Transat retour, 1er round. Antilles-Bermudes

Transat retour, 1er round. Antilles-Bermudes.

A l'heure où je tape ces lignes (Lundi 13 mai 17h H Bermudes), je suis nonchalamment posée devant ce panorama grandiose et désert, offert à moi toute seule !


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Et pour Tos, qui se roule dans l'eau turquoise entre la chasse au poisson-perroquet et au bécasseau. Les gars sont partis en groupe pour une visite de grottes cristal réputées extraordinaires, pendant que je fais du doggy-sitting. Je sirote actuellement un « Magners » Irish Pear Cider pour noyer mon chagrin, renouer avec le continent celtique et afin d'y puiser l'inspiration de l'écriture ; inspiration qui semble avoir quitté mon âme, O rage O désespoir. Nous verrons à la fin de ce billet si les 4,5% d'alcool de cette boisson des dieux m'auront été efficaces.

Mince. A peine ai-je glorifié les fées celtes qu'une fine averse me tombe dessus. J'ai imploré l'influence divine celtique, non pas l'enthousiasme des nuées bretonnes ! Vite. Repli stratégique au bateau.

Normalement, nous devrions être à cet instant même au milieu de l'Atlantique, essuyant grain sur grain, en veste de quart, par 10°C, la goutte au nez. Au lieu de cela, nous avons atterri sur une île aux charmes insoupçonnés. Un vrai coup de foudre. Nous sommes en train de vivre, par le plus grand des hasards, une des plus belles escales de tout notre voyage atlantique.

Une escale absolument imprévue. Nous avions imaginé être obligés de nous déporter sur Madère, si les vents étaient devenus trop mauvais. Mais les Bermudes..? Tout juste si nous sachions les placer sur une carte. Un nom fantasmé qui raisonnait de tempêtes magnétiques, de bateaux fantômes et d'avions disparus en pléiade dans une mer infernale et jalouse de son mystère.

C'est étrange de débarquer dans un univers complètement vierge de toute image, de toute idée géographique ou référence historique.

Cela fait trois jours que nous y sommes arrivés ; on adore ! C'est une île magnifique ; les gens sont avec nous adorables, vraiment sympas ; on se régale. J'ai tellement envie de vous raconter nos trois derniers jours ! Mais je vais me coller avant tout au récit de notre mini-transat !!

Un périple St Martin-Bermudes qui ne fût pas un record de vitesse absolu. 9 jours ½. J'en vois qui rigole !

Nous étions donc partis de St Martin, des Antilles, un beau matin (euh... midi) de 1er Mai, la joie au cœur, pleins des good wibes. Nous étions partis en duo avec Farol (opérationnel dès 9h du mat'...) ; les copains des autres bateaux nous larguant les amarres. Très vite, on perdit Farol, qui fila comme le vent, nous laissant derrière, vexés comme des poux. « Attends voir qu'on ôte un ris, bande de moule, tu vas voir » ! La menace ne prît jamais effet.


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Départ en duo avec Farol

Deux autres bateaux partirent deux heures après : Fabien et ses deux équipières Hélène et Flo, le tout sur Black Beatle ; et une brochette de trois potes d'enfance : Thibault, Thomas et JP, sur Just sail it (ou Sirocco III). Donc nous étions une flottille de quatre joyeux bateaux à traverser ensemble l'Atlantique. Nous nous sommes tout de suite perdus de vue mais nous communiquions par iridium, pour transmettre nos points GPS respectifs et déclarer que tout aller bien.

Nous sommes donc partis sereins, contents, revigorés par l'ambiance de la veille - cette soirée galettes géniale. Et la météo annonçait des conditions clémentes. Tout allait bien !

Nous avons assez bien marché les 3 premiers jours, malgré le vent qui tomba. Nous avons un bateau qui file bien par petit temps ; nous n'avons donc pas eu à user trop du moteur.

