Transat. Le récit!

Transat. Le récit!

19 jours et demi, du Cap Vert à Pointe à Pitre, Guadeloupe (non, non, pas 20 jours!)


Compteur dorades : 7
Compteur thon: 1

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Thon blanc, la dernière nuit de la transat, comme un cadeau! 65 cm de bidoche fuselée comme une torpille!


Compteur milles : environ 2150 milles, soit près de 4000 km
Hauteur vague maximum subie: 5 mètres
Vitesse maximum, subie aussi: 12,7 nœuds, sous GV 3 ris!!!!  Aïe!!
Compteur nuits pourries: 10 sur 19.
Record escargot dans une journée: 14 milles!!! Soit moins de 26 km en 24h!!! 1 km par heure... On a même fait marche arrière!


Voilà, la transat n'est plus une chimère pour nous. C'est fait, et ce n'était pas siiiii terrible, après coup. Enfin, vite dit! Voilà 2 jours qu'on s'en est un peu remis, mais on n'oublie pas pour autant qu'on en a un peu bavé. Le dos et les jambes commencent à se faire oublier et nos cycles biologiques se réadaptent à celui des terriens. Fini le rythme céleste, mais fini aussi celui de la houle croisée!! Merci!

Ce n'était pas une nav' comme les autres, évidemment, surtout par le fait de l'endurance. Il fallait tenir, pour une durée plus ou moins indéterminée. Le temps y était suspendu, les crépuscules succédaient aux crépuscules, et, entre eux, de l'eau, de l'eau, que d'eau. Aucun repères, si ce n'est notre journal de bord et notre point Gps que nous reportions religieusement tous les jours, à 16h, sur notre carte papier.
Sur ce journal, nous notons par exemple nos coordonnées géographiques, l'état de la mer, les évènements (virements de bord, pêche d'une dorade, casse, cap...)... J'explique, car tout le monde ne sait pas comment fonctionne un bateau, une croisière, ou la vie à bord!

D'ailleurs, avant de vivre cette transat, et surtout de vivre ce voyage, je me posais des questions cons, parce que je n'avais jamais vécu plus d'une nuit en bateau en pleine mer. Par exemple:

"Mais... Comment ils font pour...
1) pisser ou autre quand il y a une tempête? Faut-il fermer les vannes des toilettes? (deux écoles se confrontent)
2) faire à manger par gros temps?
3) gérer les déchets? Peut-on envoyer par dessus bord une boîte en fer blanc, ou mieux vaut-il la débarquer sur des îles pauvres (qui ne disposent parfois pas de ramassage ou de tri ou de déchèt?)
4) peut-on attraper le scorbut en 3 semaines?
5) comment on réagit pendant une grosse tempête? Ou un orage? Qu'est-ce-qu'il faut faire?
6) en cas de pénurie de protéines, est-il possible de bouffer du chien, vieux de 10 ans, sans risque d'intoxication alimentaire? "
Etc. Vous aurez la réponse pour quelques-unes de ces questions existentielles, au sortir de cette lecture. (Qui sera longue, j'ai été très bavarde. Pour une fois qu'on peut parler sans se faire interrompre, hein!)

Nous y voilà! Le quotidien, le croustillant! Comment ça se passe, au milieu de rien, parfois malmenés par la mer et les nerfs?


Enfilez votre marinière et vivez un moment exclusif d'intimité avec Jeudemer en transat!


La transat, c'est comme dans la vraie vie, il y a des jours "in", et d'autres qui se passent de commentaires.



Commençons par la journée-type "lever du pied gauche".

