St Martin, début d'la fin!

St Martin, début d'la fin! Lundi 22 avril 2013

Ça y est, nous sommes arrivés à St Martin, tout à l'heure. En passant par Barbuda et St Barth.

Mais pour faciliter la compréhension de notre chronologie, commençons là on nous nous étions laissés, à Antigua !

Nous vous avions écrit la dernière fois de St John's, la capitale.

Nous y étions restés le temps d'un soir, avant de partir pour Barbuda. Nous avions mouillé le bateau devant un quartier « chic » de la ville, un peu étrange. Un quartier au charme désuet, aux maisons en bois ou de briques colorées, d'esprit so british. Des vêtements flashy de coupe surannée dans lesquels se trimbalaient des gens très propres sur eux. Nous étions un peu intrigués. On ne savait dire si c'était une ville pauvre ou riche. Riche, car beaucoup de magasins de standing se montraient près du port. Mais d'une richesse qui côtoyait une pauvreté manifeste... On se retrouvait un peu dans l'ambiance de Portmouth, en Dominique. En plus chic. Bref.

On a fini au bistro et on est partis tôt le lendemain matin (réveillés aux aurores par les nuées de mouettes) pour... Barbuda !!
Nous sommes donc restés 5 jours à Antigua.
Puis Barbuda... Où nous avons passé 1 jour et demi.

Barbuda la sauvage... On l'aura méritée celle-là !


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Barbuda!  Plate comme une planche à pain!



Déjà la nav : pénible !


Du près (vent de face) tout du long (je vous jure, on y est abonnés!!!).
Beaucoup de vent ce jour là, et une mer qui lève à cet endroit : en effet, une langue de hauts-fonds de 30 mètres sépare les deux îles d'Antigua et Barbuda. La houle Atlantique y brise alors son élan, et lève! Et ça réveille. On était trempés jusqu'au slip !
Rajoutons-y de lourdes nuées blanches, chapes de plomb violettes et grises peu réconfortantes en guise de plafond. Toute la palette des nuages semblait se bousculer la place publique au dessus de nos têtes : de quoi laisser pantois tout météorologue du dimanche, comme nous.

Et que dire de ce bateau allemand, qui était devant nous, qu'on vît soudain faire demi-tour, et qui nous fît des signaux de détresse au miroir, ou avec sa lampe. Branle-bas de combat : on allume la VHF, on colle l'oreille au canal 16. On scrute aux jumelles tout signe de communication : drapeau SOS, fusées... Il continue de nous faire des signaux, mais dans les vagues montagnes russes, on ne distingue aucun sens. Et puis... Oh, le cochon ! L'animal nous passe à côté, sans moufter, et nous laisse les bras ballants. Bah... ?
Jérem, philosophe : « -C'était peut être sa tasse métallique qui se reflétait au soleil. On fait pas des signes en mer, comme ça, comme un appel de phare pour les flics !
Marie, détective: -Mouais. Moi je te dis plutôt que c'est un couple qui s'est engueulé sur une flammekueche mal cuite, et ça s'est fini au combat au corps à corps. Pour un peu, je dirais même que l'arme du crime était la flammekueche elle même, carbonisée. La femme lançait des SOS et a été jetée par dessus bord. Classique. Le crime parfait.
-T'es con.
-Ouais, mais t'as pas d'autre idée.»
Voilà. Rien pour nous rassurer, donc ! Aucun bateau, un temps nul, mais on avance.

Et cette île qu'on n'aperçoit toujours pas ! C'est long... Ah si ! Enfin, on devine quelques cocotiers, à 5 milles de la côte. L'île est en effet tellement plate qu'on ne la distingue qu'au dernier moment... Étonnant !

Et là...
Mauvais calcul, je me plante de mouillage. C'est le seul inscrit sur notre carte, donc je n'avais pas fait travailler mes neurones...niveau configuration du site.
Nul. Inconfortable, plein vent, peu protégé de la houle. On roule. Un ciel gris. Des rafales de vent qui vous décoiffent les rares cocotiers. Une maison sur pilotis déglinguée, offrant ses ruines au vent rugissant. Glauque... Des vestiges de piloris en rouille ou en je-ne-sais-quoi qui surgissent des flots. La plage : des vagues énormes qui se brisent avec fracas sur le sable.