Euh. Enfin... après vérification dans le carnet de bord, je constate que le 3ème jour, nous avons tout de même consommé plus de moteur que pour toute notre transat-aller (14 heures en tout pour l'aller, et encore, c'était en urgence, dans notre orage incroyable!). Donc... oui, c'est vrai. On n'était pas des flèches... Donc on jongla entre voiles hautes, spi (énorme voile légère, sortie par petit temps) et moteur. Pendant 3 jours.


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Spi + Grand-voile


3ème jour : on se ramassa un bel orage, instantané, qui fila aussi vite qu'il arriva. Dix minutes avant de se prendre 35 nœuds, nous étions à 5 nœuds, avançant tranquillement, sous spi. Une bande nébuleuse noire se profilait sur bâbord, mais aspirait le vent faible : elle ne semblait pas devoir venir sur nous. Cependant, notre ludique expérience d'orage atlantique nous mit la puce à l'oreille. En sifflotant, on affala le spi. On prit 2 ris (=on réduisit la grand-voile). On rangea tout ce qui traînait, et attendit (pas longtemps). Deux minutes après, bam ! Le vent monta d'un coup, et tourna violemment. Là où on a mal géré, c'est pour prévenir la tournure si violente du vent, et éviter l'empannage !

Leçon 48 : l'empannage : quand le vent tourne par l'arrière et fait passer la bôme de la grand-voile (GV) d'un bord à l'autre du bateau. La bôme, c'est le poteau horizontal qui porte la GV, et qui est perpendiculaire au mât. C'est très lourd, et la vitesse de l'empannage décuple son poids. J'avais failli passer à l'eau au large de la Mauritanie à cause d'elle. C'est extrêmement dangereux. Il faut être très vigilant. Pour l'éviter, en navigation par vent arrière, on met un « frein de bôme » : sorte de bout qui l'empêche d'empanner sauvagement, en emportant un équipier ou un mât sur son passage.

Bref. Là, absorbés par une manœuvre, on n'a pas géré la bôme. Et en une demi-seconde, empannage : l'écoute de GV (ce qui relie la bôme au cockpit) balaya Jérem, qui se retrouva projeté sur les filières, tandis que je lui tombais dessus, sonnée une seconde par la bôme qui ne m'avait heureusement qu'effleurée. Rien de grave. Jérem s'en tira avec quelques hématomes, et moi une jolie bosse. L'orage passa vite. Dav et moi n'étions pas trop inquiets, parés à notre orage Atlantique Aller de 20 heures. Enfin, du moment que la mer ne levait pas ! Mais il ne dura pas longtemps. Très vite le calme revînt sur la mer grise, et on décida de remettre la toile.

Mais on galéra... le vent tournait constamment, était de force instable... on décida donc de mettre le moteur, pour nous aider. Vroum ! Et là... Horreur. Je vis Dav devenir blanc comme un linge. « Oh merde. Quels cons. » Quoi ? Quoi ? Ah non. Pas le fil de pêche dans l'arbre d'hélice. Pas encore !!! C'est pas comme si c'était la sixième fois !

Alors que j'avais pris l'orage avec zen attitude, j'avoue que j'ai eu les naseaux fumants. Je hais cette ligne ! Combien de fois s'est-elle pris dans l'hélice, par flemme de la remonter ?

On coupa le moteur. On couru au moteur pour vérifier qu'on ne prenait pas l'eau. Ça avait l'air d'aller. Mais il fallait plonger pour vérifier. Et Jérém, notre apnéiste de compèt, s'y colla. Il plongea (avec 5000 mètres de fond) pour ôter la ligne enrubannée autour de l'arbre d'hélice. Nous avons eu beaucoup de chance qu'elle ne se prenne pas dans la bague de l'hélice. Beaucoup ont coulé pour moins que ça ! Jérém, héros du jour, frigorifié : « Ah, la journée du 4 mai, je m'en souviendrai ! »


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Le héros du jour

Oui ! Car je ne vous ai pas dit, mais ce fût une longue journée... juste avant l'orage, nous venions de voir deux baleines plonger, à 10 milles de nous ! Et dans la nuit, Jérem nous avait remonté une bonite à ventre rayé et un thazar ! A long long day...