7h. Le jour se lève, Marie aussi. Elle comptabilise les bosses reçues durant la nuit, dans la bannette, ballotée entre la cloison et l'étagère bâbord. La houle est grosse.
7h05. Vérification générale. On compte les absents:
Tos: présente. (ronfle dans le cockpit)
David: présent. (ronfle dans le cockpit. mais c'était son quart.)
7h06. Marie fait du café, dans la jolie cafetière italienne.
7h12. Le café est prêt, mais est déjà par terre.
7h32. Le café est enfin servi, bien coincé dans l'évier. Au tour des biscottes: Marie, bien ancrée sur ses jambes, le dos collé à l'étagère à épices, utilise sa main droite pour attraper le beurre, le fromage et les biscottes, et une orange, puis chope la confiture à l'aide de la main gauche; se retourne dans un mouvement savamment étudié, pour évoluer vers l'escalier sans tomber, mais se retrouve soudain larguée par une vague scélérate, sur la table à cartes, les quatre fers à l'air.
Compteur bosses: 7+1=8.
7h40. Petit déjeuner au lever du jour, merveilleux. Mais où est le soleil? Poussez-vous, qu'il s'y mette, sales nuages!
7h41. Mince, l'orange est pourrie. C'était la dernière.
7h42. Finalement on ne mange pas, personne n'a faim. Tant mieux, car le paquet de biscottes est déjà en miettes, pulvérisé sur Dav et Tos.
7h53. Dépitée, Marie retourne se coucher.
8h03. David commence la journée. Il retrousse ses manches pour effectuer une tâche rigoureusement quotidienne: nettoyer le cockpit. Pas de chances, cette nuit-là Tos a pissé sur son tapis. Odeur atroce.  
8h30. Dav se renfrogne. Il y a trop de houle, il ne peut même pas bricoler.
8h32. Dav s'énerve: Tos vient de pisser sur son tapis, en regardant Dav droit dans les yeux, alors qu'elle venait de faire sa petite promenade de santé juste avant pour poser son caramel. L'aspect pipi-caca-passavent n'est pas encore très bien intégré (On est au deuxième jour. Il y a encore de l'espoir.)
8h40. Dav menace Tos de l'échanger contre un caniche si ça continue. "Pense aux chiens qui sont au chenil!"
8h45. Dav jette l'éponge et retourne effectuer son quart... en dormant.

10h. Dav est réveillé par Tos qui lui demande si, par hasard, il ne voudrait pas la débarrasser du poisson volant qui vient de tomber dans son lit et qui l'empêche de pioncer à cause du frétillement. 


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Poisson volant! On en retrouvait tous les matins sur le pont, souvent desséchés; on arrivait rarement à les sauver!


14h! Déjeuner! (Marie à la cuisine) Nouilles chinoises immondes pour plâtrer les estomacs . Peu concluant, ce sera la première et la dernière fois. La moitié finit pour Tos.


15h. Marie fait du pain!


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Marie's bread!


17h. Une touche à la pêche! Mais on va trop vite... l'hameçon casse!

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Un joli croc!


18h. (Marie à la cuisine) Le pain sort du four, c'est du béton armé. 250g qui tiennent dans la paume de la main. C'est la faute à la farine bio! Trop complète! 

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No comment!


19h. (Marie à la cuisine) Soupe lyophilisée. On arrive quand même à en mettre partout.
19h15. On prend un ris (on ôte de la surface de la grand-voile), ça secoue trop. Il fait nuit, on allume le feu de hune pour nous éclairer, mais il choisit de rendre l'âme à cet instant; Marie vient de perdre sa lampe torche, et celle de Dav est introuvable; pas de lune, génial! On voit que dalle.
19h30. Marre de la houle, marre!!!
21h. Nuit, non pas noire, mais grise. On n'y voit rien pour autant. Nul. Pas d'étoiles...
22h. Nuit atroce qui commence encore. Beaucoup de houle, mer croisée. Marie prend son quart, les paupières luttent déjà. Elle ne dormira pas 1 h dans la nuit, toujours sur le qui-vive d'une méchante vague, ou d'un vent farceur. Ou d'une casse. Dav arrive à dormir un peu, malgré les bruits. Imaginez, les bois qui craquent (escalier, cloisons, étagères), la vaisselle qui tinte, une bouteille mal calée, une pile qui roule... la chasse au bruit est ouverte!


Journée-type "paradis":
7h. Le jour se lève, la houle est belle, longue, agréable.
Nuit cool, tout le monde a pu dormir au moins 5/6 heures! On a dormi ensemble, car la mer est calme et les vents doux et réguliers. Raymond barrait pour nous! On se levait parfois pour vérifier que tout allait bien. Mais nous sommes au milieu de l'Atlantique, et il n'y a vraiment personne!! Nous avons un récepteur AIS, et une alarme sonne quand un cargo est aux alentours (c'est un outil formidable, qui nous a déjà sauvé de la mouise et du stress plusieurs fois, en plein brouillard!!)
8h. Café au petit jour!
9h. David dessine au soleil. Marie lit. Tos fait sa balade. Guette les éventuels dauphins.


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La belle vie!


10h. Douche générale!!


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Doudou à la douche!


Et un petit masque à l'argile verte! Oui oui!


