pendant que je lutte de toutes mes forces à la barre contre les vagues. Mais la force des vagues est telle que parfois je ne peux même pas la redresser, et une fois on fait même un tour complet sur nous même. Avec la trinquette, on parvint finalement à rentrer dans la baie de Cascais, aidés du moteur, en slalomant entre les filets (à chaque nav' suffit sa peine, on va éviter de noircir le tableau avec une hélice prise dans un filet!)

C'est étrange, la situation avait beau être dure et brutale, on avait beau présager le pire, et par là même prendre peur, on gardait malgré tout un grand calme. L'esprit et le corps entièrement tendus vers la survie. Les sens aiguisés. L'esprit clair. Opérationnel. Aucune peur qui nous paralyserait, pas le temps. Vraiment, le cerveau est bien foutu!

On met l'ancre, on souffle un coup, on se restaure d'un délicieux petit plat de David, bien mérité, et on veille toute la nuit pour vérifier qu'on ne chasse pas. Enfin, "on" c'était en théorie, car en pratique moi j'ai dormi comme un loir, Dav ne m'a pas réveillée pour mon tour! On a quand même essuyé des rafales de 40-50 noeuds durant la nuit!

Et nous voilà donc à quelques jours de Madère, attendant dans ce mouillage que le vent se calme. Marta, tu voulais des récits de tempêtes, tu y verras là un avant-goût. C'est plutôt marrant à raconter par la suite, mais on préfère franchement les éviter!

Voilà, on vous dit à bientôt à Madère, sur l'île de Porto Santo, qui nous attend à plus de 500 milles, soit 5 jours de nav' environ. On a hâte!! Sans les galères! Wahou!

Kenavo!!

2-jours-de-nav.jpg


Finissons sur un aperçu de l'intérieur du boat après 2 jours de nav' seulement! (Le génois déchiré en vrac.) On vous raconte pas pour 5!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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