On fît encore des jaloux avec notre pêche ! En tout, 5 poissons :

2 dorades coryphènes de 1 m chacune ;

2 bonites à ventres rayés (listeos) de respectivement 70cm et 84cm,

1 thazar de 96cm...

L'affaire à suivre : la pêche à l'espadon (les gars sont complètement dingues avec ça. Leur sujet de conversation number one).

On fît des filets séchés , des congélations et on dégusta du poisson tous les jours... Pané, rissolé, à l'indienne, à l'espagnole, en carpaccio, cru palpitant... Perso, j'en pouvais plus !


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Dorade de 1 m


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Thazar de 96 cm


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Le-dit Thazar, de plus près


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Bonite à ventre rayé, 70 cm


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Notre deuxième dorade de 1 m


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La bonite à ventre rayé pêchée par David. On a tous voulu posé avec! 84cm!!


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A moi! A moi!


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Par ici ma migonnne!


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Filet de bonite à ventre rayé. Un sacré steack...


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Filets séchés


On passa donc 4 jours cap aux Açores, plutôt peinards. La mer était belle, nous faisions nos 110 milles par jour. C'était vraiment cool.


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Gudule, petite mésange perdue au milieu de nulle part


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Gudule sur mon pied


On fît des gâteaux, du pain, des pizzas et des quiches lorraines. On se dora la pilule. On parlait météo et poissonnerie. On était bien !!


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Pain


Et puis, au cours du 4ème jour, le vent tourna. Nous endurions alors du vent en pleine face, qui nous empêcha de faire route directe sur les Açores. On eut le choix : cap au Groeland, ou sus au CapVert ! Vraiment !! Des conditions non prévues lors de notre départ. Les nouveaux fichiers gribb téléchargés en plein Atlantique (merci l'iridium!) nous concoctèrent alors une transat au « prés serré » (vent plein nez) pendant 15 jours de plus. Sans faire cap direct. C'est à dire que nous étions obligés de « tirer des bords » : ce qui signifie faire des zig-zag pour remonter le vent. Donc multiplier la distance à parcourir... Sous une allure inconfortable pour nous, et pour le bateau, qui est très sollicité. Oh, zut. Bon. Ok. Plouf plouf. Quel cap ? On va voir les pingouins ? Ou voir ma Marta chérie au Cap vert et faire un revival à Santo Antao? On tergiversa... Cap Nord... Cap Est... Cap Nord... Puis, dans la nuit, Dav trancha. Le cap officiel pour les Bermudes fût pris. On ne voulut pas tirer sur Jeudemer. Notre bateau est vaillant, mais fatigué. On décida de lui épargner le près serré, une allure qu'il remonte pourtant très bien... mais notre pépère est vieux... On le ménagera donc jusqu'en Bretagne. On ne sera tranquille qu'en Baie de Morlaix ! Ce ne fût pas une décision facile. On n'est pas un peu loosers, quand même ? Continuer aurait été possible, mais une dépression qui pointait son nez ne nous mettait pas à l'aise non plus... Et l'anticyclone des Açores, sur lequel nous comptions pour remonter gentiment au « travers » (vent de côté), était trop haut, trop petit... Les jours suivants estompèrent notre crainte, la dép n'était finalement pas méchante. Mais toujours du près... donc pas de regret... et nous étions déjà cap sur les Bermudes ! Farol décida de continuer. Il nous tient régulièrement au courant de sa position, est toujours au près mais tout à l'air d'aller, et ils avancent bien. Ils nous chaufferont la place aux Açores ! Fabien et les gars de « Just sail it » décidèrent, quant à eux, de faire cap aux Bermudes avec nous. Ce fût des hurlements de joie !! On était heureux de continuer l'aventure avec cette belle brochette !