11h. (Marie à la cuisine. Mais attention, c'est son bon jour!) Tarte aux pommes et tarte au thon.


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Tartes for ever! Notez mon tablier Patato Pete! British grow!


12h. On pêche une dorade!


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Magnifique!!

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Elles semblent toutes plus turquoises ( et un peu plus petites!!) que celles pêchées au large de l'Afrique!

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On a arrêté de pêcher à la fin, tant ça mordait bien! On ne suivait plus le rythme!


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Filets de dorade séchée


13h. Déjeuner délicieux de tartes!
14h. Sieste!
15h. On écoute "la tête au carré"! Pendant que Dav bricole, Marie bidouille et Tos mâche un filet de dorade séché raté et moisi.
Jeu de mer ne va pas vite, mais avance sûrement, avec 4,5 nœuds de moyenne. Ça nous va.  (L'idéal pour nous, pour info, c'est 6 noeuds!)

16h. Une aigrette vient nous tenir compagnie. La pauvre est exténuée et complètement perdue.


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Ici, Cunégonde; la veille c'était Ernest, nos seuls visiteurs de la transat!


18h. Goûter! Un crumble, une mousse au chocolat ou une tarte au citron? Tout maison, bien sûr!!
Ou apéro?! Ti punch pour se mettre à l'heure antillaise! Accompagné d'un mini riquiqui paquet de cacahuètes retrouvé dans la boîte "apéro"! Merci belle-maman!
19h. Dîner. Au menu: dorade coriphène fraîchement pêchée; en carpaccio pimenté en entrée; puis panée avec des patates sautées; avec une petite sauce oignons, beurre et vinaigre de cidre à tomber par terre (Dav à la cuisine!) Ou pizza maison?

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Pizza et crumble dans la houle, calée entre l'escalier et le plan de travail. Sport. Zen attitude de rigueur.


20h. On se mate un film délirant.
22h. Marie prend son quart (c'est souvent moi qui commence la veille de nuit! Dav digère et ronfle!) Ce quart se résume en peu de choses: surveiller Raymond (c'est lui qui barre), avoir à l’œil les nuages menaçants, apprendre les étoiles, et faire acte de présence. La nuit est douce, la mer est belle, Marie écoute PJ Harvey sous les étoiles ou chante atrocement du Bourvil (BzzzBzzzzBzzz les abeiiiiiiiilleuuuuuhs!) et la vie est belle!!!


Voilà qui démystifie un peu la chose? Parce que je ne vous ai pas encore raconté notre premier baptême mini tempête!  Et parce que nous avons à bord un régulateur d'allure et un pilote automatique qui barrent pour nous. Ce qui fait que nous avons toujours les mains libres. A deux, ce n'est franchement pas du luxe. Cela nous laisse la vie douce quand il n'y a pas de gros temps ni de manœuvres à faire. Actuellement, je me demande si il y a encore des gens qui traversent à deux sans un ou l'autre de ces barreurs formidables, à moins d'avoir une panne électrique ou de perdre le safran de son régul (hein, Greg!) ou d'être franchement courageux, ou tarés, ou aimer le challenge! Nous, en tout cas, on aime nos mains libres et on félicitait nos coéquipiers tous les jours!

Et un régul, c'est bien pratique quand il ya des grains, des pluies diluviennes où tu laisses même pas ton clébard dehors!


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 Tos, heureuse, malgré la tronche qu'elle tire, de revivre un crachin breton!


Il barre pendant qu'on attend à l'intérieur (pas toujours, rétablissons la vérité.) On a vécu notre premier gros grain avec allégresse, tous nus sous la pluie, en sortant le gel douche! Et hop! Lavez-moi tout ça!!


Facile, alors, la transat! N'est-ce-pas. On ne barre pas, on se laisse aller par les vents porteurs. Quelques petites manœuvres, histoire de dire qu'on est le patron; on pêche, et on se la coule douce.

"Vous avez fait le plus dur jusqu'au Cap Vert!" (David, le brésilien.)
"Je préfère traverser l'Atlantique que la Manche" (dixit François.) "Des tempêtes? J'ai jamais eu d'tempêtes! Et jamais plus de 30 nœuds sous les grains!"
"Les alizés sont établis, du 20-25 nœuds, pas plus!"(Laurent)
"Vous allez vous régaler" (Quentin!)
Tous ces copains nous avaient démystifié la transat, que nous attendions fébrilement mais que nous redoutions un peu! On est partis plus sereins! "C'est l'autoroute, j'te dis!" Ouais.

