Transat II. Bermudes-Açores. Le récit!

Transat II. Bermudes-Açores. Le récit!

Nous sommes partis des Bermudes le Jeudi 16 mai 2013.

Pas seuls! Le Black Beatle, les Just sail it et les Kiklack formèrent avec nous une frenchy caravane ultra motivée (mais nous prendrons vite la tangente... on est plus lents!)! Ce fut un beau départ, joyeux et en fanfare!


sortie-chenal-st-georges-1.jpg

Sortie du chenal St Georges


depart-kiklack.jpg

Les cinq amis du Kiklack



depart-jsi.jpg
Les trois du Just sail it (Sirocco III)


french-caravane-1.jpg
Frenchy caravane. Les Kicklack, le Black Beatle et les Just sail it. Départ dans la pétole...


frenchy-caravane.jpg
Ciao...


J 10. Dimanche 26 mai 2013. 13H52, H Caraïbes.

Aujourd'hui, messieurs dames, c'est en direct du parallèle nord 39°11.793 et du méridien 43°46.157 que nous vous écrivons.

Température de l'air 20°C; vent ESE, 10 nœuds de moyenne.

Route au cap 88°, au près serré (vent pleine face).

Jeu de mer cavale à une vitesse croisière de 5,2 nœuds (environ 10km/h) de moyenne, toutes voiles dehors.

Mer peu agitée, quelques moutons.

Ciel : bleu ; présence de nombreux cumulus humulis de beau temps.

Pression : 1028,5 hpa ; progression à la hausse.

David : se dort la pilule côté recto, sous une couverture polaire orange. Absorbé dans la contemplation de ses voiles et de ses pieds.

Tos : se dort la pilule côté verso, au milieu du cockpit, sur son coussin bleu pétrole étanche cousu maison -épaisseur 20 cm- qui prend la moitié de l'espace habitable. Absorbée par un rêve de choucroute garnie cavalant dans une grasse et verte prairie.

Jérém : on en devine une touffe de cheveux hirsutes qui dépassent d'un sac de couchage grand froid température extrême jusqu'à -10°C. Absorbé par la lecture d'un nouveau bouquin. A moins qu'il ne dorme déjà, ses lunettes polarisantes nous cachant l'activité de ses globes oculaires.


dur-1.jpg

Dur.


Nous sommes en plein dans l'anticyclone des Açores. Il fait 20°C. Alors que d'autres sont en slip pour moins que ça, nous nous réfugions sous nos plaids et nos bonnets. Grand Dieu ! Qu'est-ce-que ça va être en Bretagne?!

Aujourd'hui, nous entamons notre onzième jour de transat retour depuis les Bermudes. Nous sommes à 586 milles de Florès, l'île de l'archipel des Açores la plus proche. Nous espérons y accoster vendredi 31 mai, dans 5 jours !!

Dix jours de mer, déjà. Si les transats étaient toujours aussi cool que celle-ci, nous resignerions tous et tout de suite pour une prochaine ! Nous voici pour témoigner en faveur d'une possibilité de transat retour paisible : oui, ça existe ! Ce ne fut (presque) que du bonheur. Incroyable. Nous avons eu beaucoup de chance (jusque là : il nous reste encore 5 jours à tirer !) Aucune condition difficile. Quelques petits coups de stress, mais une unique nuit vraiment pénible. Dix jours peinards, où le vent ne dépassa pas les 20 nœuds établis, où la houle ne fut jamais forte, mis à part une nuit. Bref. Que du bonheur.


aube.jpg

Aube atlantique


Enfin... évidemment, trente secondes après avoir écrit ces lignes, un événement me rappelle que la mer n'est pas un long fleuve tranquille : une grosse vague vient de se vider joyeusement dans la cabine avant, par le hublot béant, ouvert pour évacuer les effluves de poissons et de sueur poisseuse qui règne dans notre royaume intérieur. Armée d'une éponge et d'une bassine, je vocifère contre les flaques que j'aspire et la gîte qui me pulvérise contre les parois, la table, la banquette, la porte des toilettes, oh pu...naise, j'en ai ras le bol, je suis fatiguée ! On est tous crevés, en fait ! Ce qui est supportable le premier jour le devient beaucoup moins au bout du dixième !

