Transat II. Dans les starting blocks vers les mouettes

Transat II. Dans les starting blocks vers les mouettes. Lundi 29 Avril 2013, 23h, heure locale!

Amis marins, bonjour !

Oui, car maintenant, à nous lire, vous avez un peu le pied marin, n'est-ce-pas ?! Nous entamons dans quelques heures notre transat retour, donc interro surprise dans 3 semaines pour réviser les fondamentaux. Près, portant, pétole, piaule, choquer, border. Ok?

Ça y est, nous sommes plus que jamais dans les starting blocks de la transat. Nous sommes à Marigot, côté français de St Martin. Après une nuit à Philisburg, nous nous sommes retrouvés ici, en boudant un peu. Je voulais retourner à Grand Case, un mouillage sympa, où j'étais déjà allée quand j'étais hôtesse, sans mes russes (on les avait déjà virés !).
Mais finalement, ce n'est pas si mal ici, et les approvisionnements sont aussi avantageux côté français que hollandais, donc nous sommes restés ! En plus, on a rencontré (grâce au blog!) un monsieur qui nous a proposé de nous prêter sa voiture pour faire les courses, ce qui nous a facilité la vie. Merci Jean Claude ! Il nous a invité à manger chez lui, et Tos en a profité pour prendre un bain dans sa mini-mare de 1m³,  sans convenance pour les trois jolis nénuphars qui n'avaient rien demandé à personne. La honte.

Nous sommes donc à Marigot depuis 5 jours, et nous sommes maintenant prêts.

Tout est ok.

Nous sommes lourds de près de 400 litres d'eau, en bidons, en bouteilles ou en cale, pour 25 jours, pour 3 personnes + 1 chien. Soit 16 litres par jour ; soit 4 litres par jour et par personne (Tos comprise), pour boire et cuisiner. Pas dingue non plus. Mais nous faisons la vaisselle à l'eau de mer, et une croix sur les douches à l'eau douce !

Les cales tribord font quant à elles tanguer le bateau vers la droite; alourdies par 8kg de pâtes, autant de riz, du pâté pas cher, du cassoulet tempêtes et un peu de rhum arrangé...


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Nous étions au mouillage jusqu'à avant-hier. Un spot assez sympa, où l'eau est turquoise. Et assez protégé. Mais attention à la grosse houle qui rentre parfois, comme avant-hier matin : une très grosse houle, qui ballottait tous les bateaux, mais sans un pet d'air ! De minis raz-de marée, selon notre guide des Antilles. Impressionnant. J'en avais mal au cœur, j'ai même fait un petit gerbouillis. Hop. Et Jérem, avec sa cuite de la veille, n'était pas au top non plus !

Nous sommes au port depuis samedi soir, pour nous coller bord à bord à Farol ! On avait prévu juste un soir, pour faire le plein d'eau. Ça a viré en nuit supplémentaire !

Farol, avec à bord une autre dream team de Morlaix, rencontrée à Pointe à Pitre, en Guadeloupe. Avec Isa et Ronan, et leurs trois enfants: Marin 16 ans, Louise 13 ans et Jeanne 11 ans. Allez sur leur blog (tapez Farol Feeling 446) ; ils ont visité quasiment tout l'arc antillais, et on se marre bien à les lire ! On était trop contents de se revoir !! Ronan et Marin partent deux jours après nous pour la transat ; on s'est donné RV aux Açores … avec les filles qui les rejoignent!

Voilà, et c'est donc « Apéro point Météo » tous les soirs, depuis 4 jours, avec Farol, Jeudemer, Fabien (un skipper de la Rochelle super) et d'autres marins comme nous, dans les starting blocks. Pour confronter les derniers avis, les derniers fichiers gribb (prévisions météo annonçant les vents, l'état de la mer, etc.). Mais personne n'est dupe ! Car c'est bien sûr pour se trouver et se retrouver !! J'adore cette ambiance.