Fallait pas compter sur nous pour faire comme tout le monde! Pour nous, la transat, ce fut aussi du près, de la tempête orageuse, du 50 nœuds dans ta tronche, et de la grosse pétole.
Voilà, parce que sinon ce ne serait plus de l'aventure et ce serait moins drôle à raconter.

Avant notre petite tempête, survenue le 10ème jour, on s'était farci 5/6 jours de grosse molle (comprenez, copains terriens qui ne suivez pas tous vos leçons: molle=pétole=pas de vent). Une nuit, nous avons même reculé avec le courant inversé. Ah? On ne m'avait pas dit qu'un courant continu de 2 nœuds minimum partait de l'Afrique aux Antilles? Pas pour nous! On retournait au Cap Vert!! Ces 24h là, nous avons fait 14 milles (à peine 1km par heure). On aurait gagné à y aller à cloche-pied.

Voilà donc comment, au 8ème jour de notre traversée, nous n'étions même pas à la moitié du parcours! Nous avions pourtant commencé fort, les premiers jours; déjà dans le goulet entre les îles cap verdiennes: vent de 30-35 nœuds, la mer qui lève et les vagues violentes qui nous obligent à fermer la descente (la porte pour accéder à l'intérieur). C'était déjà de la haute voltige, avec un génois tout neuf qui envoie vraiment du steak... tellement puissant qu'on a du réduire vite, et ça, ce fût épique, car on coinça le bout ... je vous épargne les détails, (merci le nœud de bosse) mais on a commencé sportivement pendant 2 jours! Puis 5/6 jours de pétole... Oh! On ne désespérait pas le moins du monde! C'était nos journées paradis. On prenait le temps de lire, s'instruire de savoirs essentiels (savez-vous comment mangeaient les grecs au -IVème siècle? Ou comment font les oiseaux pélagiques pour boire de l'eau? Maintenant, on sait!), réviser les nœuds (de bosse! merci Mathilde! il nous a bien sauvé, plus d'une fois!) et des bons petits plats (ma première chantilly!)... On avait prévu de l'eau pour 1 mois et de la bouffe pour 2 (si on acceptait un menu de riz aux pâtes et pâtes au riz le deuxième mois). Donc no panic. Puis survint notre orage, qui bouleversa notre petit rythme pépère!

On s'étonnait que le vent, jusque là N-E ou Est, se mette, durant 2 jours, à changer continuellement de direction, passant Sud, S-O... On s'arrachait les cheveux sur les pronostics, révisait le chapitre météorologie des Glénans, vérifiait constamment la pression qui restait tout de même au dessus de 1016hPa... pas de quoi s'affoler. A moins que ce soit une très grosse dépression... Puis, une nuit, je lève Dav: j'ai vu des éclairs au loin. "Mais non ma chérie, souviens toi, ça fait comme en Casamance.. le ciel est chargé d'orages au loin, à des centaines de bornes... c'est rien!" Ok. Le matin, un petit grain pas méchant (un grain, c'est un gros nuage qui apporte son lot de pluie et de vent!).


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Y a un grain!


Le ciel est dégagé, très peu de vent.  Dans l'aprèm, ça se couvre, mais en face de nous; bien devant, les nuages sont noirs... mais ils ne viennent pas sur nous...

On guette, et on fait les andouilles.


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Tenues de combat


Puis soudain, rotation du vent, en 2 minutes, 360°. Tout nous déboule dans la tronche. "Marie, il arrive!" Ah.

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Au tout début de l'orage. Et c'est encore calme! La pluie va commencer à tomber à l'horizontale.