Mais nous sommes trois pour cette transat Retour, et, niveau gestion de la fatigue, ça change la vie. Jusque là, pour les longues navs, Dav et moi nous relayions à tour de rôle pour les quarts: toutes les deux heures la nuit. Mais c'était, en pratique, plus aléatoire. On se calait suivant la fatigue de l'autre. Un équilibre vite devenu naturel, mais fatiguant à la longue! C'était génial cependant. Comme la transat Aller, qui fut un de nos plus intenses souvenirs. Une transat à deux, quoi de plus romantique et révélateur pour un couple... On a adoré, malgré les conditions de fin sportives. C'est raide, quand même, 19 jours d'endurance ! Là, cette transat à trois, c'est royal. Non seulement les conditions sont cool ; mais on dort presque deux fois plus, et, en prime, ô félicité, on peut dormir, Dav et moi, tous les deux ensemble ! Ça veut dire deux saucisses malmenées par la gîte qui roulent l'une sur l'autre pendant la nuit, ballottées par la houle, et hop, tiens, prend mon coude dans ton œil, mais reprend ta jambe coincée sous mon oreille s'il-te-plaît.
Et puis, pour les manœuvres, c'est plus simple. Pas besoin de lever l'autre qui se repose. Il y a toujours un troisième larron dispo ! C'est moins stressant. J'avoue que je dors mieux sachant que Dav ne va pas faire des singeries tout seul en pied de mât quand il veut m'épargner du sommeil! Je sais que Jérem est là et toujours super motivé. Et ça, c'est vraiment très appréciable. Bref, trois, c'est cool aussi.

Pour l'ambiance aussi ! A deux, on a tendance à devenir un peu contemplatifs, fatigués ; on parle peu et le temps coule en silence. A trois, il y a un peu plus d'action ! Et hier, on a joué au scrabble. Oui oui, mon petit scrabble de voyage offert par belle-maman. Génial !! Je désespérais de faire jouer Dav, qui ne peut plus voir mes jeux même en peinture ; mais là, à trois, quel piquant, le scrabble, mes amis, quel palpitant. J'adore. Je vais essayer de remettre ça à l'heure du goûter demain. Je cois qu'ils ont mordu !


scraboule-1.jpg

Scraboule!!


Mais oui, mais que voulez vous qu'on fasse de plus constructif ? Le scrabble, c'est sain, ça fait travailler l'orthographe, les neurones et la motricité (manipuler les minuscules petites lettres format voyage et les retrouver quand elles tombent).

Sinon, la météo nous accapare considérablement l'esprit : l'interprétation des nuages et de l'état de la mer , et surtout l'interprétation des fichiers météo reçus par iridium ; et ceux reçus par notre routeur à terre (un ami de Fab, du Black Beatle). Cela nous préoccupe beaucoup, et les gars (j'ai délégué ce volet météo!) passent beaucoup de temps à réfléchir à la meilleure route possible et au calcul des moindres petits milles à gratter. Les vents sont constamment changeants, en force et direction, ce qui nous oblige à anticiper une route idéale changeant tous les jours - pas toujours la plus courte géographiquement parlant... mais...
(AAAAAAHHH Juste ciel ! Retenez-moi, je n'en crois pas mes oreilles, devinez ce que vient de me dire David, à l'instant, alors que rien ni personne ne le prédisposait à penser à ça :« Tiens, je me ferai bien un scrabble ce soir. » Ô Joie, Ô volupté, Ô bonheur ineffable !)

La météo donc. Sujet primordial, constant, qui revient pratiquement toutes les heures dans nos conversations. Je vous avoue très franchement, et entre nous, que même si c'est un sujet complexe très intéressant, je commence à en avoir ras la couette de parler (d'entendre parler) météo ; c'est à devenir complètement chèvre ; j'ai hâte de retrouver à terre des pairs homo sapiens sapiens dépourvus de Troubles Obsessionnels Compulsifs météorologiques. Usant.