Avant hier soir, on a mangé avec Wilfried et mes québécois, que j'avais rencontré dans mon aventure russe, coke and putes. Do you remember ? J'étais trop contente de les revoir !!! C'était l'équipage du deuxième bateau avec qui je faisais le charter en tant qu'hôtesse (officiellement charter kite surf, mais qui surfait sur autre chose). Ils m'avaient accueillie quand j'avais débarqué, au début - avant que les russes ne se barrent à leur tour.
Bref. Trop bien, j'étais super contente ! Dav me dit que Wilfried est le gagnant top chef 2010, j'ai oublié de lui redemander, mais dans tout les cas c'est une pointe, un truc du genre ; c'est pas la classe ça, non ? Enfin, peu importe, ils sont super, toujours la banane, et ce fût encore une belle rencontre.

Voilà, et ce matin, on se réveille tranquillement. Moins frais que prévu, à cause de cet apéro ponton qui réunît hier soir tous les bateaux en partance pour la transat !

Nous partons dans quelques heures, cet aprèm ; après les derniers courses de frais et une grande balade pour Doudou la frite, qui doit se dégourdir les pattes. Le prochain caramel, ma loulou, ce sera au milieu de l'Atlantique ! Profite des effluves délicieuses des trottoirs calcinés!

Kenavo.
Dav, Jérem (qui fait la transat retour avec nous, pour ceux qui n'avaient pas deviné pourquoi il nous suit depuis la Guadeloupe: ça fait un super copain et des bonnes guibolles en plus!), Tos, la famille cafards au complet et moi même vous souhaitons un bon mois de mai, et vous donnons RV à la fin du mois aux Açores.

Souhaitez-nous bon vent, bonne chance. Les conditions météo semblent clémentes (un peu trop même, au début, mais on préfère la pétole à la piaule!). On va y arriver. Un petite pointe de stress commence à pointer. Mais on est surtout excités comme des sauterelles en rût. Toute la journée d'hier, c'était la bonne humeur, à fond, pendant les derniers préparatifs. Ça va le faire !!! Allez !!!
Nicole, pas de panique, ton fiston est entre bonnes mains. Jeudemer est un super bateau, et on est maintenant presque suréquipé.
Monique, pas de panique, ton fiston est entre de bonnes mains. J'ai mon bouquin de Xavier Maniguet « Survivre. Comment vaincre en milieu hostile », un pavé de 500 pages, mon livre de chevet. Je suis opérationnelle pour toute éventualité.
On n'est peut être pas de grands marins, mais on n'est pas si branques.
La mer peut être dure, mais on est confiants. En nous trois, en Jeudemer, en la vie !!

Bisous. A bientôt !




H+10
Faux départ...

Tôt ce matin, alors que je me battais avec la connexion internet afin de publier ce billet, les gars déboulent au bateau, après avoir pris le café chez Fabien: « Marie. Bon. Y a du grabuge. Changement de programme. On ne part pas aujourd'hui. » Hein ?

A chaque jour son bulletin météo, à chaque jour son changement de pronostics. Alors qu'on envisageait une fenêtre météo peinard... plutôt à la cool, durant les premiers jours... voilà que des nouvelles du front des Açores nous font revoir nos plans.

Une grosse dépression cartonne en ce moment vers cette région - chose que nous savions ; mais cette progression devient inquiétante. Et nous apprenons qu'un bateau est actuellement porté disparu au large des Açores : Grain de soleil, un bateau de Lorient. Avec à son bord un équipage de 3 personnes, qui ont déclenché leur balise de détresse mercredi dernier. Les recherches ont été suspendues officiellement hier, après 4 jours de recherches. Un gros coup dur pour tous, amis de cet équipage ou marins anonymes que nous sommes. Cela nous rappelle malheureusement que nous sommes peu de chose face à cet élément grandiose. Et ça nous fout un peu les glandes; de trouille un peu, mais de tristesse surtout. Mais les gens se mobilisent pour continuer les recherches, à terre comme en mer. Il y a une page Facebook si vous souhaitez soutenir leurs amis qui se mobilisent. On apprend aussi que ce mec rencontré à Pointe à Pitre ; sur son petit muscadet de 6m50, parti début avril ; est actuellement en train de se battre dans des vagues de 10 mètres et du force 10-11 (méga-tempête), en faisant des roulés-boulets dans les vagues. Il avait acheté son iridium la veille du départ. « Bah ouais, bon, c'est vrai que c'est quand même pas mal ! » Bah tiens... On pense fort à lui aussi...