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Tracé de notre déroute


Bon. Les Bermudes. C'est quoi ? Américain ? Britannique ? Autonome ? C'est grand ? La seule info qu'on possède, on la puisa dans 3 micros lignes du Larousse. « Bermudes. En angl. Bermuda. Archipel britannique de l'Atlantique, au N.E des Antilles. 53Km². 74000 habitants. Tourisme. […] régime d'autonomie interne. » Merde. Encore des britishs. Doudou la frite va encore avoir un examen d'entrée corsé. Mais. Et si on la déguisait ? Au Sénégal, on l'a bien prise pour un mouton. Si on lui faisait des couettes avec des rubans, on pourrait la faire passer pour la femme à barbe ?

On arriva donc aux Bermudes au bout de 9 jours ½. On retrouva Fab et Just sail it en mer, et on balança même des crêpes chaudes, au petit matin, à Fab et aux filles !

On était contents d'arriver. On était épuisés. Dav et moi avions passé la nuit à faire des manœuvres, toutes vouées à l'échec, avec ce vent pourri, rafaleux jusqu'à 30 nœuds et tournant tout le temps... On était vraiment rincés! L'arrivée aux Bermudes fût super chouette, bien qu'au moteur à la fin. Une langue de ciel bleu léchait l'archipel et laisser présager une douce escale. Mais plus encore, l'arrivée dans le chenal naturel nous saisît : c'était beau !! Des conifères, du vert, de l'eau turquoise, des forts en ruine. On déboucha sur un lagon. Des maisons aux toits blancs, aux parures pastels : orange, bleue, rose, crème, jaune, framboise... et un petit bourg, coquet, so cute, so british : St Georges. Classé patrimoine historique par l'Unesco.


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Arrivée dans le chenal naturel. Génial.

On fît les formalités aux douanes (stricts mais très sympas. Mais compter 35$ de droit d'entrée par personne !) et on se retrouva tous au pub du coin, heureux, sous un flot de Guiness et de cidre irlandais (à la pomme, moins hérétique). On sortit repus d'hamburgers délicieusement gras et peinturlurés de moustaches de fondant au chocolat.

Et voilà... Et depuis trois jours, on adore. Les gens sont super, on n'en revient pas. Quand ils disent bonjour, ils demandent comment on va. Tous les jours je croise mes pêcheurs, quand je fais ma balade vers Tobacco bay, marrants. Et Lala, la nana de l'office de tourisme, trop rigolote et adorable, qui boit son litron de ginger beer. Je vous jure, les gens qu'on croisent sont tellement souriants ! Dav : « C'est fou. Même les poteaux (électriques) sont beaux. » Et les paysages... Pourtant, nous nous sommes cantonnés qu'à une infime partie de l'île, au Nord-Est. On se sent bien. Enfin du vert. Mais je vous raconterai Bermuda plus tard...

Ce matin, Tos a effectué (2 jours après notre arrivée) son examen d'entrée sur la sainte terre bermudienne. La pauvre, elle a dû passer le week-end sur le boat, pendant qu'on batifolait tous à la plage. Le supplice ! L'examen solennel se passe aux douanes. Les customs prennent RV avec un véto et faxent une série de photocopies. Le véto (sympa!) lui a vérifié les puces, les tiques, l'a mise sur le dos, a détecté sa puce électronique, vérifier la peau, les tétons, l'état des dents, les yeux, ses papiers, ses vaccins depuis sa naissance...La totale. Normalement, il faut carrément avertir les autorités avant de venir sur l'île, genre des Antilles. Chose qu'on avait absolument pas faite. Heureusement, c'est passé. Après deux jours de punition, notre chien est jugé apte à poser ses pêches sur la gazon anglais. Bon. Ça fera combien ? On s'attend à une jolie note. Mais on est prêts à mettre le prix, ça coûtera toujours moins cher qu'une psychothérapie animale post-traumatique. Comment ?? C'est gratuit ? Dans mes bras, toubib!!

Voilà. Les gars sont revenus ravis de leur grotte de cristal, ils se sont même baignés. J'ai hâte de voir leurs photos.

La suite de Bermuda au prochain épisode.

Actuellement un coup de vent nous bloque ici. Nous pensons partir mercredi pour les Açores. A suivre, donc !

See you !


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