Le fait de vivre une transat retour si paisible et sans réelle surprise, nous le devons à une sacrée chance, mais aussi à un outil génial : l'iridium (téléphone satellite) . Très sincèrement, on se félicite de l’investissement. Cet objet ne nous était pas venu à l'esprit avant d'envisager ce retour atlantique. Pour les navs de plusieurs jours, nous nous contentions jusque là de fichiers gribbs téléchargés sur internet et reportés sur nos cartes informatiques (les gribbs, se sont des fichiers météo illustrant sur une période et une zone données la force et la direction des vents ; on peut aussi y lire l'intensité de la houle, le temps... Ils sont valables quelques jours.). Nous en déduisions plus ou moins les grandes lignes pour les jours suivants, et nous lisions les nuages en mer, tout en croisant les doigts (et franchement, on n'était pas vraiment des flèches en météo! Mais les gars sont devenus assez bons !). Nous n'avions jamais ressenti l'utilité de cet objet qui nous paraissait franchement gadget, voire bourgeois et clairement réservé aux gens aisés. C'était pour nous hors de prix, donc hors sujet ! Mais l'achat d'un iridium s'est un peu imposé à nous pour le Retour réputé hard , quand on calcula le rapport prix/sécurité. Nous le revendrons en Bretagne, et voilà.
Autant la transat Aller réserve peu de surprise, grâce aux alizés constants ; autant la Retour est capricieuse et réputée difficile. L'iridium nous a permis d'éviter un minimum d'aller au cœur de dépressions , d'éviter à Jeudemer 15 jours de près (nous avions alors décidés de rejoindre les Bermudes) ; d'éviter au maximum les zones peu ventées, bref, de nous façonner une route en louvoyant entre déps et molles (zéro vent). Nous avons eu de la chance de ne pas avoir affaire à de grosses dépressions, car dans ces cas là, même avec un iridium, il est dur d'y échapper. Mais c'est quand même réellement rassurant.
Nous communiquons régulièrement avec les autres bateaux partis avec nous, par messages. Et tous les deux jours, un ami de Fab (routeur et régatier hyper calé) nous envoie des messages pour nous router, c'est-à-dire nous conseiller la meilleure route à suivre. Il nous brosse les conditions générales météo et les vents précis de notre zone. Bref, le rêve. Certains payent des centaines d'euros pour ce luxe -le routage pro- et nous, on a vraiment de la chance !! On est bien entourés!
Bref. J'en arrête là la rubrique météo, vous allez finir par vous lasser vous aussi. Mais voilà, à tout ceux qui doutent encore de l'utilité du tél satellite... nous on témoigne, pour la Retour, on a apprécié. Car ce n'est pas rien ce morceau d'Atlantique, tout de même !


la-vie-est-belle.jpg

La vie est belle!


19H06, H Caraïbes

Nous avons été interrompu par une horde de dauphins qui est venue taquiner l'étrave de Jeudemer. On ne se lasse pas de les voir ! On redevient à chaque fois comme des gosses. Tos est complètement dingue de joie de les voir. Elle en pisse d'ailleurs d'allégresse dès qu'elle les voit, hop, « Olala j'suis trop contente ! » psssssssiiiiiiiit ; exactement comme Simon dans la Cité de la Peur, qui rend son jus d'orange quand il est content. La même. Inratable, à chaque fois. On se marre !




dauphins-1.jpg

Dauphins. La photo n'est pas terrible, tant pis.


Puis on a enchaîné sur un petit dîner sur le pouce : conserve de thon blanc, faite maison. Un régal !!! Avec une mayonnaise maison....


thon-conserve-1.jpg

Conserve de thon maison


On a en effet pêché, le deuxième jour de la transat, un énorme thon de 20kg (25kg me disent les gars! Bon, d'accord !) ; notre record absolu, toute catégorie. Il était si lourd qu'on ne pouvait le porter seul qu'avec beaucoup de difficultés. Les gars étaient dingues ! C'était un thon blanc (germon) d'1m02 (on tient au 2cm!) !


thon-dav-3.jpg

"Vite Marie! La photo!  Shoote! C'est loooourd!!!!!"


thon-blanc-1m02.jpg

"Attend! On y va à deux! Ouch, la vache!!!!"


thon-blanc-2.jpg

Bon. Où va t-on ranger tout ça?


Un poisson magnifique. Avec toute sa chair délicieuse, on fit des conserves, des filets séchés et des congélations. Un peu de filets séchés pour Tos aussi.


thon-blanc.jpg

Thon séché au sel épicé. Hum!


La chair est vraiment étonnante : on jurerait que c'est du poulet, dégusté en risotto ou en chapelure ; et, quand on en mange une conserve, accompagné de mayonnaise, on croirait manger du... crabe !