Le festival commence. Tout devient gris sombre. Les éclairs, assez lointains jusque là, nous frappent tout près, à nous faire tressaillir. Tout s'illumine. Le vent monte en 10 minutes, de 10 à 50 nœuds (90km/h). On ne voit plus à 30 mètres. La pluie tombe à l'horizontale. Heureusement, la mer ne lève pas. Sous la violence du vent, elle est littéralement aplatie. Et les rafales de 50 nœuds ne durent pas plus de 15/20 minutes; le vent descend aux alentours de 25/30 nœuds entre deux colères. Du coup, la houle n'a pas le temps de grossir. Car, si Dav redoutait la foudre, moi je lorgnais la houle: c'est le pire. Le vent nous effraie moins qu'une mer déchaînée. On aurait pu se mettre à la cap (on garde les voiles et on met la barre à contre, on se met face au vent: c'est une manœuvre de tempête, d'attente: le bateau dérive, mais n'avance plus par la force des voiles: il se repose, et l'équipage aussi!) Mais nous avons finalement coupé l'électronique, et avancions au moteur, à sec de toile (on avait affalé les voiles dans une rafale monstrueuse!). Après coup je pense qu'on aurait dû se mettre à la cap, pour garder le bateau et les voiles disponibles au cas-où, mais bon, sur le coup... Et on a passé 20 heures blottis à l'intérieur - qui était trempé d'ailleurs! Par moments, les éléments redoublaient de violence... Des éclairs pétaient vraiment tout près...

Je lis donc la bible (pas la vraie, on n'en était pas là!) de la voile: le cours Glénans.
Page 168:
"-Les situations orageuses. Ici tout peut arriver. " Cool. Ça commence bien.
"-Si la coque est en plastique ou en bois, il faut prévoir dès la construction du voilier une liaison entre le gréement et la mer. " Oups. Euh, on est comment niveau "liaison"? Tu sais pas. Bon, oui, c'est ça, enroule la chaîne autour du pied de mât pour le relier avec les vis de quille, ça ne fera pas de mal.
"-Mais rassurons les plaisanciers. Le foudroiement direct est rare." Ah!
"-Un mât tout seul n'attire que très peu la foudre." C'est quoi très peu?
"-Les spécialistes admettent que le meilleur des paratonnerres n'attire la foudre que dans un rayon au mieux égal à trois fois sa hauteur." Traduction: Nous avoir mât de 15 mètres, donc nous pas avoir peur si foudre passe à plus 45 mètres, foudre pas déviée par mât. Si les experts le disent...
Et.. c'est tout? Mais qu'est-ce-qu'on risque? Si ça nous tombe dessus? Ça crame? Ça tombe? Ça explose? Oh! Mais c'est pas vrai. Ils sont nuls, tiens. Je vais leur écrire une lettre si on n'en sort pas carbonisés.
Ceci dit, je blague, mais vraiment nous n'étions pas du tout paniqués. Moi, en tout cas, du moment que la houle restait peu forte. Dav, je crois qu'il redoutait quand même la foudre. On prenait notre mal en patience. Et on comptait les éclairs. Toutes les 2 secondes, voire moins, au plus fort de la bataille. Puis ça s'éloignait, plus que toutes les 4 secondes, c'est bon signe, ah, non, ça revient... Bon. Voilà, une nuit un peu éprouvante! Mais, alléluia, le lendemain, vers 11h, ça c'est définitivement éloigné... On était heureux et épuisés!

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Le lendemain... oh, les cernes!


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Après la pluie, le beau temps!


Rangement, séchage... et réconfort! Finalement ce n'était pas si terrible, mais on est restés longtemps sur nos gardes!

Puis on s'est tapés 4 jours de houle atroce. Trois houles croisées, parfois des murs de 5 mètres... On était comme un petit bouchon. On prenait une vitesse folle dans les surfs - jusqu'à 12,7 nœuds avec juste notre Gv sous 3 ris (voilure minimum) , c'est dire!!! Record absolu pour Jeudemer. Puis une houle travers nous stoppait net. Bing.

On a cru coucher le boat une fois, parti dans une grosse vague. Le pilote a décroché, je me suis jetée sur la barre pour éviter d'aller au tas, pendant que Dav, à la manœuvre au pied de mât, s'est retrouvé à 90° au  dessus de l'eau, se tenant aux haubans pour ne pas passer à la baille. Heureusement que la politique "qui sort du cockpit s'attache" était bien respectée!

Et jusqu'au bout, on se sera fait malmener par la houle, même si elle se résorba un peu les derniers jours. C'était vraiment épuisant. Bam... Bam... Tout prenait un temps fou, et était d'une difficulté... Faire à manger.. se déplacer... pisser... faire pisser Tos! Toutes les 2 heures! Petit tour sur les passavents (les côtés du pont). C'était épique parfois! Mais elle était incroyable, stoïque! Et toujours adorable. Ah si, une fois, on a bien ri: le signe qu'elle même avait les nerfs qui commençaient à sérieusement flancher: elle, qui ne grogne jamais, qui jamais ne s'est plainte de toute la nav, pas un gémissement... elle a fini par quand même engueuler un jour son coussin, qui avait eu le malheur de ne pas être bien droit. On a ri! Pauvre bête.