C'est dur... Je me rappelle de ce débat que j'avais avec un marin, qui critiquait les timbrés qui traversent l'Atlantique sur des coques de noix (pardon, c'est une image et non une insulte), comme Tara Tari avec Capucine. Il arguait que c'était une inconscience, que c'était mettre la vie des autres en danger que de partir dans de telles conditions. Que l'issue était bien souvent fatale et provoquait égoïstement la mort des secours. Mais nous aussi, en quelque sorte. Nous avons beau être équipés, nous sommes plus ou moins démunis devant des phénomènes si exceptionnels. On est des timbrés aussi, pour d'autres...

Mais...

Que dire...

Rien.


H+14

Nous avons décidés, naturellement et à l'unanimité, que nous partirons finalement avec trois autres bateaux : c'est à dire Mercredi 1er Mai, avec Farol, Fabien sur Black Beatle et un troisième bateau :la joyeuse équipe de Sirocco. Nous naviguerons de concert, et garderons un contact tous les jours, par Iridium. Ça rassure tout le monde, même si on se perd inévitablement de vue. Et c'est plus sympa.

Fabien a la chance d'être conseillé par un routeur professionnel, qui n'est autre que le routeur  de François Gabart, le gagnant Vendée Globe 2013 et champion du monde IMOCA 2012 (IMOCA moi ça ne me parle pas une prune, mais les gars avaient l'air assez épatés). Un routeur, c'est un professionnel en météo, à terre, qui dirige les navigateurs en course au large. Il décortique les fichiers météo et donne les directives et ses analyses. Donc, Fabien nous fait partager ses conseils, ainsi qu'à tous ceux qui partent. Précieux ! De dernière minute, très bonne nouvelle: la dép' au nord semble s'étioler. On nous prévoit maintenant des conditions en or, sur les 14 jours qui viennent. Pas plus de 20 nœuds, du travers. Route directe. Prévisions sur 14 jours. Après, nous verrons.
On se félicite quand même d'avoir acheté ce téléphone satellite (Iridium), à la dernière minute : nous aurons la possibilité de recevoir des fichiers gribb (météo) en plein Atlantique, pour nous prévenir de sales conditions; on sera en contact avec les autres bateaux, à qui nous donnerons tous les jours notre position, à heure fixe ; et le routeur de Fabien a même notre numéro, pour nous prévenir en cas de grabuge. Un ami en Guadeloupe nous suit aussi par satellite et reste vigilant en cas de sale dépression qui nous arriverait sur le coin de la gueule.
Bref. On est plutôt parés. Et maintenant que nous avons ce téléphone, on se dit qu'on est un peu suréquipés :
-Iridium, avec lequel on peut appeler les secours ;
-balise Spot, qui envoie notre position satellite quand on l'actionne (sert pour rassurer ou alerter les amis et la famille, qui reçoivent notre position depuis le début du voyage, quand on veut) ;
-balise AIS personnelle, si on tombe à l'eau ;
-balise AIS du bateau, activée en cas de détresse ...
Bon, on n'est pas mal, là, non ? Un peu too much ? Bof. On revendra en arrivant, et voilà !

Voilà. Et ces quelques heures de répit on été utilisées pour alourdir encore Jeudemer de flotte : nous voilà à 585 litres d'eau douce, oui madame! ; soit 19,5 litres par jour pendant 30 jours (on a augmenté la période de sécurité) ; soit 4,8 litres par personne, en comptant le chien, pendant 30 jours. Pas mal et rassurant.