Du coup, croulant sous nos réserves de poisson, on ôta les lignes. Pour les remettre 4 jours après. Mais depuis... plus rien ! Quelques touches, c'est tout! Voilà les gars qui se creusent la cervelle, tentent diverses techniques, fabriquent de nouveaux leurres, se découvrent fins stratèges. Mais toujours rien. Mais ça les occupent aussi. La pêche, sujet de conversation numéro 2.. après la météo !

Après avoir donc fait bombance, tout à l'heure, de 600g de thon délicieux, on finit en beauté sur des poires belle-hélène (on ne se refuse rien) ; et pendant que les gars réclamaient un scrabble, je fis chauffer de l'eau pour compléter une image d’Épinal adorable : nos deux gaillards, chacun sous une couette, autour d'un plateau de scrabble, attendant une petite tisane digestive sous un coucher de soleil.
Mais...tiens... mince... pourquoi le feu s'est-il éteint sous la bouilloire ? Je rallume... Ohoh. De ridicules petites langues de feu chatouillent ma bouilloire...mais... je suis au max pourtant. Oh...zut, j'ai compris.
« Les gars ! Pénurie de gaz ! » Stupeur sur le visage de Dav. « Oh non. Pas mon café du matin! » Consternation générale. Bon. Heureusement qu'on avait amené notre petit réchaud de gaz de rando. Et une recharge ! 450G, on n'ira pas loin, mais ça ira pour le café du matin. Le café du capitaine n'étant absolument pas négociable pour le bon déroulement de notre navigation, ce sera la priorité.
On pourra en outre utiliser cette réserve de secours pour chauffer de l'eau, afin de manger des nouilles chinoises et du couscous qui demandent peu de cuisson.
On calcule succinctement les conserves qu'il nous reste, ne nécessitant en soi pas de cuisson: macédoine, choucroute, raviolis, petit salé et chili con carne. Hum.
Jérem : « Pas de problème, je préfère le ravioli froid ». Très bien. Bravo Jérem. Voilà une épine ôtée du pied. Bon. Et cela va nous permettre d'écouler notre stock de nouilles chinoises, qui attendent désespérément des amateurs depuis le Cap Vert. Idem pour le couscous du Sénégal. Liquidons tout ça ! On a pas mal de barres de céréales, un peu de gâteaux, et des graines de tournesol et de courge et de sésame, super, super.
Franchement, pour le moment, ça nous fait rire (on en reparlera dans 5 jours, quand on louchera de dépit devant du chili froid). Dav est persuadé que l'on peut cuire des patates, ou au moins faire bouillir de l'eau chaude sur le moteur (ça tombe bien, demain une pétole est prévue, donc plusieurs heures de moteur en perspective.) De là à faire des patates sautées, pourquoi pas ! On vous dira ! Tant qu'il y a de la vie, y a de l'espoir !
Jérem, dépité : « Merde,les gars, j'ai déjà faim ». Sinon, il y a aussi les crottes de Tos. Si on les brûlait comme les bouses de yacks pour chauffer nos tisanes ? Non, mais on a ressorti le chalumeau, brandi triomphalement par Jérem : « Ça, ça fait au moins deux cafés ! »
Mais... On a le barbeuc aussi ! Alléluia ! De quoi faire cuire du poisson, réchauffer nos boîtes de conserves, bouillir de l'eau et faire du pain ! Bon. Allez, c'est drôle, après tout ! Un peu de camping ! Cette panne de gaz, c'est le coup de la galette party du départ de St Martin, aux Antilles !! On y avait vidé deux bons litres de butane, pour sûr ! Ha!


penurie-gaz.jpg

La popote au Camping-gaz, sur un bateau, c'est pas triste !!


En plus de la pénurie de gaz, il faut ajouter la pénurie d'huile d'olive (plus une goutte ! Damnation!) et du P.Q (hors de prix aux Bermudes, où la vie est très chère). Bon, de toute manière, me diriez-vous, moins on mangera, moins on en aura l'utilité.

Sans transition, je vous laisse, on va faire une manœuvre !

Bien à vous, Marie Caillaud, votre reporter nord-atlantique



J12. Mardi 28 Mai 2013. 21H38 H Caraïbes.