Bref. Welcome to Barbuda !! La cerise sur le gâteau : un vautour qui se dandine sur le sable (ou plutôt un pélican brun, après rapide réflexion. Mais comme je suis capable de confondre un cachalot avec une baleine, vous serez indulgents). Et, surtout, ce temps : nul, gris et tellement venté... On nous avait vendu du rêve ! Mais ça a plutôt tous les ingrédients d'un décor de film d'horreur, comme « Souviens-toi l'été dernier 2 » ; si mes souvenirs d'adolescente sont fiables.

Mais on est épuisés, alors on jette l'ancre pour manger un bout. Deux heures plus tard, nous filons à un autre mouillage, vers long Bay. En face d'un lagon fermé.


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Jeu de mer au mouillage à Long Bay. Pas mal !!!!!



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Tos, oreille au vent. La plage est une langue de sable qui sépare la mer (à gauche) d'un lagon fermé ( à droite). C'est une réserve de frégates.


Là, d'accord, c'est mieux ! Pas mal de vent toujours, mais on est relativement plus stable. Le bateau berce sur une longue houle d'un mètre qui nous soulève doucement. Cette houle brisera quand même notre patte d'oie portant l'ancre !
Leçon 39 : Quand on jette l'ancre, on rajoute à la fin un «  bout » ( prononcez [bouteuh] : qui signifie corde), qu'on attache aux « taquets » (amarres) à l'avant du bateau : cela permet de porter la chaîne et l'ancre sans que celle-ci ne force sur le guindeau (dérouleur de chaîne). Bref.

La plage est déserte. Une plage de 10 km de long, seulement tenue par des pélicans bruns. Au loin, à 6 km à gauche , on devine quelques habitations (hôtel et resto paraît-il) et quatre ou cinq voiliers au mouillage devant. A droite, rien. Ah si, au mouillage, notre yacht de milliardaire, avec l'hélico sur le pont, vu à Falmouth Harbour - vous vous souvenez ? A un km. Notre unique voisin. J'ai émis l'idée d'aller leur demander du sel, ou leur proposer une fête des voisins. « Mais oui, c'est le printemps ! It's a french tradition ! On fait ça chez vous ?»


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Jeu de mer, Dav, Jerem, Tos. Le parfait cliché du bonheur en boîte. Notez quand même le petit grain au fond à droite!



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Long Bay beach


Le lendemain aprèm, on passa des heures à faire du surf au long board dans les énormes vagues qui s'éclatent avec fracas sur la plage. Les gars surtout. Ils se sont ramassés de jolis châtaignes ! C'était bien drôle.


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Session long board. Jeu de mer en fond de décor.  Là, c'est Dav!


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Aaaaaah.....


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Schplaaaaf!


Tos partit quant à elle à la conquête de la plage virginale, en posant ses caramels en signe d'acquisition de territoire. Dans quelques années, des paléontologues se gratteront la cervelle pour essayer de s'expliquer la présence de ces reliques. « Un chien à Barbuda ? Impossible ! Une espèce endémique ? Le chaînon manquant ?». On aime en effet croire que Tos fut le septième chien au monde ayant jamais débarqué sur cette plage.

Car Barbuda est vraiment peu peuplée, et peu fréquentée. Un village, au loin.Un aéroport privé permet à un hôtel d'accueillir quelques richissimes clients. On peut y accéder à la voile, ou avec son yacht, mais c'est une île à l'est de toute route habituelle de plaisance. De notre plage, nous avions le sentiment d'être seuls au monde. Tant mieux. Mais avouons qu'il y a un petit « quelque chose » d'inquiétant, à se sentir si seuls, si loin de tout... dans ce décor paradisiaque, qu'on soupçonne être vite un cauchemar en cas de tempête tropicale, ou d'avarie !