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Tos à la manoeuvre. Réalisé sans trucages.


On s'est demandés si on était pas un peu chochottes, quand même. Tous les copains, partis avant, ont eu l'air d'avoir tenu le coup pour leur transat! Nous, on avait le moral (bon, on flanchait parfois, dans une vague trop perfide! "Merde! Non!! J'en ai marre marre marre!! Pas la confiture à la fraise de la maman de Jérem!!! Non!!!" Sacrilège! Ce suc béni des dieux!! Qui a fini à moitié par terre, mais qu'on a quand même fini à la petite cuillère!!) mais le corps prenait cher. Un bateau rencontré aujourd'hui, parti au même moment que nous et arrivé le même jour, a vécu le même orage et éprouvé les mêmes sensations post-oragesques (c'est un nouveau mot de scrabble). Ce sont des mecs bien balèzes pourtant! Mais ils m'ont avoué qu'ils en avaient vraiment bavé aussi et qu'ils sont épuisés!! Bon, on n'est pas si Cucu la Praline alors. Ouf!

Cependant, il faut reconnaître qu'on a vraiment été épargnés par la casse. Rien de grave, rien d'essentiel. Que des bidouilles.


Aujourd'hui on va bien! Mais David a souffert de la houle. Ses genoux blessés n'ont pas supporté les manœuvres difficiles et la constante sollicitation d'équilibre... ça va mieux aujourd'hui, mais on en est venus à revoir un peu nos ambitions. On va sûrement faire la transat retour, plus sportive, avec un ou deux copains en plus, pour soulager ses pattes folles! Ce qui ne nous déplaît pas du tout comme idée, au contraire, ça peut être sympa de partager ça. On a quelques copains dans le collimateur!!

Voilà. Bilan: des abdos d'enfer, avec cette houle. Et une super pêche. On est fiers de l'avoir fait, quand même!

Le programme maintenant: on ne sait pas. On attend toujours notre grand-voile, qui devrait arriver d'ici quelques jours. On reste au port encore demain, après on ira sûrement au mouillage.

Dav bricole depuis deux jours, et n'arrête pas de dire "c'est cool ah c'est cool", trois fois dans la même phrase. "Pourquoi c'est cool? T'as l'air tellement content! -Bah oui, je peux enfin bricoler." Sotte. J'aurai du m'en douter...

Hier, on a été invités à manger une galette des rois et à boire .... du CIDRE!!! Puis on a été invités à manger dans la foulée par Denis et sa bande d'amis, un mec rencontré à Mindelo, avec qui j'avais tout de suite accroché... On était aux anges, c'était trop sympa! Trop bien. Et on mangé du fromage!! Et on a aussi revus des gens rencontrés aux Canaries, qu'on aimait bien... On fait de belles rencontres parfois, c'est vraiment stimulant... Et là encore, Denis nous a fait rêver sur une destination ... où on ira peut être.. c'était pas prévu... mais chut... On réfléchit.  On vous redit ça! A voir...

Sinon on ira voir Naïa en Martinique, et Yoyoproject (Sao paulo), et Kairos, et visiter un peu. J'ai soif de randos!!! Mais on ne traînera pas trop.
On ne bossera pas finalement. On rentre dans 3 mois en France, pardon, en métropole. On bossera dur en France. Et c'est tout. On tiendra, si on se sert la ceinture, et si on ne vit pas de coup dur... mais on ne revivra peut être jamais ce voyage. Alors on a décidé d'en profiter. Car trouver du boulot n'est pas si simple ici... Et oui...

Voilà! On vous laisse là, et chapeau si vous avez tout lu d'une traite! Parce que j'ai été bien pipelette!!
Bises à tous!!

Et, vraiment, merci pour tous vos messages, qui nous donnent du baume au coeur et qui nous motivent à écrire!


Pour le final, on a voulu vous faire des photos de notre arrivée en Guadeloupe!


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Mais bon, y en avait pas une pour rattraper l'autre. Alors on a arrêté. Mais c'est surtout qu'on s'est pris un grain monstrueux juste dans le chenal pour aller au port... on ne voyait plus à 20 mètres.  Ca nous a calmé direct!


Voilà, on vous embrasse fort! Kenavo!

PS: Dav a commencé à mettre des vidéos! Il était temps qu'on s'y colle!




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