Quelque part au milieu de l'Atlantique. Position 39°48.204'N 37°46.808'W. Il fait nuit, c'est l'heure de mon quart. C'est à dire que c'est à mon tour d'être à la veille, surveiller les voiles, le vent, la trajectoire, et surveiller Raymond qui barre (notre régulateur d'allure) ; pendant que les autres se reposent. Nous barrons peu durant les grandes navs ; on délègue le job à Raymond, qui barre comme un chef, grâce à la seule force du vent, qui actionne sa pâle. On l'adore, il est très fort !
Il fait nuit, une nuit sans lune, plombée de lourds nuages gris menaçants mais inoffensifs. Nous sommes en plein anticyclone. La nuit est belle, car le vent est stable, modéré, et nous carburons à la vitesse idéale de 6 nœuds (un peu moins de 12km/h). La mer est si calme que l'on est peu bousculé, nos abdos prennent un peu de répit. Car la voile, croyez-nous, même quand on ne fait rien, le corps travaille ! Constamment sollicités par les mouvements du bateau, nos muscles fonctionnent imperceptiblement pour nous éviter de nous écrouler sur le voisin à chaque vague. Les abdos, les fessiers, les mollets, le dos, la nuque... mieux qu'une salle de sport, et sans efforts s'il-vous-plaît. Rajoutons-y quelques manœuvres, un peu de stress qui aiguise les sens, et hop, voilà une cure de remise en forme, pour pas cher !

Aujourd'hui fut encore une journée magnifique. Depuis quelques jours, nous sommes vraiment détendus. C'est vraiment le bonheur. Si les conditions pouvaient toujours être aussi fantastiques !! Nous arrivons dans moins de 3 jours aux Açores, si tout va bien. Il nous reste 306 milles à parcourir... Et comme nous sommes dans l'anticyclone, nous savons que tout va bien se passer jusqu'à l'arrivée, sans réelle surprise météo. C'est un soulagement. Pas de dépression porteuse de vents violents. On surfe dans un anticyclone promettant des conditions idéales jusqu'au bout. Le bateau ne souffre pas. Nous sommes au près depuis quelques jours (vent de face, notre allure la moins appréciée), mais les vents sont si doux et la mer si belle, qu'on est peinards. Grâce à nos nouvelles voiles (et notre mât immense : c'est un bateau gréé pour petit temps), on carbure à fond dans le petit temps actuel : 10 nœuds de vent, on avance à 6 nœuds. On se régale ! C'est génial ! Par contre, passés 15 nœuds, on est à la rue !

La journée a été rythmée par la pêche d'un thon obèse ; d'un atelier pain et pizza cuits au barbecue ; de la visite de hordes de globicéphales tout autour de nous, dont quelque-uns à 5 mètres du bateau ; de la pêche d'un deuxième thon obèse ; de la visite de dauphins ; de deux parties de scrabble (réclamées par les gars, je vous jure, ils sont devenus accros!) ; d'un film ; d'un dîner camping gaz, et voilà ; oh, quelle journée fatigante !


thon-obese-dav.jpg
Notre premier thon obèse!



thon-obese-jerem.jpg

Le deuxième, toujours obèse, mais que de nom!


Mon travail de veille se résume actuellement à peu de chose ; je surveille Raymond du coin de l’œil, et la mer, les nuages, le vent, les instruments, les éventuels bateaux. Mais c'est tellement cool que je permets d'écrire (c'est bien la première fois!). Ça fait tellement de bien de vivre de bonnes conditions... C'est tellement éprouvant, la voile, parfois !

Nous avons eu quelques petites suées durant cette transat, quand même ! Mais rien de grave. Notamment une frayeur avec notre bas-étai. Le troisième jour, Dav s'est aperçu que notre bas-étai se dé-toronnait... Pour ceux qui ne visualisent pas, un bas-étai est un câble qui soutient le mât. Notre bateau a plusieurs câbles de la sorte, fixés sur la coque ou le pont, et rattachés au mât. Un derrière (appelé pataras), deux de chaque côté (haubans) et deux à l'avant (étai et bas-étais). Ces câbles sont composés de torons en inox. Dav a dû monter au mât, couper les torons cassés et mettre une vis de sertissage, qui maintient comme une bague les torons, afin d'éviter qu'ils continuent à se barrer.


bas-etai.jpg

Dav au mât, au milieu de l'Atlantique,  découpant les torons qui se desserent. Heureusement, il n'a pas fallu aller tout en haut!