Nous ne resterons pas plus longtemps : un jour et demi à Barbuda. Le temps, sans pour autant être effroyable, ne nous engageait pas à rester plus longuement. Nous n'avons pas exploré le reste de l'île, de peur de laisser le bateau seul à cause du vent... et puis bon. C'est une plage ! On serait restés plus, je crois, si le vent n'avait pas été pas si épuisant. Pas de chance ! Mais on en a un peu profité, on s'est baignés et reposés, avons un peu bricolé, mangé des cookies et sommes partis la nuit suivante pour St Barth.

Partis à 4h30 du matin, pour avaler les 60 milles (110km) qui nous séparaient de St Barth, nous sommes arrivés en début d’après-midi, complètements fourbus par une nav' plutôt sportive dans une mer assez grosse.

Aux Antilles, prendre la météo se résumerait quotidiennement à : « Alizés Nord-Est à Sud-Est, 20 nœuds de moyenne, grains épars » ; sentence applicable toute la saison. Le temps est si régulier que beaucoup ne prennent pas la peine de consulter les bulletins méétéo. Nous, nous avions notre météo prise 3 jours auparavant, à Antigua. Arrivés à St Barth, on lut le soir à la capitainerie: « Vendredi 19 Avril : Houle de 2m50 à 3m, Alizés soutenus, Mer forte. » Ah ! C'était pour nous, ça ! Pas intenable, mais sport...

L'ancre jetée, on débarqua alors à la capitale de St Barth, agrippés à notre annexe motorisée crachotante.
« Bonjour, je suis Paris Hilton ! » criais-je aux marins perchés sur un paquebot. Heureusement ils n'ont rien compris, mais ils avaient l'air ravis de nous voir si réjouis.
A terre, le leurre ne dupera personne, avec mon escorte de choc: Dav avait sorti son plus beau pantalon, rafistolé à la toile de spi mais avec deux énormes trous béants aux fesses ; Jérem ses crocs kaki peinturlurées de blanc, trouvées à la poubelle et découpées joliment au bout pour faire ressortir les deux gros orteils.

St Barth. On était au mouillage vers Gustavia, le port coquet, petite capitale. Gustavia, c'est un quadrillage de boutiques luxueuses, Hermès, Vuitton. Nous nous attendions à quelque chose d'ostentatoire, de vulgaire, mais c'est finalement une petite ville assez soft, assez sage, mais qui transpire tout de même le fric. Et un peu pédante et superficielle, quand même... La bière pression y est aussi un produit de luxe. Une suffira, merci ! Pour la même somme, en Bretagne, nous aurions été déjà ronds comme des queues de poêle.

Nous avons eu une grosse frayeur le lendemain : Dav, en resserrant la vis de l'injecteur du moteur, l'a brisée. L'horreur. Plus de moteur. Trouver une vis en acier pour ce vieux moteur, une pièce si particulière, percée en son milieu... La grosse suée. Heureusement, nous étions à St Barth, et pas à Barbuda. C'est petit, mais il y a sûrement un mécano, nom de dieu ! On sauta dans l'annexe et on finît une heure plus tard dans l'atelier de l'unique mécano du coin. Qui fit la moue devant la pièce... « C'est con, j'en ai jeté la semaine dernière ! » L'invitation au meurtre !!! Mais il était sympa, et fouilla longtemps son joyeux bordel tandis que nous nous chargions de ces caisses à bazar. Rien. Merde. Et puis... il nous sortît une pièce, d'on ne sait où. Pas identique, mais qui pourrait faire l'affaire, en bidouillant. Bon. Croisons les doigts. Combien on te doit ? Comment ça, rien ? On lui fila un billet quand même et on repartît finalement plus riches qu'à l'arrivée : il nous laissa prendre des outils Facom qu'il jetait à la poubelle. Hop ! Merci ! « Tiens, tu veux pas un propulseur d'étrave ? Tu le bidouilles un peu, ça te fais un guindeau électrique ! » Mais chut ! N'allez pas lui donner des idées ! On n'a pas besoin de ça !

Arrivés au boat, suspense... on mit la vis... et ça fonctionna !!!! HOURRAH !!!! Il sera plus prudent de la changer à St Martin, mais c'est un excellent dépannage... Ouf...