Car on s'est aussi fait à l'idée d'être déportés à Madère, en cas de grosse dép' à fuir. Donc on prévoit large niveau flotte. Ou à l'idée d'être pris dans un anticyclone qui nous scotche pendant des jours au même point GPS. La flotte, c'est la vie ! Mieux vaut voir large !

Dans l'histoire de départ retardé, j'ai gagné au change : David m'a offert ma première fringue depuis...euh... l'été dernier, je crois. Je ne m'étais pas acheté une fringue depuis plus d'un an! Là, j'ai gagné un short en jean. Wahou. Youpi. Trop contente. Je crâne donc dans mon poum poum short depuis ce midi, car Ronan, du Farol, nous a bien dit de profiter du soleil : « Dans quatre jours, au nord, on ressort les vestes de quart ! » Oh, non ! La grosse E.D.A (Erreur D'Achat) comme dit sa chérie Isa : merde ! Moi qui pensais me faire la transat avec !


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Le short de Dav (porté à St Barth, et jeté enfin à la poubelle depuis -Alléluia.). Tout ça pour dire qu'en bateau, on use ses fesses sur l'anti-dérapant. Un bon short en jean est apprécié!


C'est marrant de passer du temps avec Farol ; on se croit déjà un peu en Bretagne, et ça nous fait du bien. Non pas qu'on soit pressés, mais ça nous fait du bien ; juste du bien. On voit les bons côtés du retour !! Et oui, ce n'est pas facile de rentrer, après tout ça. Mais...  les amis, et la famille. Les projets... Les rêves... Les idées... Et ...Ahh !! La bonne bouffe !! Ça y est, on a parlé bouffe. On est foutus! Aah, les palourdes, la pêche à pied ! Attends... Je vois... je vois... Mon fromager du marché de Morlaix !! Et les légumes de Dédé, avec ses lunettes cul-de-bouteilles « Salut ma grande, comment-qu'c'est ?! Allez, prend un sac, travaille un peu » ! Les galettes au St Maure de Touraine de Franck... Le pain crousti-fonfant... Et les huîtres... La blanche pression, le cidre... Le Ty Coz, le Tempo... Et puis... notre boucher préféré, à St Martin... Et puis... Aah !! Stop ! Et Farol, ça nous fait du bien aussi, car ce sont des gens qu'on reverra à Morlaix. C'est foutu ! On n'se quitte plus!

Le bon côté de ce répit aussi, c'est qu'on prend le temps de faire notre travail de « communication » - quel nom ronflant, je plaisante. Mais prendre le temps d'écrire aux amis, et sur le blog.
Et de prendre soin de soi.
Fabien : « -Oh, Marie?! Tu t'es coupé les cheveux ? J'avais pas vu!
-Non non, ils ont toujours la même longueur, je les ai juste lavés.
-Ah ! »
Héhé. Faut dire, au mouillage, on se lave à l'eau de mer, et on se rince succinctement à l'eau douce. Quand il n'y a pas de requins ! Dans ce cas-là, le soir, c'est au seau, point ! Pas de baignade ! Non négociable ! Ah, mais !

Bonne nuit. On vous tient au jus mercredi, avec une petite photo d'avant le départ. Bisous !

Ça va le faire, j'insiste. On pense aux tristes nouvelles d'amis partis (Kairos a pété son étai aussi... il y a une semaine, au large des Bermudes... mais ils repartent, réparés!), ou à ces bateaux en souffrance. Mais on est confiants. On a des conditions idéales prévues pour les 14 premiers jours. Ne vous inquiétez pas. Au pire du pire, on vire au sud (vers Madère) si ça sent le roussi vers les Açores. Ça va le faire!! Et on est à plusieurs bateaux, en contact. Très solidaires. On est bien parés!! Bon d'accord, c'est pas les Quarantième rugissants. J'en fais peut être un peu trop. C'est"juste" un Atlantique retour. Mais nous n'oublions pas que la mer est rude. Mais on est quand même opés, équipés, entourés et il faut vous rassurer!
Et on est hyper motivés. De vraies sauterelles, vous dis-je. En rût, en plus. Imaginez...

La bise!!! Kenavo!

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