Du coup, on a rajouté un deuxième bas-étai pour sécuriser, avec du spectra (corde fine très solide). On verra plus tard... Du moment que le reste est sain, on ne panique pas ! Pour être honnêtes, notre hantise depuis le Cap Vert, ce sont nos haubans et nos cadènes qui travaillent - ou semblent travailler... on ne sait pas trop. C'est pour cela qu'on évite de trop tirer dessus. Ça nous inquiète un peu... On fera un chantier en rentrant à Morlaix. Pour l'instant, on ménage notre pépère, et ça ira !!

Ah... je vous laisse, le vent est monté, il faut réduire la toile! Bonne nuit !

Amicalement, Marie Caillaud, matelot 1ère classe



J 14. Jeudi 30 Mai

Notre dernière journée, notre dernière nuit ! Nous arrivons demain matin/midi à Florès, où nous attendent déjà Farol, Fab sur Black Beatle et sûrement Just sail it et la belle équipe du Kiklack. Je viens de terminer mon quart, il est 22H. Dav prend le relais. Il fait nuit noire. Le vent a un peu monté ces deux derniers jours, c'est un peu moins peinard mais c'est pas l'affolement non plus ! On a changé notre voile avant pour une autre plus petite, avons réduit notre GV (grand-voile), et nous remontons, toujours au près, vers Florès. Nous avons hâte d'arriver, même si ces derniers jours étaient on ne peut plus tranquilles.

Cette dernière journée fut superbe, et finit magistralement avec une partie de scrabble (sport cérébral quotidien depuis cinq jours), la pêche d'un thon obèse de 8/10 kg, plusieurs visites de dauphins, de délicieuses pizzas au barbeuc arrosées de vin rouge et une dégustation de rhum arrangé passion-mangue-ananas. Le rêve!



pizza-cobb.jpg

Pizza barbeuc. Une révélation!



thon-obese-marie.jpg

Encore un thon obèse. Ouh! A mon tour!


Nous ne sommes plus qu'à 63 milles de Florès, nous devrions y être demain midi, si les vents ne montent pas trop. Nous faisons difficilement cap direct, le vent en pleine face (près) ne nous laisse pas beaucoup de marge de manœuvres.

On a hâte d'arriver, même si on aime ce rythme, coupé de tout, recentré sur nous et la mer. On aime, quand tout se passe bien. Mais on avoue, Dav et moi (je ne sais pas pour Jérem!) qu'on en a un peu notre claque du bateau, parfois ! On se prend à rêver, de temps à autre, à une vie sans stress, au port de Morlaix, en sécurité, et avec un accès douche d'eau chaude illimité !! Ha !

Je crois que nous puons secs, mais nos narines semblent stoïquement adaptées à leur nouvelles conditions. Nous sommes en restriction d'eau de confort (hygiène, cuisine), alors que nous croulons sous les packs d'eau minérale. Mais nous résistons à la tentation de nous laver les pieds à la Cristalline ® et continuons de macérer dans nos effluves piquantes. Les cheveux de Jérem sont de paille, ceux de David ne forment plus qu'une monodread qui se passe désormais d'élastique, et moi même j'ai un cheveu éclatant qui, paraît-il, donne des conjonctivites à ceux qui posent le regard dessus.


Concours d'élégance:

monodread.jpg

Dav et sa monodread. On ne voit pas les trous à son coude et sur les fesses, mais je vous le dis!


elegance-2.jpg

Jérem à la ferme (matez-moi ces chaussures! Ca devrait être interdit!)


elegance-1.jpg

Alors? Le gagnant? Difficile à dire.


Le bateau, bien que tenu irréprochablement depuis 15 jours, mériterait un assainissement total. Là aussi, on se met à rêver d'un aspirateur et d'une machine à laver ! N'importe quoi!


lessive.jpg

Jérem à la lessive, qui fait son Moitessier. Là-haut, les caleçons sèchent sans êtres importunés par les embruns! Malin!


Nous n'avons pas eu de visite de cétacés aujourd'hui. Les Açores ont la réputation d'être un formidable refuge de baleines, cachalots, globicépahles. Et de détenir des records mondiaux de pêche eu thon !