Et nous voilà donc à St Martin, côté hollandais. Car l'île est partagée en bonne harmonie entre la France et la Hollande. Nous sommes à Philisburg. Une ville touristique vomissant ces produits free-tax et ses souvenirs à obsolescence programmée à 2 jours sur la cheminée du salon. C'est moche. On n'est pas fans, mais on file demain à Grand Case, ou à Marigot, côté français. On préparera les approvisionnements du boat et le bateau, pour la transat.

Dès que nous serons prêts, nous entamerons le chemin retour du cidre, des copains et de la pluie. Nous estimons être opés dans une semaine. Mais la météo aura le dernier mot, comme toujours...

La transat retour... On est un peu flippés, oh, un tout petit peu, quand même. Normal! Mais ça va le faire. Vous savez quoi?... et bien... on est heureux de rentrer... et oui! J'ai personnellement mis du temps à intégrer mon idée de retour, mais je suis contente, en fait. Les gars, eux, le sont aussi. Les amis, la famille, les projets... Je suis susceptible  d'être extrêmement bavarde sur le sujet, sensible. Je garde donc la séquence émotion pour plus tard... car je peux m'envoler vite.

Le retour... qui passe par l'Atlantique. Dur.
Nous avons une bien mauvaise nouvelle à vous annoncer, concernant le Marguil, le bateau qui est parti de Morlaix avec nous, et qui avait entamé la traversée retour il y a 15 jours. Il a été malheureusement obligé de faire demi-tour après une sérieuse avarie, vers les Bermudes. L'équipage est sain et sauf, mais le Marguil a souffert: son étai, son enrouleur, sa voile et sa dérive ont cassé. Gros coup dur. Le bateau est actuellement retourné au Marin, en Martinique, où des copains donnent un coup de main à Jacky pour l'aider à repartir à temps. On espère qu'ils y parviendront. Le temps presse, car la saison des cyclones ne permettra pas de traverser plus tard que mi-mai. Mais c'est surtout l'argent, le nerf de la guerre... Que dire de plus... Merde.

Un cliché d'insouciance et de vie facile colle indubitablement à notre peau de voyageurs marins, au teint cramé de soleil et de rhum. Mais on en chie. Vraiment parfois. C'est dur. La mer est dure. Bien sûr, nous vivons des instants merveilleux et jouissons de libertés enivrantes. C'est un voyage magnifique, qui nous a, personnellement,  profondément changés, endurcis et/ou ouverts. Mais nous vivons aussi des moments violents de stress. Stress pour nos vies, pour la sécurité du bateau.

Ce n'est pas toujours de la "plaisance". Dav passe sont temps à bichonner son bateau, qui a encaissé plus de 6000 milles en 10 mois, et qui doit s'en farcir encore 2100 d'un coup pour les Açores. On est toujours sur le qui-vive. Une merde en remplace une autre. Mais on y arrivera. Parce qu'on a réussi jusque là. Et qu'on a toujours eu de la chance, aussi. On est déjà fiers et heureux d'avoir vécu ce voyage formidable jusqu'ici. Le reste suivra...

Et puis, comme dit Isa : « Bon, au pire du pire, tu fais naufrage. Tu perds ton bateau, tu te retrouves dans ton canot de survie gonflable. C'est une expérience ! Tu écris un livre à ton retour, tu deviens riche, et tu te repayes un bateau ! » Bah, oui, pourquoi s'en faire tout un plat ! Et, même, tant qu'à faire, choper l'appendicite et se faire opérer avec un opinel et recoudre au fil de pêche : cela ferait tripler les ventes !

La vie est belle !

Kenavo !!

Ps : j'ai rajouté des photos dans le post précédent et corrigé les coquilles (pas toutes!) !


thon-barbuda-st-barth.jpg

Thon atlantique, pêché entre Barbuda et St Barth.

Au fait, hier, on a nagé avec une raie! De loin. Et des requins (de beaucoup plus loin!! Ils étaient plus flippés que nous!!)


Kenavo!!!




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