Nous avons vu plusieurs fois des jets de vapeur de baleines ; et hier des globicéphales tout autour du bateau (même à 5 mètres !! C'était grisant !!). Nous croisons aussi très souvent une bestiole très étrange, merveilleusement rigolote : une physalie, sorte de méduse avec une voile sur la tête, qui sort de l'eau, et qui se laisse porter au gré du vent et du courant, en flottant entre deux eaux. On les voit passer, avec leur crête de punk mauve pâle aux bords rose fluo, qui flottent, poum poum poum, bonjour madame ! J'adore !!

Nous avons eu une grosse frayeur hier soir : notre moteur ne démarrait plus. (j'y pense car Dav vient de le mettre en route à l'instant, et comme il se trouve juste en dessous de notre matelas, ça fait un bordel monstrueux!). En le mettant en route dans une pétole, il se mit à tousser comme un tuberculeux et me cala dans les mains. La suée. On allait encore dire que c'est de ma faute ! J'ai pourtant bien suivi le protocole de mise en route ! Mais impossible à redémarrer. Teuf !! Teuf ! Vouinnvouinnvouinn... Bon. Stop. Allez, session mécanique, c'est parti. Deux bonnes heures après avoir démonté le démarreur, limé les charbons... on -enfin, Dav Gyver- réussit à refaire démarrer notre moteur phtisique qui se porte depuis à merveille, merci pour lui. Ah ! Ce Dav !! On se félicite de l'investissement Dav Gyver aussi !

Je vous laisse, toujours sans transition. Je suis crevée... Je vais tenter de dormir, entre le bruit du moteur (imaginez que vous dormez directement sur une machine à laver des années 80), le bruit du ventilo moteur (discret comme la tondeuse à gazon de tante Gertrude), la houle (les montagnes russes de la fête foraine). Vivement la retraite.

Cordialement, Marie Caillaud, votre correspondant fatigué.



Dimanche 2 juin 2013.

Ca y est ! Nous sommes arrivés il y a deux jours (vendredi 3& mai), aux Açores, à l'île de Florès. Deux jours qui furent intenses en retrouvailles et découvertes. Florès, encore un immense coup de cœur...

Nous avons donc mis 15 jours pour faire Bermudes-Açores.

Une transat vraiment géniale, sans coup dur. C'était une très belle nav'. Plus stressante que l'aller ; car beaucoup plus incertaine et auréolée de récits de tempêtes. Mais au final, plus peinarde ; nous avons eu beaucoup de chance.

Seule déception, pour les gars surtout : nous n'avons pas pêché d'espadon. Enfin, si, un petit, mais qui ne nécessita pas un combat historique.


espadon-jerem.jpg

Mini espadon! Trouvé sur le pont


espadon.jpg

5 cm, certes, mais c'est quand même un espadon!!


Nous sommes arrivés au petit port de Florès, à Lajès, vendredi soir. Farol nous y attendait, ainsi que Black Beatle et Just sail it. Les Kiklack sont arrivés en même temps que nous ! Incroyable ! Après 15 jours de mer, des routes différentes, on se retrouva exactement au même moment devant Florès ! C'était génial !


arrivee-kiklack.jpg

Arrivée en même temps que la brochette des 5 Kiklack!


on-l-a-fait.jpg

Yeah les gars!!! On l'a fait!!!



dav-marie-arrivee-acores.jpg

Arrivée à Florès!


Le port est tout petit, et récent. Après la transat, on s'est payé le luxe d'un ponton. On a besoin ! Nous faisons partie de la deuxième fournée de transatiers (la première étant partie en avril) et tout s'est rempli en une semaine. Il y a un mouillage (rouleur) devant. Les prix de la marina sont corrects (-12m :15 euros/jour) ; eau et élec compris.

On aime bien ce petit port, où on se sent comme chez nous. Et cette île. Aujourd'hui nous sommes allés nous balader à la conquête des lacs et des cascades dont la beauté est à couper le souffle. C'était absolument grandiose... On vous racontera la prochaine fois !

Nous rentrons début Juillet en Bretagne. Nous restons une dizaine de jours aux Açores, pour souffler un peu, bichonner le boat (le moteur nous a encore fait une grosse grosse frayeur aujourd'hui... on ne sait même pas si la réparation va tenir... pff... pauvre Dav...) et profiter un peu de ces îles magnifiques, qui mériteraient, semble-il, plusieurs mois de découverte. Vu l'échantillon d'aujourd'hui, on veut bien le croire... !

Kenavo !


Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site